Résumé des personnages

Dictionnaire des noms communs

 

Chroniques d'un cycle

Annexe : la Genèse

 

 

Prologue

 

« Le Néant ne dura pas : alors, le Temps n’existait pas encore.

Il n’y avait rien, et en un instant, il y eut quelque chose »

 

« Création regarda le Vide et Lui dit : "Je vais Te combler" »

 

 

Parfois, certaines personnes se trouvent à la charnière de multiples possibles, où leurs choix influencent non seulement leur entourage direct mais aussi le monde dans son ensemble. Une pareille situation peut avoir lieu par choix, grâce à l’obstination ou le courage de quelques-uns, plus rarement par hasard ou par un enchevêtrement d’évènements d’une complexité telle que les démêler devient totalement impossible.

D’aucuns diront que de telles personnes sont chanceuses. Après tout, elles ont une position de pouvoir et d’influence, ce qui leur apporte souvent richesse, reconnaissance et autorité sur les autres, ainsi que la légitimité nécessaire pour rendre leurs actes acceptables… mais ces avantages vont de pair avec des responsabilités. Qui dirige une nation n’a que peu de temps à consacrer à des loisirs futiles.

Par ailleurs, être dans une position aussi délicate peut s’avérer dangereux. Une décision peut être trop facilement prise. Le mauvais chemin est aussi aisé d’accès que le bon, avant de brusquement déboucher sur un abîme. Faire de son mieux n’est pas toujours suffisant pour éviter les erreurs.

 

***

 

La première fois qu’il ouvrit les yeux, il vit une étendue bleue au-dessus de lui et comprit que c’était le ciel. Il se redressa, regarda à droite, et vit de l’eau mouvante où se reflétait la lumière du soleil : la mer. Il tourna la tête à gauche, où se trouvaient de grandes étendues d’herbe verte, avec çà et là un bouquet d’arbres vigoureux. Alors, il sourit.

Le monde était jeune et il était le premier à en respirer l’air.

Il s’appuya sur ses mains pour s’asseoir et les ailes qui se trouvaient dans son dos se déplièrent pour le stabiliser. Le sol mousseux était agréable au toucher et le vent frais compensait agréablement la chaleur estivale. Même lui, qui venait à peine de naître, trouvait le moment parfait. Mais après tout, comment pouvait-il en être autrement ?

« Sois le bienvenu en Eden. »

Il leva les yeux vers l’homme qui se tenait à ses côtés et dont la voix trop profonde semblait irréelle. D’ailleurs, son corps n’en était pas un : au lieu de chair et de sang, il pulsait de magie pure, immatérialité concentrée pour acquérir une certaine consistance, lui permettant ainsi d’agir sur la matière.

Le nouveau-né hésita.

« Maître… ? »

Le son de sa propre voix le surpris et il sursauta. Il se savait capable de parler, abstraitement, comme il savait marcher, lire ou penser, mais c’était si neuf… De même, le monde qui l’entourait lui était familier sans qu’il l’ait jamais vu.

L’homme posa sa main faite de magie pure son épaule et la pressa légèrement, rassurant.

« Ne t’inquiète pas. Tu viens de t’éveiller, Premier-né, et tu dois te sentir bien faible et fragile… mais tu es un ange et Je protège Mes anges. »

La majuscule était audible lorsque l’Être parlait et elle semblait étrangement justifiée. Il était son maître ; comme les autres, cette connaissance faisait partie de lui.

« Lève-toi. »

Sans hésiter, il se mit sur ses pieds, s’appuyant au tronc d’un arbre pour trouver son équilibre. Une fois debout, il remarqua que l’être et lui avaient sensiblement la même taille, puis il rougit. Quel insolence que de se comparer à son créateur ! Il était trop humble pour se permettre pareil éloge de sa personne.

« Tu auras bientôt des pairs à qui te comparer », l’informa son Seigneur, comme s’Il lisait dans ses pensées – et peut-être était-ce le cas. « Vous, Mes premiers-nés, serez nommés archanges, immortels et sans âge. Vous devrez gérer l’Eden, Mon royaume.

– Gérer l’Eden, Maître ? »

Le monde était magnifique, avec ses arbres aux branches dorées et aux fleurs charmantes, ses nuages cotonneux et sa mer scintillante, mais qu’y avait-il là dont s’occuper ?

« Tu es seul aujourd’hui mais cela ne durera pas ; Mes créatures habiteront un jour cet endroit. Profite de ces premiers temps, car ils sont éphémères. Tu auras de grosses responsabilités à supporter.

– Si tel est mon devoir, je m’en chargerai de mon mieux. »

L’être lui adressa un hochement de tête approbateur.

« Je n’en attendais pas moins de ta part. Suis-Moi. »

L’Être décolla du sol, lui tendant la main. Le nouveau-né hésita avant de déployer maladroitement ses six ailes. Puis il releva le menton et, en un battement, rejoignit son Seigneur dans les airs.

Il sourit, ravi : il se sentait si léger ! Les mouvements de ses ailes étaient aussi instinctifs que ceux des jambes et il n’avait aucune difficulté à s’orienter par rapport au vent. Même le surnombre de ses ailes ne le gênait pas ; il savait exactement comment les placer.

Ils avancèrent ensemble, laissant le soleil continuer sa course. Ils traversèrent des bois, virent des lacs et des rivières, des montagnes et des plaines ; ils volèrent à un rythme tranquille de promenade, admirant les paysages resplendissants de calme et de sérénité.

« Cet endroit, dans son entièreté, est l’Eden », lui expliquait son créateur en désignant le monde à leurs pieds. « Je l’ai fait de Mes mains et tu seras amené à y régner. Les lieux que Je te montre sont les plus propices à la vie des anges mais il y en a bien d’autres, plus arides ou polaires, que tu devras voir également par tes propres yeux. » Il s’interrompit en remarquant que les joues de son nouveau-né étaient mouillées de larmes. « Que se passe-t-il ? Te sens-tu mal ? »

Le jeune archange secoua la tête et baissa modestement les paupières.

« Merci. »

Le mot était sorti tout seul, murmuré, touchant de sincérité. Le jeune ange était ému jusqu’au plus profond de lui-même par les paysages qu’il venait de voir, par la beauté de la vie qui l’entourait. Son Seigneur lui avait fait le plus beau de tous les cadeaux en lui offrant le monde dans lequel il vivait, en lui donnant l’Eden.

Le sourire par lequel il fut récompensé lui fit chaud au cœur. Son maître, son créateur, prendrait soin de lui et l’aimait – et lui Le servirait, de toute son âme, tout le long de sa vie.

 

***

 

Ils avaient volé toute la journée et le soleil était bas à présent, colorant le ciel de tons pastels – un autre spectacle magnifique à ajouter à ceux qu’il avait vu durant cette journée magique. Son maître semblait aussi frais et dispos qu’au matin mais lui-même sentait la fatigue qui s’accumulait. Naître avait été épuisant.

Ils s’assirent au bord d’une rivière, appréciant le silence confortable autant qu’ils avaient aimé discuter, écoutant les bruits de la nature autour d’eux. Le vent faisait bruisser les feuillages épais des arbres, les insectes crissaient dans les hautes herbes et, au loin, un oiseau donnait de la voix. Charmé, le nouveau-né ferma les yeux pour l’écouter.

Lorsqu’il les rouvrit son regard caressa la surface de l’eau, plate et lisse comme un miroir. Fasciné, il se pencha pour s’observer.

Il avait les épaules minces et les poignets fins, le cou long et le visage androgyne. Contrairement à son maître, il était fait de chair, et sa peau semblait d’autant plus blanche que ses cheveux étaient d’un noir profond. Ses yeux, par contre, étaient bleus, plus clairs que le ciel ou la mer.

Il sourit timidement et releva la tête, puis d’un coup fronça les sourcils.

« Qu’y a-t-il ? »

Il sursauta, surpris par l’intervention de son créateur.

« Rien d’important… »

L’être sans corps sembla mécontent de sa réponse.

« Parle, Je t’écoute.

– Je ne veux pas Vous déranger avec des questions sans intérêt…

– Je pense être plus apte que toi pour juger de ce qui M’intéresse ou non. Ne M’oblige pas à Me répéter. »

Il baissa la tête, humble, et prit le ton le plus réservé qu’il put :

« J’ai conscience que Vous êtes mon maître et que cela devrait me suffire, Vous appeler autrement que monseigneur ne me viendrait pas à l’esprit… Mais Votre nom m’est inconnu. »

L’être sembla surpris, puis laissa échapper un rire amusé.

« Très bien, Je vais te dire Mon nom. C’est une bonne chose, car c’est avec celui-ci que tu devras t’adresser à Moi. »

Il acquiesça, toute ouïe, faisant à nouveau sourire son maître.

« Je suis Bien, Élément Primaire créé par Création, et Mes pairs me nomment Lyth. »

Lyth, Bien… Oui, cela lui correspondait. Il était le Seigneur de l’Eden et des anges, son maître, celui qui faisait le bon et le juste.

Néanmoins, il lui restait une question à l’esprit.

« Puis-je vous poser une autre question, seigneur Lyth ? » L’Élément acquiesça, attentif. « Vous m’avez donné le Verbe pour que je puisse donner un nom à chaque chose dès que je la verrai et ce dès qu’elle sera créée, mais pourtant… j’ignore le mien. »

Son maître hocha la tête comme si, cette fois, les paroles confirmaient ses pensées.

« Merci de M’avoir parlé franchement ; aucun tabou ne doit exister entre nous. De plus, tu as soulevé une question pertinente. Écoute donc bien, car Je vais te dire ton nom, que Je choisis pour toi car tu es Ma créature. »

Il leva le menton, plein de gratitude. Son maître l’avait écouté par deux fois, et par deux fois lui répondait ; cela seul suffisait à le rendre heureux. Recevoir en plus la confiance de l’être qui l’avait créé et un nom… c’était inestimable.

« Tu seras l’archange de la Lumière », déclara Lyth, « celui qui dirigera l’Eden, premier parmi tes pairs… et en tant que tel, tu t’appelleras Lucifer. »

 

***

 

Beaucoup de légendes racontent des histoires d’anges asexués faits de feu et de démons qui ont failli, sous les ordres de leur Roi qui n’est que l’ombre de Dieu. Des mythes expliquent comment les vampires fuient le soleil, comment les loups-garous se transforment à la pleine lune et les elfes sont de graciles êtres des bois, véhiculés par des siècles de tradition orale puis écrite parmi les hommes.

Peu de gens y croient vraiment, et ils ont raison – mais pas de la manière dont ils le pensent. La magie existe, tout comme les créatures qui y sont liées.

L’histoire est juste différente de ce que les fables racontent. 

 

 

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