Résumé des personnages

Dictionnaire des noms communs

 

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Chroniques d'un Cycle

Les Enfants de Lyth

 

Chapitre 12

 

« Essiah, le Soleil. Ses cheveux sont dorés, ses yeux clairs, et ses traits séraphiques.

Il a deux ailes dorées, et sait imiter le cri de Frryl lorsqu'il est en colère.

Lorsque par contre il est satisfait, son chant apaise les cœurs et transcende l'esprit. »

 

- Mythes et vérités, Kamu -

 

Le grand bâtiment était presque vide en ce bel après-midi. Ses salles semblaient étrangement silencieuses, elles qui habituellement étaient pleines du bruit quotidien des anges au travail. Cependant, je jour-là était un jour spécial. Tous étaient occupés ailleurs.

Dans la salle de réunion, les murs étaient hauts et blancs, le plafond décoré d’entrelacs dorés. Les grandes fenêtres étaient entrouvertes, aérant la pièce, et faisant bruisser les pages d’un livre abandonné là. Uriel alla doucement le refermer et le ranger dans une des étagères – si Saraqael avait vu ça, il aurait eu la peau de Raguel.

L’archange du vent sourit en songeant à ses pairs, et tira une chaise de la table ovale pour s’y asseoir. Le bois des meubles était clair et tendre, les dossiers confortablement rembourrés, le tapis blanc qui couvrait le sol doux sous les pieds. Une chance, car ils avaient passé beaucoup de temps dans cette pièce durant cette saison.

Heureusement, les disputes s’étaient faites plus rares depuis que la décision de Descendre avait été prise. Gabriel avait mis ses objections de côté pour les aider à tout préparer au mieux, persuadé qu’ils Remonteraient tous très vite après avoir réalisé comment étaient vraiment les démons. Même Raphaël y avait mis du sien.

Ça faisait plaisir de voir à nouveau tous les archanges travailler ensemble. C’était aussi reposant… En tant qu’empathe, Uriel était plus influencée que les autres par les tensions qui se dressaient parfois entre eux. Elle ressentait jusqu’au plus profond d’elle-même l’inquiétude de Lucifer et la froideur de Gabriel, ainsi que cette mystérieuse douleur que laissait parfois percevoir Saraqael.

L’archange du soleil était capable d’isoler ses sentiments, mais parfois ceux-ci lui échappaient. Et puis, il était étrange ; même son dur travail et ses courtes nuits ne pouvaient expliquer ses traits creusés et ses lourdes cernes. Chaque fois qu’elle lui avait posé une question, il avait fait comme si de rien n’était, aussi avait-elle essayé d’être discrète, mais…

Enfin, ce n’était plus sa préoccupation principale à l’heure actuelle. Le temps était venu. Les préparations étaient terminées.

Ils allaient Descendre.

Quelque part, elle était à la fois curieuse, pleine d’appréhensions et soulagée. À une époque qui semblait si lointaine à présent, elle avait souvent suivi Lucifer dans ses longues promenades en Eden. À ces occasions, ils avaient discuté de tout et de rien, comme de véritables amis. L’archange de la lumière, étant à la tête de l’Eden, ne se permettait plus que rarement ce genre de détentes, et elle avait hâte de ressentir à nouveau cette proximité d’autrefois.

Peut-être cela permettrait-il aussi à Lucifer de se rapprocher à nouveau des autres. Peut-être les tensions allaient-elles être enfin oubliées…

« Uriel ? »

La voix douce et aimable la tira de ses rêveries. Parfois, il suffisait de songer à quelqu’un pour que la personne apparaisse, comme par magie. Ou alors, son empathie l’avait-elle naturellement poussée à songer au Premier né ?

« Bonjour, Lucifer » le salua-t-elle en se levant. « Tout est-il prêt ?

‒ Oui, nous n’attendons plus que toi.

‒ Désolée, je n’avais pas réalisé qu’il était déjà si tard…

Il sourit, rassurant.

‒ Ne t’en fais pas, il reste encore un moment avant l’heure prévue. Mais comme tout est en place et que les autres s’impatientent… Je n’ai pas envie de leur laisser trop le temps de s’inquiéter. Ils ont déjà eu plus que le temps de s’en faire, inutile d’en rajouter.

La jeune femme acquiesça, et le rejoignit à l’entrée de la pièce. Alors qu’il allait partir, la guidant vers les autres, elle le retint.

‒ Aimes-tu les Abysses autant que tu aimes l’Eden ?

Sa question était posée sur un ton neutre, mais quelque part, elle avait vraiment besoin d’entendre la réponse. Lucifer parut surpris, et posa doucement une main sur chacune de ses épaules.

‒ Uriel… Je pensais que toi, au moins, tu me connaîtrais mieux que ça.

Pleine de craintes, elle leva ses yeux noisette vers lui, et il soupira.

‒ Bien sûr que non. L’Eden est tout pour moi. Les Abysses… sont un endroit merveilleux, tu verras, je suis sûr que tu les aimeras aussi… mais ce n’est pas notre monde.

Il secoua la tête.

‒ Je les ai défendues parce que les autres n’acceptaient pas qu’elles puissent être un endroit agréable. Et… oui, sans doute, à certains moments, je préfère être là-bas qu’ici. Mais cela n’a rien à voir avec l’Eden ! C’est juste que…

Il hésita, et ce fut au tour d’Uriel de lui faire un sourire gentil.

‒ Que parfois, tu as besoin de souffler, et que plus tu pars loin mieux c’est ? compléta-t-elle d’une voix presque tendre.

Il acquiesça. Elle frissonna en ressentant par son empathie la tristesse de Lucifer, sa honte à avoir préféré les Abysses comme terre d’accueil plutôt que l’Eden auquel il était lié, d’avoir favorisé la compagnie des démons par rapport à celle des anges. Et, par-dessus tout, sa nostalgie de l’Eden tel qu’il avait été autrefois.

‒ Nous sommes toujours là, Lucifer. Tes responsabilités sont plus lourdes, mais les anges sont toujours tes enfants, et nous tes frères et sœurs. N’aie donc pas si peur de te confier.

Il sourit, et elle sentit une vague de soulagement et de chaleur. Avec une sensation de bien-être, elle le serra brièvement contre elle avant de prendre son bras.

‒ Eh bien, mettons-nous en route ? lança-t-elle d’un ton joyeux. Si le monde de Sei est à moitié aussi fascinant que ce que tu m’as montré jadis de l’Eden, j’ai hâte de le découvrir !

‒ J’ai moi-même hâte de vous le montrer à tous. » confirma Lucifer d’une voix rauque.

Main dans la main, ils quittèrent le bâtiment de leurs disputes et de leurs peines pour se tourner vers le monde d’en Bas.

 

***

 

Ce qui frappait en premier lieu en arrivant dans le ciel des Abysses, c’était la lumière. Le soleil brillait haut dans le ciel, pourtant ses rayons étaient loin d’être aussi crus, aussi intenses qu’en Eden, et même en étant prévenue qu’Essiah n’était pas une créature de Sei mais uniquement de Lyth, c’était perturbant. Leur douceur résolue soulignait cependant sans difficulté le contour des hautes montagnes de l’endroit, géants silencieux tels autant de gardiens pour l’énorme ville démoniaque qui bourdonnait à leurs pieds.

Il était surprenant de voir à quel point leurs mondes différaient ; Rémiel en était à la fois fascinée et surprise. Via un Portail, on Descendait toujours d’un point précis à son correspondant dans le cercle inférieur, aussi normalement le paysage restait à peu près le même. Or, en partant, ils se trouvaient dans une plaine, bordée de montagnes certes mais bien plus dispersées et moins hautes que celles-là. Malgré les explications de Lucifer elle n’avait pas été préparée à cela.

« Bienvenue à Pandémonium » fit une voix dans les airs, un peu en-dessous d’eux. « Enchanté de faire enfin votre connaissance.

Lucifer s’avança, souriant.

‒ Et je suis heureux d’enfin pouvoir faire les présentations. Mes amis, voici Bélial, archidémon d’Elvion, la Lune, et mon contact dans les Abysses. »

Alors qu’il donnait leurs noms et titres au démon, Rémiel détailla celui-ci du regard. Blond, souriant et à l’air aimable, malgré ses vêtements étranges il avait tout d’un ange. Du moins, si l’on faisait abstraction des ailes de peau noire qui brassaient l’air autour de lui. Fascinantes, comme le paysage ; la jeune femme comprenait mieux ce qui avait pu tant intéresser Lucifer ici-Bas.

Elle suivait distraitement des yeux une ligne noire qui barrait le cou du démon – le fameux tatouage désignant son rang ? – quand celui-ci s’inclina courtoisement en les invitant à le suivre.

« Essayons d’éviter de nous disperser… Mon seigneur, Belzébuth, a hâte de vous voir. »

Rémiel fronça les sourcils – s’il était si pressé, il aurait pu venir à leur rencontre – mais ne protesta pas. Inclinant ses ailes, elle plongea vers la ville avec les autres.

 

***

 

Ne pas s’éloigner des autres s’était avéré plus ardu que prévu, non pas à cause du grand intérêt qu’il portait à l’exotisme du lieu – bien que cela n’aide pas – mais plutôt à cause du grand nombre de gens qui survolaient la ville.

Certains s’étaient visiblement rapprochés pour les observer, que Raguel s’était efforcé d’ignorer, mais la plupart semblaient simplement vaquer à leurs occupations quotidiennes. Et c’était captivant. Quel bruit ! Quel monde ! Bien sûr, Alun Hevel devait abriter à peu près autant de personnes, mais pas une en dehors des messagers ne se serait permise de survoler la cité, encore moins ainsi à tort et à travers.

Raguel sentit son habituel sourire placide s’élargir légèrement. Il aimait cette ville.

Ils avaient été installés par Bélial dans l’une des montagnes, la plus haute, qui dominait la ville et semblait abriter une grande partie de ce qui était appelé le palais, soit l’endroit où vivaient les archidémons. De grandes fenêtres avaient été creusées dans la roche et, bien que les murs soient faits de pierre, la chambre dans laquelle il avait été installé était lumineuse.

Il supposa que cela avait été fait pour les mettre à l’aise. Le palais s’enfonçant en partie dans la montagne, il y avait peu de chances que toutes les pièces soient ainsi pourvues d’ouvertures vers l’extérieur.

En tout cas, cela était bien utile ; il avait pu ainsi observer les environs de haut, sans sembler ni suspicieux ni stupide. Bien que désordonnée au premier abord, la ville était faite de demi-cercles ayant la montagne pour centre. Une rivière prenant sa source en son sommet sinuait entre les rues, et l’archange ne doutait pas que les plus proches de l’eau pure soient les plus fortunés.

Les faubourgs, lointains et peu aménagés à vue de nez, étaient plus des agglomérations ajoutées un peu au hasard que des véritables quartiers. Le centre, par contre, au pied de la montagne, était fait de beaux bâtiments bien entretenus. En effleurant les effluves magiques de ses sens, il percevait nettement des hauts démons dans les parages.

Lucifer n’avait sans doute même pas pensé que, dans leur situation, ils seraient faits prisonniers très facilement.

« Raguel, tu es prêt ?

‒ Oui, j’arrive ! » répondit l’homme en rajustant machinalement ses habits froissés par la descente.

Il sortit rejoindre les autres, toujours souriant et prêt à rencontrer ces fameux autres archidémons. De toute façon, il doutait fort que ceux-ci aient des intentions belliqueuses à leur égard – du moins, pour le moment.

 

***

 

Les présentations avaient été faites, de l’abyssite servie à chacun dans des coupes personnelles – mais l’alcool venait d’une seule jarre, afin de rassurer les invités, bien qu’ils n’aient pas semblé se préoccuper d’un quelconque poison – et une conversation superficielle avait été lancée.

Par égard pour ses hôtes, Belzébuth n’avait permis qu’à quatre de ses archidémons à être présents. Asmodée et Azazel étaient toutes deux parties en chasse de vampires, et Astaroth restait tranquillement dans une autre aire du palais. Il pourrait intervenir en cas de problème.

Le seigneur des Abysses était agréablement surpris par ces anges, et fort amusé par leur naïveté. Il avait cru que le premier d’entre eux à être Descendu, ce Raphaël, était un couard. En constatant les profondes différences qui marquaient leurs deux races, il comprenait mieux sa réaction… même si lui-même ne se serait jamais conduit aussi lâchement.

Avisant la jolie archange blonde qui se resservait un verre d’abyssite, il intervint en souriant.

« N’en abusez pas. De ce que j’ai cru comprendre, vous ne produisez pas d’alcool en Eden, or il faut y être habitué si on veut en boire beaucoup.

‒ Merci, je ferai attention. » dit la jeune femme en portant son verre à ses lèvres.

Le ton était tout à fait poli et l’expression aimable, mais Belzébuth ne manqua pas la détermination de son regard. Celle-là savait ce qu’elle voulait.

« Vous êtes dame Rémiel, c’est cela ? J’espère que vous n’êtes pas trop déboussolée par nos us et coutumes ?

Elle avait rougi quand il avait nommé son titre en la regardant droit dans les yeux, mais avait relevé le menton dès qu’il avait suggéré qu’elle ait pu ne pas être à la hauteur.

‒ Elles sont très intéressantes. » affirma-t-elle. « Me ferez-vous visiter la ville de plus près ?

‒ Avec grand plaisir. »

Il crut la voir frissonner au ton de sa voix et allait pousser le flirt plus loin, quand un autre des archanges – Raguel, celui du feu – les rejoignit. Souriant largement, il se resservit lui aussi.

« Comment fabriquez-vous ce genre de boisson ? » demanda-t-il à Belzébuth. « J’aimerais voir si on peut en faire des équivalentes en Eden. Elle est délicieuse ! »

Il l’entraîna loin de Rémiel, papotant comme s’ils étaient de vieux amis. Ce n’était que partie remise.

Alors que l’archidémon des Ténèbres reportant son attention sur son bavard de vis-à-vis, il vit du coin de l’œil l’autre ange femelle virer au blême. Il bondit en avant, et ses bras se refermèrent autour d’elle juste avant qu’elle n’ait touché le sol.

 

***

 

Le bâtiment administratif d’Alun Hevel était pratiquement vide, ce qui n’était pas surprenant à pareille heure. Dehors, la température avait chuté avec l’arrivée de la nuit, et les étoiles lointaines brillaient avec force. Pourtant, un des bureaux était encore occupé.

Le froid nocturne était tenu à l’écart par une rune de chaleur tracée sur chaque mur, et la fragile lumière de quelques chandelles éclairait la table de travail, sur laquelle étaient étalés en vrac dossiers, parchemins vierges et livres de lois. Le seul bruit audible était celui d’une plume grinçant sur le papier.

Comme chaque jour, Saraqael faisait des heures supplémentaires pour clôturer les affaires du jour. Il était concentré, penché sur ses feuilles qu’il couvrait de son écriture en pattes de mouches, mais malgré l’absence de bruit, il perçut l’arrivée de son pair.

« Insomniaque, Gabriel ? » lâcha-t-il tranquillement, sans lever le nez.

Sans regarder, il savait que l’archange saint le fusillait du regard. Soit, il était bigot, mais pas stupide, et moins confiant vis-à-vis des démons que Lucifer.

« Ne t’en fais pas pour eux » ajouta-t-il donc après quelques instants de silence. « Ils vont tous bien et sont confortablement installés.

‒ Je croyais que nous avions décidé de n’envoyer que la délégation de quatre archanges ? »

Être rassuré par la remarque de celui qu’il savait être à la tête du réseau d’information de l’Eden n’avait pas empêché Gabriel de souligner l’infraction. Bien sûr, Saraqael n’avait envoyé aucun ange, seulement un ession – fraction de son aura dont il se servait pour espionner à distance. Comme seul Lucifer était au courant de cette capacité et que l’archange du soleil comptait à ce que cela reste ainsi, il se contenta d’hausser les épaules.

« Ils vont bien. Je doute qu’ils restent en Bas plus de deux jours, loin de leurs clans. Ils reviendront sans doute demain soir. »

Gabriel hocha sèchement la tête, son inquiétude un peu réduite. Ils n’avaient pas voulu froisser leurs hôtes en restant trop peu ou trop longtemps, aussi aucun délai formel n’avait été établi à l’avance. Cela avait bien sûr rendu les anges nerveux, malgré l’assurance dont avait faire preuve Lucifer, et Gabriel avait été tendu toute la journée.

Ce n’était facile pour personne, mais, pensa Saraqael, il fallait en passer par là.

« Tu devrais aller te coucher. Nous devrons compenser leur absence demain aussi, nous aurons beaucoup de travail.

‒ Je vais prendre un peu l’air, puis je rentrerai. »

Saraqael leva brièvement les yeux pour acquiescer, et entendit bientôt la porte se refermer. Cependant, alors qu’il mettait un point final à l’avant-dernier dossier, des petits pas résonnèrent dans le couloir. Il fronça les sourcils.

« Gabriel ? » tenta-t-il.

Une petite voix penaude lui répondit.

‒ Non, c’est moi…

L’archange soupira.

‒ Entre, Ariel. Que fais-tu ici à cette heure ? Tu devrais dormir.

Le jeune prince-ange s’approcha de l’homme aux cheveux roux, timide.

‒ Mon grand-frère n’était plus là. Je pensais qu’il travaillait peut-être encore, alors je suis venu parce que j’avais peur, et j’ai vu de la lumière…

‒ Peur ? De quoi donc ?

Le gamin monta sur ses genoux, à son grand dam. Devant ses grands yeux bleus trop brillants, il évita cependant de le repousser. Il ne manquerait plus qu’il se mette à pleurer.

‒ Des démons.

Saraqael battit des cils.

‒ Des démons ?

L’enfant opina.

‒ Et pourquoi Lyth as-tu peur des démons ?

‒ Ils sont méchants…

Ah. Voilà qui était problématique.

‒ C’est Gabriel qui t’a dit ça ?

Ariel secoua la tête, ses courtes boucles blondes volant dans tous les sens.

‒ Non mais je l’ai entendu parler avec d’autres gens. Ils ont tous l’air plutôt d’accord.

‒ Est-ce que Gabriel est déjà Descendu dans les Abysses ?

Le petit garçon fronça le nez.

‒ Non.

‒ Ni les autres anges que tu as entendu parler, n’est-ce pas ?

‒ Non, eux non plus.

‒ Bien, alors comment peuvent-ils savoir comment sont les démons ?

‒ Mais Son Altesse Lucifer est Descendu, lui !

Saraqael roula des yeux.

‒ Tu l’as déjà entendu dire du mal d’eux ? Non, parce qu’il les trouve très intéressants. Ils sont différents de nous, c’est vrai, mais ils ne sont certainement pas méchants, ou pas plus que nous, enfants de Lyth.

Il tapota maladroitement la tête blonde.

‒ De toute façon, tu ne dois pas t’en faire. Même s’ils étaient en fait des ennemis, ce qui n’est pas le cas, tu serais en sécurité ici à Alun Hevel.

Ariel sourit, et hocha la tête.

‒ Merci !

‒ Allez, retourne au lit maintenant. » fit Saraqael en le reposant au sol.

Il se laissa faire, mais semblait légèrement abattu. L’archange du soleil hésita à tout bonnement ignorer sa mine, mais après tout, il était sensé être son tuteur en second.

‒ Oui ?

‒ Tu voudras bien, un jour… me raconter des histoires sur les Abysses ? Que Lucifer t’a raconté ? Tu m’as dit un jour qu’on ne pouvait avoir peur que de ce qu’on connaissait, parce que si on ne connait pas quelque chose on ne peut pas savoir…

Il hésita.

‒ Enfin, je pense que c’était ça.

Saraqael sourit, et ébouriffa les cheveux du gamin. Il était surpris que celui-ci se souvienne de ce mantra. Il le répétait souvent, mais peu de gens en tenaient compte.

‒ C’est à peu près ça. L’information est précieuse… Je te parlerai donc des démons, de Sei et des Abysses. Mais pas maintenant. File au lit !

Ariel lui adressa un sourire lumineux et lui colla un gros bisou sur la joue, le prenant totalement par surprise. Il glissa de ses genoux en riant, et, avant qu’il ait eu le temps de s’en remettre, avait déjà disparu dans les couloirs.