Chroniques d'un Cycle
Les Enfants de Lyth
Chapitre 13
« Empathie :
capacité de ressentir les émotions d’autrui.
L’empathie est
particulièrement difficile à contrôler, car il s’agit d’un don passif.
Elle dépend de
la magie du vent. »
- Manuel de
magie de base à l’usage des anges apprentis -
Une vague de panique avait suivi l’évanouissement d’Uriel.
Les anges étaient inquiets parce que c’était la première fois que cela arrivait
à la jeune femme et qu’ils craignaient que ce ne soit grave, les démons se
préoccupant plutôt de prouver aux anges qu’ils n’étaient pour rien dans le
malaise de l’une des leurs.
Belzébuth s’était donc occupé personnellement de porter la jeune femme
dans la chambre la plus proche, et Léviathan avait doucement baigné son front
d’eau tiède alors que Lilith faisait porter des plantes curatives. Après
quelques angoissantes minutes cependant, Uriel
rouvrit les yeux d’elle-même, pâle à faire peur.
« Vous allez bien, dame du vent ? » s’inquiéta Léviathan
d’un ton concerné.
‒ Je… ça va… » balbutia Uriel en cherchant les siens des yeux.
Lucifer accourut à son côté et lui prit la main.
‒ Que s’est-il donc passé ?
‒ Je ne sais pas… J’ai ressenti une douleur horrible… de
dehors… »
Les anges se détendirent, soulagés, sous le regard perplexe de
Belzébuth. Lucifer serra la main fine plus fermement.
‒ Tu penses que tu tiendras ? Sinon, nous pouvons Remonter
tout de suite…
‒ Non, non ! Surtout pas ! Je m’en voudrais de gâcher
notre visite ici. Je resterai simplement encore un peu allongée. Ne vous
dérangez pas plus pour moi. »
L’archange de la lumière hocha la tête, et la jeune femme referma les
yeux alors qu’il sortait sur la pointe des pieds, suivi de ses pairs. Les
démons échangèrent un regard perplexe avant de leur emboîter le pas, et
Léviathan referma délicatement la porte de la malade.
« Que s’est-il passé au juste ? » demanda-t-il.
‒ Uriel est empathe. » déclara Rémiel comme si cela
expliquait tout.
Léviathan fronça les sourcils.
‒ S’il s’agit d’un pouvoir offert par Son Altesse Emaë de l’Air, n’oubliez pas qu’il nous est totalement
inconnu. Emaë est un serviteur de Lyth,
pas du Seigneur Sei.
Rémiel rougit en réalisant
sa bourde.
‒ Veuillez me pardonner… L’empathie est la capacité à ressentir
les sentiments des autres. La pierre bleue qu’Uriel
porte sur le front et que vous avez dû remarquer en est le symbole. Mais pour
qu’elle ait réagi ainsi, il a dû se passer un incident grave à l’extérieur,
vous devriez d’ailleurs aller voir…
‒ Elle arrive à percevoir cela à une si grande
distance ? » s’étonna l’archidémon, ses
pairs écarquillant les yeux de surprise derrière lui.
‒ Habituellement non » intervint Lucifer. « Cela a dû
être très fort.
‒ Comme la violence physique, par exemple ?
L’archange de la lumière acquiesça, alors que Léviathan s’assombrissait.
‒ Alors il vaudrait en effet mieux pour elle qu’elle
Remonte. » déclara Belzébuth après quelques
instants de silence. « Je crains que notre monde ne soit pas aussi calme
que le vôtre de ce point de vue-là. »
Le silence revint après cette déclaration, alors que les anges se
concertaient du regard. Tous étaient curieux de connaître mieux à la fois les
Abysses et les archidémons, et avaient conscience de l’importance que revêtait
leur visite. D’un autre côté, aucun n’aurait accepté de mettre une des leurs en
danger simplement pour satisfaire sa curiosité personnelle, ou même pour éviter
de froisser les démons.
Ce fut finalement Raguel qui brisa le silence.
Son sourire habituel n’avait pas quitté son visage, et il semblait même un peu
amusé.
« Uriel a déclaré elle-même qu’elle
pourrait rester encore un peu. Elle a simplement dû être surprise de la force
avec laquelle les sensations l’ont rejointe, mais a sûrement renforcé ses
barrières mentales à présent. Laissons-la se reposer, et ne partons pas avant
demain. »
Il tapota avec amitié l’épaule de Lucifer, qui semblait hésiter.
‒ Reviens vérifier qu’elle va bien quand Essiah
sera tout à fait couché, et décide à ce moment-là, si tu préfères. S’il devait
lui arriver quoi que ce soit pendant la nuit, nous l’entendrions tous de toute
manière.
‒ Je peux aussi laisser une dame de compagnie dans sa chambre si
vous le désirez » intervint Belzébuth. « Elle s’occuperait de Dame Uriel avec plaisir et n’hésiterait pas à venir me prévenir
si un autre malheur survenait.
Cet argument sembla décider Lucifer, qui acquiesça.
‒ Très bien. Vous comprendrez néanmoins que si cela se
reproduisait, nous rentrions directement…
‒ Cela va de soi. » approuva
l’archidémon en lui tendant la main.
Habitué à cette coutume étrange, Lucifer la serra, montrant par là qu’il
était d’accord avec ce qui venait de se dire et qu’il engageait sa parole.
Celle-ci avait une valeur toute particulière dans les Abysses. Bien sûr, en
Eden le mensonge était très mal vu, mais il n’y avait pas d’engagement
personnel, impliquant l’honneur d’une personne, lorsque l’on disait quelque chose.
Gabriel dirait que c’était une question d’orgueil, s’amusa l’archange
intérieurement. Puis, songeant à ceux restés en Haut, il se demanda si Saraqael les observait à travers ses essions.
Sans doute que oui, afin de s’assurer qu’ils allaient tous bien.
Il secoua la tête pour revenir à l’instant et au lieu présent, et sourit
poliment à Belzébuth.
« Je crains malgré tout que la soirée n’ait été un peu gâchée par
cet incident. Pourrions-nous nous retirer dès à présent pour aller
dormir ? La nuit chassera sans doute nos soucis.
L’homme aux cheveux noirs approuva, et tous se retirèrent petit à petit.
Cependant, alors que Rémiel allait arriver à sa
chambre, il l’arrêta.
« Je m’en voudrais d’oublier la promesse que je vous ai faite.
Retrouvons-nous au lever du soleil, ici devant votre chambre ? Sauf bien
sûr si vous craignez à présent de visiter la ville… »
Piquée au vif, elle n’hésita pas à lever le menton.
‒ Je vous attendrai à l’aube, Votre Altesse. »
Belzébuth s’inclina, un sourire aux lèvres, alors que Rémiel refermait sa porte derrière elle avec hauteur. Il
avait hâte de voir venir le lendemain.
***
La nuit était sombre, sans étoiles ; Elvion
lui-même semblait avoir dédaigné le ciel des Abysses. Dans cette obscurité
presque totale, il devenait impossible de voir se détacher les montagnes
environnantes du ciel. Quelque part, Ymesh trouvait
cela oppressant. Si quelqu’un voulait s’en prendre à eux, il ne pourrait
choisir de meilleure occasion… À condition, bien sûr, que lui-même soit capable
de voir dans le noir.
Certains avaient cette capacité, comme les personnes dotées de pouvoirs
de ténèbres. Lui n’en faisait pas partie, et malgré le sentiment de malaise
qu’il ressentait, il s’abstint de faire jaillir une flamme de la peau de sa
main. Il en mourrait d’envie, mais c’eut été trop dangereux. Une lumière trop
forte permettrait à n’importe qui de remarquer Ijishia.
Morose, Ymesh joua avec l’idée de retourner
dans la tente, avant de la repousser une fois encore. Depuis l’arrivée de Ketosaï, plus personne ne se préoccupait guère de lui, pas
même Shön. Il savait bien sûr que cela était
nécessaire – ils avaient fait venir le vampire pour une raison – mais ce
n’était pas agréable pour autant.
« Tu t’ennuies ? »
Il sourit en entendant la voix amie d’Anijia.
‒ Un peu, mais ça ira.
‒ Tu parles ! » pesta la jeune
femme en se laissant tomber à ses côtés. « Ils parlent sans cesse de plans
et de sang, à un tel point que j’en ai la nausée !
‒ C’est un mal nécessaire.
‒ Je le sais bien. Tu penses vraiment que je tolèrerais cette
situation s’il en allait autrement ? »
À ces mots, Ymesh ne put se retenir de rire.
Son amie parlait comme si Shön l’avait offensée
personnellement en s’impliquant dans cette histoire, alors qu’ils avaient tous
trois été d’accord dès le début. Ils n’avaient juste pas réalisé que cela
signifiait la fin de leur petit cocon presque familial.
« Pourquoi n’acceptent-ils pas que nous restions là à
écouter ?
‒ Mieux vaut que chacun en sache le moins possible. » répondit-il bien qu’elle le sache déjà.
‒ Ce n’est pas comme si nous comptions aller raconter quoi que ce
soit aux démons.
Elle boudait. Dans ces cas-là, la meilleure attitude était de la
distraire.
‒ En parlant des démons, il paraît que leurs chasses ont diminué.
‒ Oui, ils sont fort occupés avec nos voisins du Dessus, il
paraît.
Ymesh écarquilla les yeux.
‒ Les anges ? »
Des merveilles étaient dites sur eux chez les elfes. Bien sûr, les
adultes niaient qu’ils soient si intéressants, et certainement pas plus que les
elfes eux-mêmes, mais les enfants raffolaient des histoires parlant de l’Eden.
« C’est bien ça » confirma Anijia.
« Malheureusement, je n’en sais pas plus. Personne n’ose plus s’approcher
de Pandémonium depuis que les chasses ont commencé. »
Ymesh hocha la tête.
Lui-même n’aurait pas osé émettre l’idée, et pourtant, il était plus téméraire
que la plupart.
Relevant le nez vers le ciel exempt d’étoiles, il soupira. Dans le
cercle où il était né, même les nuages ne pouvaient rendre la voûte céleste si
sombre. Il se rappelait encore très bien de cette fameuse nuit où il avait
parlé à Shön pour la première fois. Cela semblait si
lointain à présent…
Il tressaillit quand Anijia passa un bras
autour de ses épaules.
« Nous ferions tous les deux mieux d’aller dormir. »
déclara-t-elle gentiment.
‒ Il aura peut-être bientôt fini.
‒ Tu as dit cela aussi la nuit passée, et tu as fini par
t’endormir ici dehors. Allez, viens. »
Docile, il acquiesça, et se releva sous la pression douce des mains de
son amie. Jetant un dernier coup d’œil à la tente où son maître discutait du
sort des vampires avec d’autres seigneurs puissants, il s’éloigna dans le noir.
***
Dans les airs, les ailes claquements d’ailes contre le vent alors que
les gens atterrissaient sur les toits. Au sol, les cris de dizaines de marchands
qui vantaient leurs produits, les négociations des acheteurs habitués, les
papotages des commères qui échangeaient les derniers potins. Le nombre de
personnes se bousculant dans les rues était incroyable pour quelqu’un d’habitué
aux cités calmes de l’Eden. Rémiel était fascinée.
« C’est jour de marché, c’est un peu plus calme d’habitude. »
expliqua Belzébuth, amusé de son air perpétuellement surpris.
« L’avantage, bien sûr, est que les meilleurs produits sont disponibles si
tu veux les essayer.
‒ Merci, mais je n’ai pas de quoi. Lucifer nous a dit que vous
aviez une façon particulière de gérer vos échanges de biens… de l’argent, c’est
cela ?
‒ Ne vous en faites pas pour si peu, les démons seront ravis de
servir à la fois leur Seigneur, une archange, de surcroit
une si jolie femme.
Rémiel s’empourpra, et
Belzébuth se mit à rire en l’entraînant vers les boutiques. Ce fichu rire,
décida-t-elle, était beaucoup trop sensuel pour son bien.
‒ Allez, viens essayer !
‒ Je vous interdis de me tutoyer ! » s’offusqua-t-elle
non sans le suivre.
‒ Si vous voulez prendre quelques habitudes démoniaques, il faudra
bien un jour.
‒ Très bien, si tu insistes !
Il s’inclina devant la première échoppe.
‒ Les dames d’abord. »
Rémiel leva le menton et
fit des airs. Elle ne put cependant se retenir de rougir lorsque le démon qui
tenait le commerce l’invita à s’asseoir et à essayer ses plus beaux bijoux,
avec toute la verve et le charme de ceux de sa race. Comment ces gens
pouvaient-ils faire tant de compliments et la regarder avec des yeux si
doux ?
Elle resta digne bien qu’elle ne soit pas habituée à un tel traitement,
et accepta avec grâce de mettre un superbe collier d’argent, enchâssé de
pierres bleues qui mettaient ses yeux en valeur.
Très vite, un autre s’approcha, proposant de la soie et une coupe sur
mesure.
« Ce sera si beau sur elle que je lui fais gratuitement, avec mes
compliments au Seigneur Belzébuth. » ajouta l’audacieux, faisant encore
rosir les joues de Rémiel.
‒ Mais je vous en prie, prenez ses mesures. » approuva l’archidémon, sourd aux protestations de la jeune
femme. « Tu m’as demandé de te faire visiter la ville. Je te fais donc
goûter aux plaisirs des Abysses. Profites-en !
‒ Je ne veux pas vous… t’être débitrice de tant de choses !
‒ Ce sont des babioles.
‒ Monseigneur, vous me vexez » intervint l’artisan.
« Mes joyaux sont des œuvres d’art, bien qu’elles semblent fort fades sur
une femme qui sait si bien en éclipser l’éclat.
Belzébuth s’inclina.
‒ Je ne voulais pas vous insulter. Faites donc, montrez à la dame
ce que vous valez, artisans de Pandémonium… qui sait, elle me repayera
peut-être un jour en me rendant la pareille en Eden. »
À ces mots, Rémiel eut l’air effarée. Des
démons ? En Eden, si près des anges ? Est-ce que Lucifer avait
discuté de cela avec eux, ou est-ce qu’ils avaient tous compris que, comme les
archanges Descendaient, eux pourraient Monter ?
Son affolement dut être visible, car l’archidémon posa sa main sur son
épaule.
« Du calme. Je ne compte pas Monter sans prévenir.
‒ Mais vous voudriez ?
‒ Je pensais que ça allait de soi. J’aime les Abysses et je suis
fier de ce monde créé par Sei, mais comment ne pas
être curieux du vôtre ? Après tout, vous êtes venus ici pour cette raison,
n’est-ce pas ?
Rémiel dut se lever pour que
le couturier puisse prendre ses mesures, et hocha distraitement la tête.
‒ Notamment, oui. Mais je pense que le but premier était de
prendre contact avec vous directement. Lucifer était déjà Descendu plusieurs
fois et avait parlé avec Bélial, mais ce n’était que de l’information de
seconde main.
Elle le regarda droit dans les yeux.
‒ Je suis une archange, et ma première
préoccupation va à mon clan et à l’Eden.
‒ Et c’est ainsi que cela doit être.
Il sourit, la regardant intensément, et son rougissement conséquent
brisa l’instant de tension qui s’était établi entre eux.
‒ Vouloir Monter n’est peut-être qu’un caprice de ma part. Ne vous
en faites pas ; je ne ferai de toute façon rien par rapport à votre monde
sans votre accord à tous.
Il prit sa main dans la sienne, et pressa doucement ses lèvres sur le
dos de celle-ci.
‒ En attendant, profitez de votre séjour en Bas. »
Il s’écarta, laissant le couturier terminer de prendre les mesures
nécessaires, et abandonnant là une Rémiel toute
troublée sans réussir à savoir pourquoi.
***
La nuit était sombre à nouveau, comme chaque jour depuis que l’hiver
approchait. À l’intérieur, les tentes étaient chauffées par des poêles ;
les runes de chaleur ne tenaient pas sur le tissu qu’elles avaient tendance à
consumer. Cependant, elles étaient tissées serré, et enduites d’un produit
spécial afin de ne pas laisser entrer le froid.
Dans la parcelle qui leur était réservée, Ymesh
s’était roulé en boule sous ses couvertures. Le froid commençait tôt dans les
cercles inférieurs. Chez les elfes, là où il vivait enfant, l’automne en était
sans doute encore à son milieu, et il sourit en secret en se souvenant de
l’avalanche de couleurs joyeuses des feuilles. Ça avait toujours été sa saison
préférée. L’hiver par contre…
En tant que mage de feu, il était capable de se prémunir du froid, mais
il ne l’appréciait pas pour autant – au contraire. Maintenir une température
décente pour lui-même était épuisant à longueur de journée. Cela n’avait pas
changé depuis.
Shön en avait de la
chance d’être mage de glace. Sans doute avait-il plus de mal en été.
« En effet. J’ai horreur de la chaleur, et j’ai tendance à me
replier loin des cercles intérieurs, proches de l’Univers, quand cette saison
arrive. »
Ymesh bondit en entendant
la voix de l’homme. Il ne l’avait même pas perçu quand il était entré ! Il
essaya de s’extirper de ses couvertures, brusquement devenues trop
encombrantes.
‒ Maître ?
‒ C’est bien moi. » dit le vampire
en s’approchant, s’installant à ses côtés pour lui éviter de devoir se démêler
de sa couche. « Je me suis dit qu’il était temps que je passe un peu de
temps avec toi. »
C’était un tout petit geste, et le jeune elfe avait toujours su que son
maître s’intéressait toujours à lui, mais il ne put s’empêcher de sourire comme
un idiot quand celui-ci lui passa un bras autour des épaules. Il se serra tout
contre lui comme quand il était plus jeune, et respira son odeur rassurante.
Voyant cela, Shön sourit et l’enlaça plus
étroitement, remettant ses couvertures correctement par-dessus eux.
« Et Anijia ? » tenta Ymesh. « Tu n’es pas allée la voir ?
‒ Anijia est une grande fille, elle peut
se débrouiller. Et elle n’est pas mon Infante. »
Le jeune garçon frissonna au ton de son maître. À tous, il aurait semblé
neutre – Shön ne laissait pas facilement
transparaître ses sentiments – mais il avait perçu sans difficulté la pointe de
possessivité qui lui avait échappée.
« Je suis à toi. » chuchota-t-il, si bas que même tout près
son maître dut avoir du mal à l’entendre.
Son étreinte se resserra cependant encore, signe qu’il avait l’ouïe
fine.
‒ Je ne l’oublie pas. »
Ses lèvres touchèrent son cou. Ymesh
tressaillit. Allait-il ? Peut-être, peut-être pas. Cela faisait des années
à présent que Shön n’avait plus bu son sang, qu’ils
n’avaient plus partagé l’intimité de ce que pouvait être une morsure. Son
maître l’avait bien nourri, parfois, dans la forêt, mais ça avait été un simple
acte de nutrition, rien d’autre.
Hors ce pouvait être tellement plus.
Shön embrassa sa peau à
nouveau, semblant redécouvrir le goût de celle-ci. Depuis si longtemps déjà…
Mais c’était normal, c’était la moindre des précautions. Il frissonna en se
souvenant ce que son maître lui avait dit quand il était devenu son calice, la
personne sur laquelle il se nourrissait régulièrement. Il lui avait parlé de la
dépendance, des dangers qu’elle entraînait.
Si un vampire buvait trop souvent la même personne, un lien se forgeait
entre eux, qui devenait de plus en plus fort avec les
années. À terme, même la mort ne pouvait le briser, et s’il arrivait quelque
chose à l’un l’autre ne pouvait lui survivre. Hors, une fois transformé, il
était devenu potentiellement immortel comme tous les vampires ; s’ils
avaient continué à entretenir le lien de caliçage,
ils auraient fini par en arriver là.
Ils avaient donc tout arrêté. Parfois, Ymesh
se disait que cela n’en valait pas la peine.
« Vas-y. » le pressa-t-il.
‒ Tu sais ce que nous risquons.
‒ Vas-y. »
Shön était prudent et
neutre, pesant le moindre de ses pas. Ymesh non, et
c’était pour côtoyer le danger qu’il l’avait suivi. Penchant la tête en
arrière, il offrit son cou au vampire, et pressa ses mains dans son dos pour le
faire venir plus près.
Cédant, son maître s’installa plus confortablement tout en évitant de
l’écraser trop sous son poids. Puis, frémissant de concert avec le jeune homme,
il enfonça ses crocs dans la chair tendre.
Ymesh gémit doucement alors
qu’une vague de plaisir le parcourait. Se cambrant en arrière, il sourit,
alors qu’enfin son besoin était à nouveau accompli.
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