Chroniques d'un
Cycle
Les Enfants
de Lyth
Chapitre 3
« En dehors des noms qui sont exacts, il
est difficile de connaître la part de vérité
et la part de fiction dans les
représentations populaires des Éléments. »
- Mythes et vérités, Kamu -
Quand Lucifer regardait derrière
lui, il pouvait se souvenir à quel point il avait été difficile de convaincre
les autres archanges que son voyage dans les Abysses était une nécessité.
Saraqael et Rémiel s’étaient rangés à son avis relativement vite – que les
démons soient ou non des ennemis, mieux valait récolter un maximum d’informations
à leur sujet – tout comme Raguel, qui semblait fort désinvolte sur ce point,
peut-être trop. Uriel et Raphaël eurent plus de mal, craignant pour sa santé
à la fois physique et mentale, mais la plus rude opposition restait celle
de Gabriel.
Son
principal point d'appui était que leur Seigneur aurait sûrement
désapprouvé cette prise de contact, Lucifer le savait aussi
bien que lui ; ils avaient tous deux été les deux anges les
plus proches de Lui avant Son départ. Les autres ne pouvaient que spéculer.
Néanmoins, il Descendrait… Pas pour Lui déplaire ; simplement
parce qu'il pensait vraiment que sa décision était ce qui ferait
le plus de bien aux anges dans l'avenir.
Malgré l'attitude parfois étrange de Lyth, Lucifer réalisait
très bien qu'Il avait su ce qu'Il faisait en leur attribuant leurs
différents rôles. Gabriel devrait toujours veiller à ce
que les lois soient respectées ; et lui devrait le pondérer
pour qu'elles ne soient appliquées que dans des limites tolérables
pour les anges. Sa curiosité personnelle, éveillée par
cette société si différente de la leur, ne jouait qu'un
infime poids dans la balance. En espérant que sa décision soit
la bonne.
Avec un petit soupir, l'archange de la lumière s'agenouilla en traçant
le symbole de Lyth dans l'air, et ferma les yeux pour prier. Même s'il
savait qu'aucune réponse ne serait donnée à ses questions,
cet exercice lui permettait de faire le point sur ses pensées, et parfois
il ressentait à nouveau la sérénité que lui avait
un jour apportée la présence de son Seigneur.
Avec un peu de chance, ce serait le cas aujourd'hui.
***
Au début des temps, ils avaient creusé la roche d’une montagne afin de
créer un abri qui pourrait leur convenir. La magie les avait aidés à agrandir
et éclairer les tunnels sombres où aucune bête sauvage n’osait s’aventurer, et
bientôt, de grottes peu avenantes, l’endroit s’était transformé en un
confortable palais de pierre, protégé sur toute une façade par la montagne dont
il faisait partie intégrante.
Les pierres évacuées par ce travail avaient été utilisées pour agrandir
le bâtiment vers l’extérieur, où la lumière du jour avait un accès plus facile.
De grandes cours à ciel ouvert et des jardins avaient été aménagés.
Tout autour, des maisons avaient commencé à pousser. Aux toits plats
pour faciliter les atterrissages, faites pour la plupart de briques de terre
cuite solidifiées magiquement, elles rivalisaient de confort et d’esthétisme.
Pourtant, aucune n’égalait la montagne-palais habitée par les archidémons.
Au sein de celle-ci, cependant, se tenait un conseil bien agité. De
nouveaux cadavres avaient été retrouvés, et Belzébuth était furieux.
En colère, à vrai dire, ils l’étaient tous ; mais l’archidémon des
ténèbres, en plus du sentiment de rage qu’ils éprouvaient face aux évènements,
était frustré de se voir attaqué chez lui, sur ses propres terres, et de ne pas
être capable de défendre ceux qu’il avait pris sous sa protection. Arpentant la
pièce de long en large, il les foudroyait un par un, avant d’enfin réussir à se
calmer un peu. Alors, il s’arrêta devant eux et croisa les bras.
« Que proposez-vous ? »
Son ton était féroce, et à vrai dire, personne ne savait quoi répondre.
Néanmoins, personne ne baissa les yeux ; les démons étaient tous des êtres
fiers, qui refusaient de faire montre de la moindre peur. Les archidémons
étaient pires encore.
« Que comptes-tu donc faire toi-même, Belzébuth ? finit par
lâcher Lilith d’un ton hautain. Je ne
suis certainement pas une chasseresse.
‒ Tu considères donc qu’une chasse en bonne et due forme est la
solution ?
‒ Évidemment ! Ces gens-là n’ont pas à venir tuer les nôtres,
encore moins ici ! »
Les autres approuvèrent sans hésitations. Leur chef hocha la tête, du
même avis, et décroisa les bras.
« Je ne voudrais pas me mettre à dos une espèce entière… D’un autre
côté, ils doivent apprendre à nous respecter. Nous ne sommes par une réserve
sans fond où ils pourraient venir puiser ! »
Il avait pris sa décision, il était temps d’intervenir. Astaroth fit un
pas en avant.
« Je m’en occuperai. »
Belzébuth fronça les sourcils. L’archidémon du sang le connaissait assez
pour savoir qu’il avait escompté s’en charger en personne.
« Plusieurs des morts faisaient partie de mon clan…
‒ De toutes façons, tu ne peux pas partir d’ici, l’interrompit
Lilith, agacée. D’abord parce que tu dois t’occuper de la ville, ensuite parce
que d’autres anges pourraient Descendre et que dans ce cas tu ne peux pas être
en train de chasser on ne sait où. »
Il devait en convenir. Pas qu’il apprécie cela, néanmoins.
« Très bien. Astaroth, tu t’en chargeras donc. Léviathan, Asmodée,
vous vous tiendrez prêts à intervenir en cas de besoin. Bélial, je te laisse
t’occuper des anges, s’ils reviennent… surtout, n’interviens pas, mais je veux
que tes espions me rapportent tous leurs faits et gestes. Azazel…
Une démone aux traits juvéniles et aux courts cheveux couleur sang
releva le nez.
‒ Oh, tu te souviens de mon existence ?
Belzébuth eut un sourire indulgent.
‒ Bien sûr. Je vais même te procurer un peu d’amusement… Tu te
chargeras d’interroger les captifs pour en savoir un peu plus à leur sujet.
Évidemment, tu en profiteras pour leur faire comprendre quel est le châtiment
réservé à ceux qui osent s’en prendre à nous. »
Un large sourire aux lèvres, Azazel s’inclina avec extravagance jusqu’à
ce que ses mèches folles touchent le sol.
« Voilà un ordre comme je les aime, monseigneur des ténèbres. »
Quelqu’un laissa échapper un reniflement amusé, mais elle ne s’en
formalisa pas, ravie de son rôle. Belzébuth se tourna donc vers la dernière
d’entre eux, Lilith, et hocha légèrement la tête.
« Tu me seconderas ici. Si d’autres de ces parasites devaient se
montrer, tu sauras probablement te charger d’eux mieux que moi.
La démone sourit, amusée par la flatterie.
‒ Avec grand plaisir.
‒ Allez-y, tout le monde au travail ! Personne ne doit douter
que nous sommes les maîtres des Abysses, et que les autres créatures qui
hantent nos terres ne s’y trouvent que par notre bon vouloir. Aucune d’entre
elles n’ont à nous défier ! »
Astaroth sourit alors que les archidémons s’éparpillaient. La chasse
allait être bonne.
***
La pluie tombait trop fort pour que le marché soit un endroit agréable
où se rendre, aussi, malgré le jour férié, la plupart des elfes qui pouvaient
se le permettre trouvaient refuge dans les bars et auberges. Là, des chantres
vulgaires ou exquis rivalisaient d’habileté pour amuser leur nombreux public.
Bien souvent, les enfants échappaient aux bras de leurs parents pour s’asseoir
en cercle autour d’eux, près du feu, profitant ainsi à la fois de l’histoire et
de la chaleur des flammes.
Peut-être faudrait-il introduire ce genre de pratiques en Eden aussi.
Les jeunes anges adoraient se voir raconter la création de l’Eden ou des
paraboles moralisatrices conçues pour leur apprendre comment vivre de façon
correcte. Les adultes, peut-être, apprécieraient aussi des histoires plus
complexes…
Quelqu’un toqua à la porte de son bureau, et Saraqael tressaillit,
arraché à la fois à ses pensées et à la vision si claire de la scène se
déroulant de nombreux cercles plus bas, à la frontière entre les Abysses et
l’Univers. Il dut se concentrer pour visualiser correctement la pièce où il se
trouvait, et mit quelques secondes à inviter la personne à entrer. C’était
Rémiel.
« Tu travaillais ? J’espère que je ne te dérange pas trop…
‒ Non, non, vas-y, je t’écoute.
Elle posa un dossier volumineux sur la table, et prit place en face de
lui.
‒ C’est au sujet de l’agrandissement de la bibliothèque, alors je
me suis dit que tu serais plus à même que moi à traiter ceci. Bien entendu, dès
qu’il s’agira des travaux eux-mêmes je reprendrai le dossier, mais tu es le
seul à savoir précisément de quoi elle a besoin, et quelles sont les conditions
les plus optimales pour la lecture et l’entretien des livres.
L’archange du soleil hocha la tête.
‒ Je vais lire ça tout de suite. Je te recontacterai quand j’aurai
fini. Quand les travaux doivent-ils commencer ? »
La jeune femme aux cheveux blonds vérifia rapidement la date, plus pour
être vraiment précise que parce qu’elle l’ignorait. Elle s’en voudrait de
donner de mauvaises informations à un archange aussi exigeant que son
vis-à-vis.
« Dans six mois encore, tu as largement le temps.
‒ Inutile de traîner. Je t’en reparlerai… disons dans une
semaine ? J’ai quelques autres problèmes urgents à régler avec les espions
que j’envoie dans les Abysses…
Elle fronça les sourcils.
‒ Pas de problème, mais… Je croyais que, comme Lucifer allait Descendre,
d’autres observateurs étaient à présent superflus ? Inutile de mettre
d’autres anges en danger…
‒ Ne t’en fais pas, je sais ce que je fais. Mieux vaut préparer
correctement la Descente du maître de l’Eden, ne penses-tu pas ? Aucune
information n’est à négliger.
‒ Bien sûr… »
Malgré cette affirmation, elle semblait dubitative. Saraqael réussit
cependant sans trop de mal à la mettre poliment dehors sans développer son
raisonnement. Comme beaucoup de gens, elle croyait que les
« espions » dont il parlait étaient des anges de son clan qu’il
envoyait en bas et lui remettraient régulièrement des rapports ; étant des
illusionnistes, ils pouvaient facilement se rendre discrets.
Il avait fait de son mieux pour que tous croient cela, mais c’était
faux, et la vérité, seul Lucifer et lui-même la connaissaient.
Il avait découvert, très tôt, qu’il était capable de se détacher d’un
morceau de son aura tout en le gardant sous son contrôle, et qu’il pouvait voir
à travers lui. Ainsi, il parvenait à envoyer une partie de son essence à
plusieurs cercles de distance afin d’observer ce qui s’y passait sans aucun
risque – d’autant plus qu’il était parfaitement capable, en tant qu’archange
illusionniste, de rendre son aura parfaitement invisible et indétectable.
Malheureusement, il ne parvenait à de tels miracles qu’à condition d’endurer
une douleur insoutenable. Il était, après tout, séparé d’une partie intime de
sa magie.
Par ailleurs, recevant des données de deux endroits à la fois, il avait
beaucoup plus de mal à se concentrer et se fatiguait beaucoup plus vite,
d’abord parce qu’il dépensait beaucoup d’énergie en ce faisant, ensuite parce
qu’il devait trier deux fois plus d’informations. Ce n’était pas facile.
Peut-être qu’Uriel avait raison, qu’il forçait trop… mais l’Eden en
avait besoin. Il était le seul à pouvoir faire cela sans courir de risques.
Personne ne pourrait repérer sa magie et l’enfermer – du moins, il l’espérait.
« En attendant, si je veux travailler correctement, je ferais mieux
de rappeler mon espion » dit-il à voix haute, comme pour justifier son
acte.
Avec soulagement, il s’exécuta, et poussa un soupir de bien-être en
sentant son aura à nouveau complète.
Il serait chargé de surveiller Lucifer quand celui-ci serait en Bas,
tout comme il l’avait fait plus tôt avec Raphaël quand ç’avait été l’archange
de la foudre qui était Descendu. Tout ce qu’il espérait, c’était que le Premier
né des anges ne reste pas trop longtemps dans les Abysses, pour ne pas devoir
subir ça plusieurs jours de suite.
***
L’endroit qu’ils avaient aménagé n’était guère qu’une modeste cabane de
bois et de tissu, à peu de temps d’un cours d’eau, et assez profondément dans
la dense forêt des Abysses pour que personne ne puisse tomber dessus par
hasard. Ils n’avaient pas de grandes qualités de constructeurs, donc cela
ressemblait plus à un camping provisoire qu’à une véritable maison.
Malheureusement, ils ne pouvaient pas se permettre de vivre dans une
ville ; ils auraient été tués dès que quelqu’un les aurait repérés. Mêmes
les conditions extrêmes et les énormes créatures hargneuses des forêts
abyssales étaient moins dangereuses.
D’un autre côté, Anijia semblait trouver qu’inventer de nouvelles
commodités était une activité passionnante, aussi passait-elle le plus claire
de son temps à aménager les lieux, qui devenaient presque habitables – à vrai
dire, elle n’aimait pas les travaux manuels et demandait souvent à Shön
d’exécuter ses idées, mais elle détestait encore plus de devoir vivre
« dans la fange ».
Du coup, quand ils rentraient de l’une ou l’autre course, Ymesh avait de
plus en plus l’impression de rentrer chez lui. Cela ne ressemblait en rien à la
bâtisse de briques chauffée magiquement à laquelle il était habitué enfant,
mais il s’y sentait bien plus à la maison. Après tout, son amie et leur maître
y vivaient.
Ces derniers temps cependant, ce dernier semblait penser qu’ils allaient
bientôt devoir déménager.
« Certains ont dépassé les bornes et les démons sont en train de
bouger. Nous allons devoir nous organiser autrement.
‒ Comme vous l’aviez prédit, maître » souligna Anijia qui ne
laissait jamais se perdre une occasion de se faire bien voir.
L’homme se contenta d’hocher gravement la tête, visiblement soucieux.
« Je crains que notre société ne soit guère constituée que d’un
amas de petits clans éparpillés ici et là. Même si certains ont essayé d’élever
la voix pour se faire entendre et nous donner une ligne de conduite commune –
je l’ai fait –, personne n’a écouté. Aucun de nous n’a assez de carrure, de
pouvoir, d’idées véritables pour réussir à s’imposer.
‒ Nous avons un avantage pour résister, ceci dit, fit remarquer la
jeune femme. Nous ne pouvons pas faire front commun, mais ils ne peuvent pas
nous attaquer tous en même temps non plus. Il y aura toujours l’un de nous
quelque part.
‒ Bien que l’avenir de notre race m’inquiète, je crains de plus
m’inquiéter pour ma propre personne ainsi que les vôtres que pour les autres,
souligna Shön avec une légère trace d’amusement. De plus, nous ne devons pas
sous-estimer les capacités des chasseurs démoniaques. Belzébuth, leur seigneur
et maître, porte le surnom de « Chasseur » ; quant à son bras
droit, Astaroth, j’ai entendu des démons l’appeler « le Prédateur »,
ce qui n’est guère plus rassurant.
Ymesh les interrompit en grimaçant, un peu inquiet de poser une question
stupide :
‒ Mais que faire, si nous voulons encore essayer de convaincre
d’autres gens comme nous de nous aider ? Ce n’est pas comme si on pouvait
les appeler à nous en claquant des doigts… »
Shön et Anijia échangèrent un regard de connivence. Encore une fois, ils
avaient quelque connaissance que lui ignorait ; ce n’était pas surprenant,
étant donné son statut. Lui n’avait pas toujours vécu comme eux. Finalement, ce
fut la jeune femme qui lui expliqua :
« Il y a un endroit où nous pouvons aller. Une ville, ou plutôt un
village… Une sorte d’étape où se trouvent quelques bâtiments, et où chacun
d’entre nous se doit de passer de temps en temps pour prendre des nouvelles.
C’est ainsi que nous faisons pour nous transmettre des informations les uns aux
autres.
‒ Et si cet endroit était détruit ?
‒ C’est facile d’en reconstruire un autre ailleurs, et le bouche à
oreille servira pour faire circuler l’information. Avoir une langue qui n’est
compréhensible et surtout prononçable par personne d’autre que ceux de notre
race est un grand avantage quand on sait bien s’en servir. »
Ymesh acquiesça, le regard brillant d’intérêt. Après tout, il avait eu
ses raisons de suivre Shön lorsqu’il l’avait rencontré, alors qu’ils n’avaient
rien en commun… Presque enfant encore à l’époque, il avait été totalement
fasciné par le charisme et le mystère qui se dégageaient de l’homme aux longs
cheveux blonds. Il était aussi élégant et cultivé que les plus riches elfes de
sa ville natale, mais connaissait des secrets qu’aucun d’eux ne pouvait espérer
découvrir un jour, et malgré la vie fruste qu’il menait, il avait les manières
d’un prince.
Quelque part, il en était un.
« Cela ne règle pas le problème de la façon de se faire entendre,
fit remarquer Ymesh après quelques instants de silence. Même si les démons
décident de bouger, ceux qui parmi nous refusent de constituer une société
digne de ce nom relanceront leurs vieux arguments comme quoi vivre caché est
synonyme de vivre longtemps.
Shön renifla, méprisant.
‒ Ces rats n’oseraient pas marcher à la lumière du jour sans
camouflage, et cachent les cadavres qu’ils laissent derrière eux en mimant des
accidents. Comme si les démons étaient des imbéciles ! Mais tu as raison,
Ymesh, nous avons besoin de quelqu’un qui saura se faire entendre. »
Il fronça les sourcils et secoua la tête avec un petit soupir, faisait
voler quelques mèches blondes devant ses yeux.
« J’ai un nom en tête, à vrai dire, mais je crains que le remède ne
soit pire que le mal.
‒ À qui penses-tu ? s’inquiéta Anijia, curieuse.
‒ Je ne crois pas que tu le connaisses. Il fait partie des
Premiers nés. »
Le silence se fit parmi eux. Shön lui-même faisait partie de la première
génération des membres de leur race, mais la façon dont il avait prononcé ces
mots avait de quoi donner un frisson aux deux autres.
« Qu’entendez-vous par là, maître ? se résolut à demander le
jeune homme.
‒ Disons que si nous portions tous des titres sur l’échelle
démoniaque, je serais seigneur et lui archidémon. »
Les deux plus jeunes écarquillèrent les yeux. Ils avaient toujours
considéré leur maître comme un des plus puissants êtres qu’ils connaissaient –
et c’était vrai, le titre de seigneur lui correspondant assez bien, étant donné
qu’il était donné aux démons particulièrement puissants quoique pas
suffisamment pour être immortels – mais les archidémons étaient un cran
au-dessus encore. Ils ignoraient que des gens si puissants existaient parmi les
membres de leur race.
« Comment se fait-il qu’ils ne nous dirigent pas déjà, lui et ceux
qui ont le même niveau de puissance ? s’exclama Ymesh après s’être remis
de sa surprise. »
À vrai dire, il était surtout étonné qu’Anijia semble aussi stupéfaite
que lui. Il était habitué à ne pas connaître certains éléments en rapport avec
leur race, mais pas qu’il en fut de même pour elle.
« C’est dû à leur caractère, et à celui des gens comme nous en
général. Celui à qui je pense n’est certainement pas le meilleur d’entre eux,
mais je crains qu’il ne soit le seul qui accepte d’intervenir…
‒ Quel est son nom, maître ? demanda Anijia avec une certaine
fébrilité.
Shön soupira.
‒ Ketosaï. »