Résumé des personnages

Dictionnaire des noms communs

 

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Chroniques d'un Cycle

Les Enfants de Lyth

 

Chapitre 10

 

« Lumière a été créé par le Seigneur Lyth à partir de sa propre essence, quand Ténèbres est né, car l’Équilibre avait été rompu. Son niveau d'abstraction est plus fort que celui d'un Élément secondaire, ce qui explique pourquoi il n’est pas classé dans les Éléments-servants du Seigneur Lyth. »

 

- Livre des savoirs, laissé par Lyth dans la bibliothèque originelle d’Alun Hevel -

 

Lucifer ne s’était pas directement entendu bien avec Bélial. Au départ, ils avaient parlé de tout et de rien, sur leurs gardes, se jaugeant l’un l’autre, sans dépasser le stade de la politesse. Ensuite, ils avaient commencé à échanger leur point de vue sur les Abysses en général, sur la différence de cultures, sur les créatures neutres tels que les elfes et les dragons, puis sur les vampires qui étaient plus ambigus et que les anges ne connaissaient pas jusqu’alors. Bien entendu, l’archange de la lumière rapportait soigneusement toutes les informations que l’archidémon lui confiait, s’efforçant de prouver à ses pairs que les Abysses ne se limitaient pas au Mal.

La méfiance régnait, teintée d’une étrange confiance. Paradoxal, mais Bélial lui-même était un paradoxe, et un démon fort étrange.

Déjà, physiquement. Très peu de démons avaient les cheveux aussi blonds, à fortiori avec les yeux bleus et la peau très pâle. La majorité d’entre eux avait plutôt une peau mate, mais l’archidémon brûlait au soleil au lieu de dorer ; sans doute un effet secondaire dû à ses pouvoirs, basés sur la Lune Elvion, l’opposé du Soleil Essiah.

En vérité, ce qui était frappant, c’était l’accumulation de toutes ces particularités en une seule personne. N’eurent été les tatouages sombres qui marquaient sa peau et le désignaient comme archidémon, et ses grandes ailes de peau noire qu’il cachait la plupart du temps, Bélial ressemblait à un ange.

Lucifer fut choqué la première fois qu’il rit à une plaisanterie de l’archidémon. C’était un rire aux éclats, spontané et chaud, comme il n’en avait plus laissé échapper depuis longtemps. D’ailleurs, avec qui plaisantait-il encore en Eden ? Michael, un peu, mais il était plus un pupille qu’un ami, leur relation était différente…

Peu à peu, la méfiance disparut, malgré les efforts que faisait l’archange de la lumière pour rester objectif. Les archidémons étaient comme les démons et comme les archanges en même temps. Bélial lui ressemblait tout en étant différent, mais ce n’était pas incompatible.

Et puis, il était une véritable mine d’informations.

« Belzébuth est le chef, il est de Ténèbres, ton contraire en quelque sorte. C’est un type bien, et un excellent dirigeant. Astaroth, du Sang, est un peu comme son ombre mais en mieux ; le résumer à ça serait insultant, il a beaucoup de charisme et prend fort soin de son clan.

‒ Il a un clan ? s’étonna Lucifer. Je pensais que vous viviez par familles ?

‒ C’est vrai dans la plupart des cas mais il n’y a pas d’obligation. Astaroth est très protecteur, et très dominant. Les gens ont tendance à se rassembler autour de lui.

‒ Et pas autour de Belzebuth ?

Bélial hésita, semblant réfléchir.

‒ Si, mais… C’est différent. Je ne sais pas vraiment te l’expliquer… Belzébuth tire les gens vers le haut, mais il écrase les faibles, il faut avoir une sacrée dose de courage pour l’approcher. Il rassemble les forts et secoue les gens, il porte du changement. Astaroth est plus une puissance tranquille, qui veille sur son clan sans s’imposer. »

Lucifer acquiesça. Il ne comprenait pas tout, mais il saisissait un peu la nuance.

« Tu sembles les admirer.

Bélial sourit, un peu gêné.

‒ Oui, c’est vrai… Ils sont des modèles pour moi, un peu comme des grands frères. »

Il était adorable, et Lucifer se retint à grand-peine de l’exprimer à voix haute. Il se serait sûrement vexé, à raison.

« Et les autres ? l’encouragea-t-il à la place.

‒ Asmodée, l’archidémon de la mort, est un sale arriviste, il est insupportable. Il reste très à l’écart. Léviathan est un peu trop… calme pour être intéressant, à l’image de son Élément de l’eau. Ceci dit, j’espère ne jamais le voir s’énerver. »

Amusant, cela correspondait presque à Raguel. Quoique l’archange du feu n’était pas exactement calme, mais plutôt flegmatique.

« Je n’aime pas énormément Azazel de la Pierre qui pourrait aussi bien représenter le Chaos ou la folie. Lilith, par contre, est plutôt pas mal.

Il eut un petit rire.

‒ Elle a un de ces physiques, aussi…

Cette remarque fit venir un charmant rose aux joues de l’archange.

‒ Bélial !

Le démon aux cheveux blonds explosa de rire.

‒ Tu devrais voir ta tête ! Pourtant, j’ai raison. Si tu la croises un jour, tu verras bien ! Elle est faite en forme de sablier.

‒ Ce n’est pas le plus important chez quelqu’un ! s’efforça-t-il encore de protester, écarlate.

‒ Oh, mais son caractère est tout simplement parfait. Une garce manipulatrice de première. Elle entortille les hommes comme pas une.

‒ Et ce sont sensés être des compliments ? souligna l’ange, affligé.

Bélial rit encore.

‒ Elle les verrait comme tels, ne t’en fais pas. Je ne médis pas sur mes pairs.

Lucifer renifla, amusé.

‒ Tu dis que l’un est rustre, l’autre asocial, une troisième cruelle et Lilith une garce, et tu oses prétendre que tu ne médis pas ?

‒ Bah, ce n’est pas comme s’ils m’entendaient. »

 

***

 

À partir de là, ils s’étaient retrouvés à intervalles réguliers pour parler de tout et de rien. Le jeune homme n’avait jamais imaginé qu’il avait tant de choses à échanger avec autrui ; même avec Saraqael, qu’il avait considéré comme la personne la plus proche de lui pendant longtemps, il n’avait jamais eu de discussions aussi longs. Bien sûr, l’archange du soleil n’était pas exactement quelqu’un de bavard, sauf s’il se lançait dans un débat théorique – et ils n’avaient jamais réussi à surmonter la tension qui existait entre eux depuis la première Descente de Lucifer.

Malgré cela, ce fut bel et bien Saraqael qui essaya de mettre Lucifer en garde le premier, alors qu’ils s’étaient retrouvés autour d’une tasse de thé, vestige de leurs silences amicaux de jadis.

« Je n’aime pas parler de sujets douloureux alors que nous passons si peu de temps ensemble, commença-t-il, mais je crains de devoir le faire.

Il leva la main pour prévenir toute protestation venant de son pair.

‒ Les anges ne sont pas prêts, Lucifer, continua-t-il. Tu te contentes de les effrayer en partant si souvent.

‒ Les anges ne sont pas aussi stupides que tu sembles le croire ! réfuta l’archange de la lumière avec fougue. Et les démons ont beaucoup à nous apporter, plus que tu ne l’imagines.

L’homme aux cheveux roux haussa un sourcil, presque amusé.

‒ Plus que je ne l’imagine, vraiment ? »

Lucifer s’empourpra. Il avait oublié qu’il s’adressait à celui qui servait d’espion et d’archiviste à l’Eden. Si quelqu’un possédait autant de connaissances que lui sur les enfants de Sei, voir plus, c’était bien lui.

« Je ne dis pas que les anges sont stupides, repris Saraqael, juste qu’il est trop tôt et que tu t’y prends mal.

‒ Je sais ce que je fais » marmonna le Premier né, sans plus être aussi sûr que lui cependant.

Les anges, innocents et mal informés, avaient de plus en plus peur de cette menace invisible qu’étaient les démons et il le savait. À ses discours rassurants et avant-gardistes s’opposaient ceux de Gabriel, appuyés sur des valeurs sûres données par leur Seigneur, et la division du conseil des archanges n’aidait pas à mettre en place un quelconque sentiment de sécurité.

« Tu ferais mieux de te ranger à l’avis de Gabriel » lâcha brusquement Saraqael, sans prévenir.

Lucifer écarquilla les yeux, choqué. Quoi, il allait devoir mentir et manipuler les gens, juste parce que ce serait plus facile ?

« Mais il a tort ! Il raconte des horreurs au sujet des démons, ses accusations sont infondées ! Comment pourrait-il d’ailleurs les juger alors qu’il n’a jamais ne fût-ce que posé un orteil hors de l’Eden ?

‒ La question n’est pas de savoir qui a tort et qui a raison ! Si tu continues à être aussi irresponsable, vous risquez d’arriver à un point de rupture…

‒ Ce n’est pas moi qui suis obtus !

Cette remarque sembla irriter Saraqael bien plus que toutes les autres réunies.

‒ Si, tu l’es ! Ton discours est aussi radical que celui de Gabriel, et venant de toi c’est plus grave parce que lui se contente de faire ce pour quoi il a été créé, alors que toi – toi qui devrais être le juge de l’Eden, celui qui met tout le monde d’accord et favorise les compromis – tu prends la défense de créatures qui nous ont dès le départ été présentées comme dangereuses ! »

Lucifer se figea à ces mots. Était-ce vraiment là son ami, celui qui l’avait averti quant à l’ambiguïté des mots choisis par Lyth lorsque celui-ci était encore parmi eux ? Était-ce le même qui avait sommé à Gabriel de se taire la première fois que celui-ci avait parlé des démons sans réfléchir ?

Il secoua doucement la tête, cessant d’écouter l’archange du soleil qui continuait sur sa lancée. Vraiment, il ne comprenait pas, alors qu’il aurait dû. Et c’était dommage ; Saraqael avait les capacités, il était juste trop influence par les autres, par son environnement.

Pourtant, ce discours l’ébranla. Il prit congé, murmurant une excuse dans le vide, et fuit dans les couloirs.

 

***

 

Une énième réunion, une énième dispute. Les archanges restaient silencieux, n’écoutant même plus les arguments que Gabriel opposait à Lucifer. Raguel sifflotait, affalé sur sa chaise, alors que Saraqael semblait grincer des dents.

Puis, Rémiel se leva.

« Ça suffit, dit-elle d’un ton calme mais tranchant. Cela ne vous mènera à rien, et je pense que vous le savez tous les deux. Concentrons-nous sur ce qui peut être fait au lieu de nous disperser ainsi sur des désaccords futiles.

‒ Futiles ! protesta malgré tout l’archange de la pureté. Il devrait être à notre tête et il ne respecte même pas les lois de notre Seigneur !

‒ Quelle loi ai-je donc transgressé ? s’emporta Lucifer. Seigneur Lyth ne nous a jamais interdit d’aller dans les Abysses !

‒ TAISEZ-VOUS ! »

Un lourd silence s’abattit dans la salle, alors que ces mots résonnaient contre les murs. Gabriel et Lucifer se permirent d’échanger un regard glacial avant de détourner les yeux, alors que la plupart des autres archanges baissait le nez au sol.

« Premièrement, reprit Rémiel avec plus de calme, tout ange a le droit d’aller dans les Abysses si bon lui semble. J’ai relu plusieurs fois les textes, et je n’y ai trouvé aucune loi qui les cloisonnerait en Eden.

Lucifer leva le menton alors que Gabriel grinçait des dents, mais elle n’avait pas fini.

‒ Deuxièmement, nous allons mettre en place une protection des cités face aux démons, au cas où eux se montreraient agressifs. Je refuse de mettre mon clan en danger juste parce que j’aurais été trop optimiste. Et cela inclut des postes de gardes qui, s’ils ne servent à rien, rassureront au moins les anges, ajouta-t-elle avant que le Premier né n’ait le temps de l’interrompre pour protester.

‒ C’est un bon compromis, approuva Saraqael, alors qu’Uriel et Raphaël acquiesçaient. Je pense que nous sommes tous d’accord… N’est-ce pas ? »

Raguel hocha la tête à son tour et, bon gré mal gré, les deux fautifs durent donner leur accord face à l’unanimité du reste du conseil. Cela ne plaisait pas à Lucifer, mais il ne pouvait pas se permettre de faire moins que Gabriel faute de quoi il se verrait reprocher d’être trop difficile.

« Très bien, j’accepte. Ne soyez cependant pas surpris que les démons n’apprécient pas. »

 

***

 

« Quoi ? Des gardes ? Mais aucun démon n’a jamais mis le pied en Eden ! »

La réaction de Bélial avait été à la hauteur de ses craintes. Malheureusement, il n’avait guère d’arguments à lui opposer pour lui faire comprendre que les anges étaient dans leur bon droit et n’avaient pas voulu les offenser, lui et ses pairs.

« Je le sais bien… »

Lucifer retint un soupir en voyant l’archidémon marcher de long en large, visiblement furieux. Sans doute était-il aussi blessé qu’en colère.

« Ne me fais-tu donc plus confiance ?

‒ Mais si, enfin, calme-toi… tenta l’archange. Tu sais bien que les anges et les démons ne pensent pas de la même façon, ils ne font pas ça pour t’insulter…

‒ C’est déjà inadmissible que vous nous interdissiez d’entrer dans votre monde, Lucifer ! Qu’avons-nous fait de mal au juste ? Aurions-nous dû te rejeter lorsque tu es venu nous rendre visite ? Nous t’avons accueilli comme un roi, tout comme cet autre archange pleutre qui est reparti la queue entre les jambes !

‒ Raphaël n’est pas un pleutre, protesta Lucifer malgré lui.

‒ Ah non ? Eh bien il en avait l’air ! J’ai entendu dire qu’il avait failli s’évanouir la première fois qu’un démon lui avait adressé la parole, ajouta le démon perfidement.

‒ Il ne connaissait rien aux Abysses !

‒ Pas plus que toi quand tu es arrive, mais tu t’es vite adapté.

‒ Ce n’est pas pareil et tu le sais.

‒ Alors explique-moi en quoi c’est différent, parce que là vraiment je ne vois pas ! »

Bélial s’était braqué, et refusait à présent d’écouter ce qu’il avait à dire. Pour couper court à la dispute, Lucifer s’efforça de parler à la façon démoniaque, et l’enlaça gentiment. Il soupira en sentant les muscles crispés de son ami à travers le tissu, et le serra contre lui avec douceur.

« Calme-toi.

‒ Comment veux-tu que je reste calme ? »

Le ton était tendu, Lucifer pouvait presque entendre les dents grincer. Il posa ses mains sur les épaules du démon, et commença à les masser du pouce, délicat.

« Ce qui est fait est fait. La politique angélique est complexe, je ne peux pas imposer mon point de vue. Mais ne t’en fais pas, j’essaie de faire changer celui des autres, et la situation va évoluer.

‒ Mais est-ce que ça arrivera assez tôt ?

Bélial secoua la tête comme pour chasser de si sombres pensées, puis sourit à son vis-à-vis.

‒ C’est bon, ça va aller. »

Soulagé, bien qu’intrigué par cette phrase sibylline, Lucifer le relâcha et se recula un peu – la proximité était agréable, mais il restait un ange et même s’il savait que les démons ne percevaient pas ce geste de la même façon qu’eux, il ne pouvait chasser entièrement sa gêne. Se raclant la gorge, il rendit son sourire à Bélial, un peu timide.

« Allons faire une promenade dans la vallée ? »

C’était une proposition d’armistice et l’archidémon ne s’y trompa pas. Oubliant le sujet précédent, il entraîna l’ange aux cheveux noirs avec un regard espiègle.

« Le dernier arrivé à la rivière a perdu ! »

Ils n’abordèrent plus cette discussion, qui resta suspendue entre eux, silence audible.

 

***

 

Cependant, détourner le regard ne suffisait pas toujours. Aucun autre démon ne s’était emporté, sans doute parce que Bélial avait pris les devants et fait de son mieux pour calmer tout le monde, mais pour la première fois depuis sa première Descente Lucifer avait senti une tension entre lui et ses hôtes. Un verni de politesse s’était posé sur les discussions tenues jadis sans arrière-pensées.

Les démons étaient des créatures spontanées. Quand ils commencèrent à parler de tout sans parler de rien, avec des phrases toutes faites et prêtes à l’emploi, l’archange reconnut le même malaise qui venait le hanter en Eden. La solitude.

Cela ne pouvait pas être une coïncidence. Il échouait autant dans les Abysses qu’en Eden ; il en venait à douter de lui-même. Finalement, pour se rassurer ou mettre enfin à plat le problème Lucifer décida de se tourner vers la seule personne qui semblait lui témoigner autant de respect que jadis – et la seule qui, sans doute, lui dirait sans fard une vérité qu’il pouvait accepter.

Quand son seigneur et maître lui posa ces questions troublantes, recherchant auprès de lui ce que Lyth aurait dû pouvoir lui donner sans jamais le faire, Michael fut d’abord troublé. Cependant, en jeune homme réfléchi et sérieux qu’il était, il décida de ne pas se dérober et réfléchi attentivement à quelle serait la réponse.

« Je ne crois rien de toutes ces histoires. Je te connais, tu ne ferais rien allant à l’encontre de ce que tu penses être juste ou bien pour l’Eden.

Lucifer sourit, ravi, mais Michael continua :

‒ Cependant… Je te connais, justement. Tu es mon professeur et mon tuteur depuis l’enfance, et certainement la personne la plus proche de moi depuis la mort de mes parents. J’ai confiance en toi grâce à cela. Tu n’en as pas fait autant pour chacun de tes anges, ou pas de façon si flagrante ; aussi, je ne suis pas surpris que les autres doutent.

Le jeune prince avait secoué la tête à nouveau, l’air triste.

‒ La voix de Gabriel leur semble être celle de la raison. Il suit les sentiers battus, ceux qu’ils connaissent et comprennent, et ceux désignés par Son Altesse Lyth. Ils n’ont pas connu notre Seigneur comme une personne, pour eux plus encore que pour nous Il est le créateur tout puissant, qui ne peut avoir tort. »

Il posa une main légère sur l’épaule de Lucifer, qui était sombre à présent. Son regard clair était celui franc et lipide de celui qui sait qu’il a raison, et qui n’a rien à se reprocher, essayant juste de faire comprendre à un autre où se trouve le droit chemin.

« Uriel et Raphaël ont peur et se rassemblent avec leurs clans auprès de Gabriel. Saraqael a commencé à le soutenir aussi, ainsi que Rémiel. Raguel fait de la résistance mais il n’y arrivera pas seul, et beaucoup d’anges sont venus me demander conseil… Je n’ai pu que leur répondre de suivre leur cœur, mais même si la plupart sont restés neutre par fidélité envers toi, je sais qu’ils hésitent. »

Certains mots, se dit distraitement Lucifer, faisaient plus mal que des coups. Ainsi, Saraqael avait fini par le renier tout à fait, lui et ses bons conseils, pour s’aligner sur un jugement qu’il savait erroné. Qu’avait-il donc fait de si mal pour que la situation s’envenime à ce point ?

Une autre réalisation le frappa comme un fouet, et il serra les lèvres pour ne pas montrer son émotion. Michael avait dit que les anges de lumière étaient neutres pour lui rester fidèles… mais c’était faux. Ce n’était pas à lui qu’ils étaient fidèles. C’était à Michael – celui-là même à qui ils étaient allés demander conseil, le prince plutôt que l’archange.

Ça faisait si mal… Si mal qu’il crut un instant qu’il allait pleurer. Il aimait ses anges, chacun d’entre eux personnellement, et même s’il avait passé une grande partie de son temps libre dans les Abysses avec Bélial il avait continué de garder contact avec eux – du moins il l’avait cru. Il s’était éloigné de ceux qu’il avait juré de protéger sans même s’en rendre compte.

Un horrible doute le saisit. Les avait-il abandonnés ? Les avait-il laissé de la même façon que Lyth l’avait laissé lui ? Avaient-ils ressenti cette déchirure, ce sentiment de solitude, ce gouffre sans fond s’ouvrir sous leurs pieds, eux aussi ? Il vira au blanc.

« Seigneur non… »

Non, il refusait d’avoir commis cette erreur… Même si Michael avait été là, lui, il ne se pardonnerait jamais d’avoir failli à ce point si tel s’avérait être le cas !

« Monseigneur ? »

La voix inquiète de son pupille le ramena brièvement à la réalité. Livide, il se força à sourire pour le rassurer.

« Ce n’est rien, je réfléchissais juste à ce que tu venais de me dire… J’ai peur que tu aies raison, mais cela me mène dans une impasse. Je dois y penser au calme. Peux-tu me laisser seul, s’il te plaît ? »

Il s’efforçait de ne pas faire trembler sa voix alors qu’il accompagnait Michael à la porte, et réussit à le saluer de manière convaincante avant d’enfin refermer la porte derrière lui. Il s’y adossa, frissonnant de peur à l’idée que son raisonnement puisse s’avérer vrai, et se cacha le visage entre les mains.

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