Résumé des personnages

Lexique

 

Chapitre précédent

 

Chroniques d'un Cycle

Les Enfants de Lyth

 

Chapitre 14

 

« Michaël, un ange de lumière au regard bleu rêveur et dont le visage porcelaine était plein de douceur et de détermination mêlées. Je ne sais pas pourquoi je l’avais pris sous mon aile. Peut-être parce que je voyais en lui un je-ne-sais-quoi qui le différenciait des autres, peut-être parce qu’il me ressemblait tant physiquement… un cadeau laissé par Lyth après Son départ. »

 

- Journal de Lucifer -

 

Bleu, rose, jaune, des tons pastel. La lumière avait cette étrange pâleur qui la différenciait de celle de l’Eden, même ici dans les cercles les plus proches de l’Univers, le cercle vide qui séparait les Abysses du monde des anges. Lucifer ne se lassait pas de la regarder alors qu’elle recouvrait les collines dorées par l’automne. Bientôt, il ne resterait plus de feuilles sur les arbres, et le spectacle serait terminé, aussi comptait-il en profiter autant que possible.

A ses côtés se trouvait Bélial. Ils ne s’étaient plus vus depuis la Descente des archanges, et alors Lucifer avait été accompagné par les autres, ils n’avaient pas vraiment eu l’occasion de discuter. Il s’était donc permis une après-midi de vacances et était allé retrouver l’archidémon aux cheveux blonds.

« Tu n’as pas de travail en Haut ? » demanda celui-ci, l’interrompant dans sa rêverie.

‒ Oui, bien sûr, toujours. » soupira l’archange. « Mais j’ai pris un peu d’avances ces derniers jours pour me permettre quelques heures de repos ici avec toi.

‒ Que d’efforts. » rit le démon. « Je suis bien content de ne pas m’embarrasser avec tant de paperasserie moi-même.

‒ Nous avons juste une autre façon de faire en Haut. Et puis, Michaël est là pour m’aider.

‒ Tu parles de ton prince-ange ?

Lucifer sourit, et hocha la tête.

‒ Oui. Il est vraiment fantastique tu sais ? Il a merveilleusement su gérer mon clan quand j’étais Descendu à Pandémonium, et ce n’est pas peu. Après tout, plusieurs archanges étaient absents, et ceux qui étaient restés en Eden n’étaient pas les plus tendres.

Bélial eut un regard doux.

‒ Tu sembles fier de lui.

‒ Je le suis ! Evidemment, il reste tous les autres problèmes…

Ses épaules s’affaissèrent.

‒ Uriel est terriblement embarrassée de l’incident qu’elle a causé, et n’ose pas parler de Redescendre pour l’instant à cause de son empathie. Gabriel est furieux. Heureusement, Rémiel et Raguel ont eux beaucoup apprécié leur séjour, bien qu’ils semblent s’être un peu disputés… va t’en savoir pourquoi !

L’archidémon rit doucement.

‒ Ici en Bas c’est pareil, ne t’en fais pas. Azazel râle de ne pas avoir pu être présente quand vous êtes venus, Asmodée n’en fait qu’à sa tête, sans parler des vampires. Enfin, par rapport à vous, tout le monde s’est calmé, même si Lilith insiste pour pouvoir voir l’Eden.

‒ Je crains que ce ne soit pas possible tout de suite, une étape à la fois. Mais… vampires ?

Bélial battit des cils.

‒ Oh, bien sûr, tu ne connais pas. Ce sont des créatures des Abysses, assez morbides tu peux me croire. Si tu en croises jamais un, évite même de lui parler ! Ils se nourrissent du sang des autres.

Lucifer eut un mouvement de recul, horrifié.

‒ Du sang ? Mais ils se contentent d’animaux j’espère ?

‒ Penses-tu. Ce sont les enfants de Saâgh, le Sang, pas de Sei. On ne s’entend pas vraiment avec ces charognards. »

Choqué, l’archange acquiesça. L’idée de l’existence de telles créatures le secouait vraiment. Saraqael était-il au courant ? Il n’en avait jamais parlé… Les elfes oui, les dragons oui, les métamorphes, mais pas les vampires.

« Tu dis que vous avez des problèmes avec eux ?

‒ Ils essaient de venir se nourrir sur nos gens dans nos villes. Nous avons commencé à les chasser la saison passée.

‒ Une chasse à l’homme ?

Bélial renifla.

‒ Eux ne se gênent pas. Et puis, ils sont dispersés partout dans les Abysses. Impossible de mettre la main sur une seule cité vampirique ! Probablement parce qu’ils sont incapables de se nourrir les uns les autres, mais… cela rend notre tâche d’autant plus difficile.

‒ J’imagine… » murmura l’archange, qui était presque autant choqué par l’idée de s’en prendre à des gens que par celle de créatures se nourrissant du sang des autres. « Un compromis ne serait-il pas préférable ? Je sais que cela ne me regarde pas du tout, mais…

‒ Tu es un peu trop naïf, parfois. Ils se sont permis de tuer des démons, Lucifer. »

L’ange recula, pâlissant d’un coup. La mort ? Mais comment pouvait-on faire cela, priver quelqu’un de sa vie même ? Faire du mal était déjà répréhensible, mais cela… Il avait toujours autant de difficultés à appréhender que ce soit possible. Pourtant, il savait que certaines familles de démons avaient eu des querelles qui avaient dégénéré.

Sans réaliser son trouble, Bélial continuait d’expliquer :

« Et puis, quand bien même nous aurions voulu négocier, ils n’ont pas d’autorité à qui nous pourrions nous adresser, ni personne qui saurait leur imposer son bon vouloir à tous. »

Lucifer sortit de son trouble.

« Sans doute, mais cela signifie aussi que vous les chassez tous alors que certains n’ont pas commis de crimes.

‒ En effet… mais que faire d’autre ? Nous ne pouvons pas les traiter au cas par cas, ils sont trop nombreux. Au départ, nous pensions qu’ils n’étaient que quelques-uns mais nous avons beau les chasser, ils semblent être toujours plus nombreux ! »

Ils se turent et Bélial se tourna à nouveau vers le ciel, préférant sans doute remettre ses soucis à plus tard. Alors qu’il allait en faire autant, Lucifer remarqua la petite boule de magie qui voletait dans le dos de l’archidémon. Un ession.

Il se massa les paupières, brusquement las. Saraqael avait besoin de lui en Haut. Il aurait préféré pouvoir profiter un peu plus longtemps de ce moment de calme, mais cela pouvait être important – l’archange du soleil ne l’aurait pas dérangé pour rien. Il se décida donc à se lever, et à adresser un sourire d’au revoir à son ami.

« Je crains de ne pas pouvoir rester plus longtemps, je dois Remonter.

‒ Déjà ? Je pensais t’avoir à moi jusqu’au soir…

‒ Que veux-tu, ce sont les aléas du pouvoir. » plaisanta Lucifer en déposant un baiser amical sur sa joue. « Je ne pense pas pouvoir Descendre à nouveau dans les prochains jours… porte-toi bien.

‒ Toi de même, mon ange. »

Ils se sourirent, se saluèrent, puis l’archange ouvrit un Portail qu’il Traversa en soupirant.

 

***

 

Ses talons claquaient sur le sol de pierre au rythme furieux de sa colère, et pourtant, le son ne résonnait pas assez fort à son goût. Il aurait dû vrombir comme le tonnerre ou un fauve prêt à attaquer, et pas se contenter de se répercuter à l’infini dans les tunnels de la montagne.

Comment osaient-ils ?

Les jointures de ses mains étaient blanches tant elle serrait ses poings forts. Constatant cela, Lilith s’arrêta pour mieux fusiller une tapisserie du regard. Elle inspira, expira, sans réussir à se calmer. A vrai dire, elle était même de plus en plus en rage, et alors qu’elle contenait son corps du mieux qu’elle le pouvait, la superbe œuvre de tissu qui se trouvait sous ses yeux se déchira en deux sous la pression de son esprit.

« Ca va un peu mieux. » déclara-t-elle à voix haute dans le couloir vide.

Rassérénée bien que gardant encore rancune à ceux qui avaient osé la faire sortir ainsi de ses gonds, elle entra dans une petite pièce et s’assit avec élégance dans une chaise de peaux tendues. Un peu rustique, sans doute, mais confortable, et cela suffirait pour se poser quelques instants.

C’étaient ces anges. Non contents de venir tranquillement sur leurs terres sans prévenir – il avait fallu plusieurs intrusions avant qu’ils ne daignent les contacter, et Bélial ne comptait pas – ils avaient le culot de leur refuser le droit de leur rendre la pareille. Comme s’ils étaient des vulgaires microbes qu’il fallait éloigner ! Sans même parler de la moindre notion de politesse…

Ils n’étaient pourtant pas eux-mêmes bien futés. Entre cette gourde qui s’évanouissait pour un rien, la garce qui osait demander au roi des Abysses de lui faire visiter une ville pour son petit plaisir personnel, et les deux guignols qui les accompagnaient… Certes, Raguel et Lucifer avaient été galants, mais ils s’étaient contentés de cela, sans lui accorder un second regard.

Et Lilith détestait qu’on l’ignore.

Pensive, elle lissa les pans de sa tunique qui moulaient agréablement ses formes. La blonde s’était même fait offrir bijoux et robes, cadeaux que Belzébuth s’était bien sûr empressé de faire parvenir également à cette Uriel. Alors qu’elle avait annoncé qu’elle ne Descendrait plus avant longtemps ! Et envers elle, elle qui était pourtant une archidémone, et bien présente, ces fichus anges s’étaient contentés de politesses.

Certes, ils n’avaient pas les mêmes coutumes qu’eux – note que le comportement de Belzébuth aurait pu être une indication. Certes, ils n’avaient pas la moindre notion de ce qu’était l’argent. Elle pouvait donc leur pardonner cela.

Mais elle refusait d’accepter leur position au sujet de l’Eden ! Ils étaient des archidémons bon sang, leurs pairs, quoi qu’ils en disent ! Comment pouvaient-ils être aussi stupides, aussi peu élégants, aussi… mesquins !

Un seul comportement était envisageable après le leur. Un seul. Et elle se savait tout à fait capable de l’accomplir.

Après tout, eux n’avaient pas demandé leur avis pour Descendre. Quelle raison avait-elle de ne pas les imiter ?

 

***

 

A peine arrivé dans son bureau, Lucifer s’était fait assaillir par un archange du soleil aussi enthousiaste que désireux de faire partager cet état d’esprit. Très vite, il avait battu en retraite vers les confortables fauteuils dans lesquels ils disputaient leurs habituelles parties d’échecs, et avait gentiment demandé à Saraqael d’attendre que le thé soit chaud avant de l’agresser avec ses questions.

L’ange aux cheveux roux avait brièvement boudé – Lucifer se promit de ne jamais répéter cela à personne – avant d’enfin accepter de s’installer.

Après quelques instants de silence bienvenu, Lucifer lui sourit.

« Allez, vas-y, je t’écoute. Je vois bien que tu trépignes.

‒ Et n’y a-t-il pas de quoi ? Une nouvelle race découverte, c’est fabuleux ! »

L’archange de la lumière fronça les sourcils. Il n’appréciait que très peu d’apprendre que quelqu’un, fût-ce un ami proche, ait espionné sa conversation avec Bélial.

« Tu parles des vampires ? »

Saraqael eut l’air perplexe un moment, avant de sourire plus largement encore qu’avant – on eut cru voir Raguel.

« C’est vrai, il y a ceux-là aussi ! Je n’avais pas encore trié les informations enregistrées par mon ession. J’espère que tu sais que je ne le fais que si nécessaire ? J’en ai une dizaine à présent, je deviendrais fou si je devais écouter tout ce qu’ils entendent !

‒ Soit, soit, viens-en au fait. Une autre race, tu disais ?

Lucifer était à présent intrigué.

‒ Attends, c’est même mieux que juste cela. Des activités ont été signalées dans le cercle vide !

L’archange aux cheveux noirs battit des cils, pris par surprise.

‒ L’Univers, celui qui sépare les Abysses de l’Eden ?

Saraqael roula des yeux.

‒ Tu en connais beaucoup d’autres ?

‒ Quand ton sarcasme sera passé, si tant est que cela soit possible, tu pourrais peut-être me donner des détails ?

Trop ravi pour répliquer au reproche amusé, l’archange du soleil reprit :

‒ Apparemment, des créatures y vivent…

‒ Aucune aura n’y a été détectée, tu le sais bien.

‒ C’est là que ça devient intéressant ! » persista Saraqael. « Ce sont des êtres sans force magique ! »

Lucifer se redressa sans savoir dire un mot, sous le coup de la surprise. Comment cela pouvait-il être possible ? Jusqu’alors, chaque créature qu’il avait pu rencontrer avait une aura, même infime, pour la bonne et simple raison que chacune avait été créée par un ou plusieurs Éléments. Dans ce cas, comment – non, pourquoi – auraient-Ils décidé de faire des êtres parfaitement neutres, sans même un peu de magie pour se défendre ?

« C’est cruel de leur part. » murmura le Premier-né avant de reprendre plus haut : « Comment se débrouillent-ils ?

‒ Pas aussi mal que tu sembles le penser. Ils ne savent pas que la magie existe, et ont tout simplement compensé en redoublant d’ingéniosité.

‒ Tu ne penses pas vraiment que cela remplace une aura ?

Saraqael sourit, visiblement content de son effet.

‒ Pourtant si. Bon, évidemment, ils ne vivent pas aussi longtemps que les créatures magiques, mais c’est la seule véritable différence.

‒ Je n’arrive pas à y croire…

L’homme aux cheveux roux rit discrètement.

‒ Ca se voit à ton visage, mais je t’assure que c’est ainsi. J’ai envoyé plusieurs essions pour vérifier avant de t’appeler.

‒ Et bien sûr, une fois certain de ce que tu avançais, tu n’as pas pu attendre que je Remonte de moi-même en Eden.

Saraqael s’empourpra, et Lucifer se permit un sourire indulgent. Il ne changerait jamais.

‒ Quand Descendons-nous voir à deux ?

‒ A toi de voir. Je suppose que tu pourrais, par exemple, rogner un peu sur le temps que tu passes dans les Abysses en compagnie d’un archidémon.

Lucifer le dévisagea, penchant sa tête de côté.

‒ Seigneur, Saraqael. Tu ne serais tout de même pas jaloux ?

L’archange se figea, et releva un regard totalement choqué vers son pair.

‒ Mais qu’est-ce que tu racontes ?

‒ Ca se voit, tu es jaloux. Je t’assure que Bélial n’est pas comme toi… Ou alors c’est parce qu’il dépend d’Elvion la Lune et toi d’Essiah ?

‒ Tu es ridicule, Lucifer !

Le susnommé explosa de rire devant le visage outré de son ami, et lui tapota l’épaule.

‒ J’ignorais que tu ne savais pas reconnaître des taquineries, mon cher. A moins que tu ne sois vraiment jaloux ?

‒ Je ne suis pas jaloux bon sang !

‒ On dit ça on dit ça…

Les yeux pétillants de bonne humeur, Lucifer se permit de sourire, détendu, en regardant Saraqael manquer de s’arracher les cheveux pour le convaincre. Tant qu’il y avait encore une place pour ce genre de moments en Eden, cela signifiait que tout allait bien.

Et puis, peut-être avait-il un peu trop négligé son ami angélique. Qui sait, il pourrait devenir envieux…

 

***

 

Cela faisait un moment déjà qu’Ymesh observait Ketosaï et son fils. Il devait bien avouer qu’il connaissait peu de vampires, au final ; en dehors de Shön, Anijia et maintenant Shean, il n’en avait fréquenté aucun à long terme. A les voir de loin, il avait fini par décider qu’ils faisaient froid dans le dos et que ces trois-là étaient des exceptions – une conclusion que la plupart des gens partageaient. Lui-même, bien sûr, ne comptait pas. Il n’était pas né vampire.

A présent qu’il avait rencontré l’archivampire – ou vampire élémentaire, comme il le corrigeait toujours, bien qu’il se préoccupe peu qu’on lui donne un titre – il se devait de réviser ses précédentes pensées. Oui, ceux de sa race étaient étranges, parfois froid, souvent cruels… mais aucun n’arrivait à la cheville de Ketosaï.

Ymesh avait fini par décider de ne plus s’en approcher. Ce n’était pas bien difficile, à vrai dire, car il ne prenait pas part aux mystérieuses négociations qui se tenaient dans la tente de Shean, sauf en tant qu’espion discret. Son maître lui avait dit de se méfier de ce type, et il avait eu raison.

Il lui était plus difficile d’éviter le fils, Ketjiko. Celui-là était jeune, bien plus que lui, et pourtant il lui faisait le même effet que son père. Quand il le regardait, il se sentait frissonner jusqu’au os. Le seul détail qui détonnait avec le reste était en rapport avec son physique : bien que Ketjiko ait les yeux rouges d’un vampire de sang pur, ses oreilles étaient pointues comme celles d’un elfe. Un métis, sans doute, fait très rare.

Ymesh ne l’avait jamais vu adresser la parole à personne, ni s’éloigner de plus de quelques pas de son père. Il fut donc très surpris lorsque celui-ci s’approcha de lui, seul, alors qu’il jouait au mashi.

« Qu’est-ce que tu fais ? » fut la question, posée d’une voix presque sans inflexions.

Si Ymesh n’avait pas eu l’habitude du ton perpétuellement froid de Shön, il n’aurait sans doute pas remarqué l’once de curiosité qui perçait.

‒ Un jeu de mashi. » expliqua-t-il, un peu hésitant, en montrant le plateau. « C’est comme le jeu d’échecs, mais ça se joue tout seul.

‒ Les échecs ? »

L’elfe hésita. L’enfant était vraiment bizarre et il avait du mal à mettre sa peur de côté. En même temps, ce n’était qu’un gosse ; que pourrait-il donc lui faire ? A part lui déchirer l’esprit et tordre son corps dans une position pas très saine en un battement de cils, bien sûr.

« Un jeu de stratégie. Tu ne connais pas ? Ce sont les anges qui l’ont inventé, et ils l’ont transmis aux elfes. Il n’est pas encore très diffusé dans les Abysses. Le mashi est plus facile mais plus ennuyeux, parce qu’il n’y a pas d’adversaire à abattre.

‒ Il faut tuer ses ennemis ?

Quelque chose, dans son ton, fit à nouveau frissonner Ymesh.

‒ Il faut prendre ses pions. Tu veux que je t’explique ? J’ai un jeu d’échecs aussi, c’est plus simple de commencer par là. »

Ketjiko le dévisagea un moment sans rien dire, avant d’hocher la tête d’un mouvement sec. Il s’assit en face d’Ymesh comme celui-ci l’y invita, et le regarda avec intérêt déballer les différentes pièces. Intrigué, le jeune elfe les nomma une à une et énuméra la façon dont elles se déplaçaient.

« Tu sauras t’en souvenir ? »

Un autre hochement de tête silencieux.

« D’accord… Bien, le but est de prendre le roi. Pour ce faire, tu dois éliminer les autres pièces du jeu afin d’y accéder. Cela se fait en mettant une pièce sur le même carré qu’une autre, ainsi par exemple… »

Il lui expliqua rapidement les bases du jeu, Ketjiko l’écoutant sans rien dire. Il n’était pas très convaincu quand ils entamèrent une partie, mais après tout, il fallait toujours donner au moins une chance aux gens.

Lorsque, quelque temps plus tard, Ymesh annonça un « échec et mat ! » retentissant, Ketjiko sembla tout surpris.

« J’ai perdu ?

‒ Eh oui. C’est normal, tu es novice. Je joue depuis longtemps.

L’enfant fronça le nez.

‒ Je n’aime pas perdre. »

Ymesh s’efforça de retenir un sourire, mais ses yeux pétillèrent malgré lui. Il espéra juste qu’il ne se vexerait pas. En dehors de son caractère étrange, Ketjiko possédait des pouvoirs psychiques puissants qu’il tenait de son père. Malgré cela, et malgré la froideur qui avait persisté, Ymesh ne s’inquiétait plus.

Après tout, il avait froncé le nez. C’était un début.

« Si tu veux apprendre à ne plus perdre, il te faudra perdre très, très souvent, et jouer beaucoup. Si tu ne te mesures qu’à des plus faibles que toi, tu n’évolueras jamais.

L’elfe sourit.

‒ Une autre partie ? »

Ketjiko planta ses yeux rouges dans les siens, pensif. Le silence s’étira, et Ymesh crut s’être trompé. Peut-être était-il juste trop étrange, trop différent, ou se fichait-il juste de lui… Alors qu’il allait renoncer et remballer le jeu, l’enfant se redressa.

« D’accord. Mais cette fois, je prends les blancs. »

 

 

Chapitre suivant

 

N'oubliez pas de laisser un petit mot à l'auteur !