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Chroniques d'un Cycle

Les Enfants de Lyth

 

Chapitre 22

 

« Le Seigneur nous a donné le Verbe, et grâce à ce don, nous sommes capables de nommer chaque chose que nous voyons ou ressentons sans difficulté.

Parfois, j’aurais préféré ne jamais être doté du Verbe. Certaines horreurs devraient rester innommables. »

 

- Journal de Lucifer -

 

Le combat s’était terminé à la mi-journée, et petit à petit, Lucifer avait vu les anges rentrer. Comme la semaine précédente, ils avaient été blessés et couverts de sang, mais contrairement à cette fois-là il ne s’agissait pas de quelques rebelles. Des archanges, il avait été le seul à s’abstenir de participer. Michael lui-même était Descendu à sa place, et était rentré blessé – il se trouvait encore dans le bâtiment des guérisseurs.

Le Premier-né avait d’abord veillé à ce que tous soient bien là, que les autres s’organisent, que Gabriel reprenne en main le corps des médecins qui était sous ses ordres. Lorsqu’enfin cela fut fait, le soleil était bas dans le ciel. Alors seulement il Traversa.

Il n’était pas certain de ce qu’il voulait voir, ce qu’il espérait trouver. Tout ce qu’il savait était qu’il devait y aller. Qu’il devait voir de ses propres yeux.

Il sortit du Portail à l’endroit exact où s’était jadis trouvée Laouen, la première des cités angéliques en partant du Bas.

L’odeur, d’abord, acre et étouffante, du sang et de la sueur, de l’intérieur du corps de cadavres, de brûlé et de chair fondue, le saisit à la figure. Le cœur au bord des lèvres il réussit à maîtriser sa nausée, jusqu’à l’instant où son regard trouva le charnier.

Il était à genoux, à vomir, avant même d’avoir eu le temps d’analyser entièrement l’image. Oh seigneur, seigneur, seigneur… C’était impossible ! Une telle chose n’avait pas pu avoir lieu ! Il n’y croyait pas, c’était impossible, impossible, totalement impossible… Il ne pouvait pas avoir accepté une situation pareille.

Incohérent, il ne parvenait même plus à construire une pensée complète, ni à trouver les termes corrects à mettre sur ses sentiments et sur les faits auxquels il était confronté. C’était simplement… trop horrible.

Des dizaines de mots lui traversèrent l’esprit, qu’il n’avait jamais eus à appréhender auparavant. Massacre, carnage, boucherie, épouvante, dégoût… jusqu’à ce qu’enfin un seul finisse par s’imposer.

Guerre. Voilà ce vers quoi ils avaient couru, voilà ce qu’il n’avait pas été capable d’empêcher… Jamais le Premier-né n’avait imaginé qu’une telle atrocité puisse voir le jour.

Le sang dégoulinait sur l’herbe et au sol, les souillant de son impureté, et lorsque Lucifer releva les mains il réalisa qu’elles avaient été trempées dedans. Un rire hystérique lui échappa. Le symbolisme ne lui avait pas échappé.

Sa faute, tout cela était sa faute. Il était à la tête de l’Eden et il n’avait pas su gérer la situation, au contraire il l’avait sans doute envenimée. C’était trop tard à présent, son péché allait tous les mener à leur perte. C’était fini.

La Grande Faucheuse avait coupé son blé, ne restaient que des ruines… et maintenant qu’elle avait été mise en marche, la guerre ne risquait pas de s’arrêter de sitôt. Les esprits n’allaient pas se calmer pour si peu – si peu ! quelle ironie que de minimiser cette horreur – au contraire.

L’archange se releva, ses vêtements souillés de rouge comme ses mains, et commença à avancer dans le charnier. Sourd et aveugle, il avança, comptant les morts, remarquant vaguement que seuls les démons avaient été laissés tels quels sur le champ de bataille, et les rassemblant, du moins ceux qui avaient encore un corps entier. Lui qui était épuisé oublia sa fatigue, et continua, encore et encore, jusqu’à en avoir fait un tas, sans voir la nuit finir de tomber, oubliant le temps qu’il passait.

Il mit le feu au charnier après avoir terminé, et resta là à prier jusqu’au matin.

 

***

 

La liesse qui traversait Ijishia était sans nom. La guerre était déclarée, tout se déroulait selon les plans, et les vampires avaient pu festoyer à nouveau sans être inquiétés par qui que ce soit. Oh, certes, le clan Astaroth essayait encore parfois de s’en prendre à eux, mais leurs effectifs avaient été largement amoindris. Ils étaient loin de représenter la même menace que jadis.

Comme sept jours plus tôt, Anijia avait fêté avec les autres. Enivrée par leur victoire, elle espérait. Elle était née vampire, et avait toujours envié les races qu’elle avait pu observer ; les autres ne devaient pas vivre dans les bois, ni se cacher à toute heure du jour et de la nuit.

À présent, elle prenait un peu de repos à quelques pas de la cité mobile, respirant l’air pur des Abysses. Enfant, elle avait rêvé de parures, d’une vraie maison, de tranquillité et de propreté. Aujourd’hui, pour la première fois, elle avait senti l’espoir éclore en elle.

Bien sûr, ils étaient loin du compte. Un peu plus de liberté ne voulait pas dire grand-chose, et ils continuaient d’être vus comme des monstres et des parasites par toutes les autres créatures, mais c’était un pas en avant.

Par contre, elle avait du mal à comprendre le point de vue de Shön. Celui-ci n’avait fait que se plaindre, en silence certes, mais tout de même, depuis que Ketosaï avait enfin pris la situation en main. Ils étaient pourtant allés le chercher ensemble. Il aurait dû être aussi ravi qu’elle. Elle savait que lui aussi avait souffert de la vie de bohème qu’ils menaient, même s’il avait fini par s’y faire. Shön était de l’étoffe dont on faisait les plus grands seigneurs. Il ne méritait pas d’être ainsi apatride.

Ymesh était encore plus incompréhensible à ses yeux. Lui avait connu le confort. Il avait été assez stupide pour le quitter, soit, mais au point de renoncer à le récupérer alors qu’il en avait enfin l’occasion ? Peut-être aimait-il cela, peut-être était-ce même par amour pour l’aventure qu’il avait suivi leur maître… C’était tout de même difficile à concevoir.

Ils avaient fini par plier bagage la veille. Cela avait été une surprise ; depuis qu’elle avait appris que Shean était le fils de Shön, et compris qu’ils s’entendaient bien, elle s’était attendue à ce que leur petite troupe reste à Ijishia pour un bon bout de temps. Pourtant, dès la finalité du plan atteinte, ils étaient partis.

Shean avait semblé un peu triste alors qu’il saluait son père, mais c’était la tristesse résolue de quelqu’un qui sait qu’il n’a pas le choix et qu’il retrouvera la personne perdue à un moment ou l’autre. Shön lui-même l’avait étreint, brièvement mais fermement, avant de lui serrer la main. Ymesh avait fait la moue à cet instant – sans doute était-il jaloux de la proximité qui se dégageait des deux hommes – mais avait malgré tout salué le maître de la ville poliment.

Puis, ils étaient partis. Ymesh avait eu du mal à laisser Anijia derrière lui et la jeune fille aussi savait qu’elle allait regretter leur complicité perdue. Néanmoins, sa décision était prise. Elle était assez grande et puissante pour prendre soin d’elle-même à présent et elle ne comptait pas continuer de suivre un homme dont elle ne partageait pas les idéaux.

Avec un petit soupir, elle regarda la route. Leur vie ensemble semblait si loin déjà… Bon, il était temps pour elle se de mettre à la recherche de Ketjiko. Ymesh lui avait fait promettre de s’occuper un peu du garçon. Apparemment, le mystérieux fils de Ketosaï était son seul véritable regret : ils s’étaient à peu près liés d’amitié, et il était déçu de ne pas avoir pu lui dire au revoir.

La jeune fille se releva, et épousseta soigneusement la cape sur laquelle elle s’était assise, avant de boucler celle-ci autour de son cou. D’un pas décidé, elle regagna le campement d’Ijishia.

En arrivait sur place, elle fronça les sourcils. Les feux brûlaient toujours mais l’activité qui se déroulait autour d’eux semblait à présent plus fébrile que festive.

« Anijia ? »

Elle leva les yeux vers celui qui l’avait interpellée, Wladek, un jeune homme tout à fait charmant avec qui elle avait discuté longuement la veille. Alors, il était aussi pétri d’espoirs qu’elle. Pourquoi donc avait-il à présent cette lueur inquiète ?

« Oui ?

‒ C’est Shean qui m’envoie… Tu sais par où Shön est parti ?

‒ Par la piste, comme n’importe qui de sensé.

‒ Je veux dire, vers où ?

Elle secoua la tête, faisant voler ses longues mèches noires et lisses.

‒ Aucune idée. Pourquoi, il y a un problème ?

Le jeune homme grimaça, sa bouche aux lèvres fines se tordant dans une parodie de sourire.

‒ Si on veut.

‒ Eh bien, je t’écoute ?

‒ C’est Ketosaï…

Il leva vers elle des yeux aussi rouges que les siens, angoissés.

‒ Il a disparu. »

 

***

 

Lorsque les premiers rayons du soleil percèrent l’obscurité, faisant s’éclaircir le ciel, Lucifer se releva. Son visage était pâle et cerné et il avait mal dans tous ses muscles d’être resté à genoux toute la nuit, sans parler de ses activités physiques intenses de la veille. Ses vêtements étaient sales et déchirés, et du sang avait séché par plaques sur le tissu de ses manches, brunâtre.

Il ouvrit un nouveau Portail pour Remonter vers Alun Hevel et le Traversa, avançant dans l’Entre-mondes comme un automate, sans rien voir ni entendre. Au fur et à mesure de son avancée, néanmoins, il commença à se réveiller, et ce fut la colère qui prit le dessus.

Comment avaient-ils osé ? Comment avaient-ils pu faire ça ? Tuer des êtres pensants, des gens qui avaient des familles, des vies, qui étaient les égaux des anges… Sans que ce soit sous le coup de la douleur, cette fois ! Au lieu de se contenter de les repousser… C’était un péché terrible… Et eux qui clamaient qu’ils n’avaient fait cela que pour protéger l’Eden et purifier les créatures viles qu’étaient les démons selon eux !

« Avec un peu de chance » lui avait un jour dit Lyth, leur Seigneur, « ils resteront dans les cercles qui leur sont dévolus et laisseront l’Eden en paix. Mais s’il devait en aller autrement… Vous êtes assez forts pour leur faire face. »

Sourcils froncés et poings serrés, Lucifer ressorti de l’autre côté du Portail, à Alun Hevel, dans la salle du conseil. Les archanges y étaient réunis, comme il s’y était attendu, et le silence tomba comme du plomb quand il apparut.

« Uriel » dit-il, et ce fut comme si quelqu’un avait frappé sur un gond.

L’archange du vent pâlit, puis se redressa.

‒ Oui ?

‒ Combien d’anges sont-ils morts hier ?

La jeune femme blêmit un peu plus, et n’arriva pas à articuler un son.

‒ Combien ? » insista le Premier-né comme elle ne lui répondait pas. « Ou bien vous êtes-vous abstenus de compter ?

‒ Je… »

Elle n’arriva pas à continuer sa phrase, mais l’expression coupable de ses yeux noisette parlait pour elle. Lucifer toisa les autres archanges, un par un.

« En ce qui concerne les démons, j’en ai compté un peu moins de cent. Pas énormément, étant donné la densité de leur population. Ils devraient attaquer en plus grand nombre la prochaine fois je suppose. »

Raphaël détourna le regard, Raguel sourit, imperturbable. Gabriel et Saraqael le regardèrent droit dans les yeux. Rémiel, elle, se leva.

« Que croyais-tu ? Nous ne comptons pas nous laisser faire, Lucifer.

‒ Alors vous avez préféré devenir des meurtriers. » commença le Premier-né d’une voix atone. « Aucune colère, aucune impulsion folle cette fois. Nous nous sommes vus avant votre départ et vous raisonniez tout à fait normalement. »

Cette fois, Rémiel détourna les yeux elle aussi. Lucifer sourit, d’un sourire terrible qui figea le cœur des autres présents, et ses iris semblèrent s’éclaircir, devenant aussi froids que la glace.

« N’oubliez pas ce moment où vous avez cru agir pour le Bien. Ne l’oubliez pas. Car c’est vous qui avez commencé ce carnage, et je doute qu’aucun de nous en voie jamais la fin. »

Le menton haut, droit dans ses vêtements en lambeaux, le maintient digne du roi qu’il était, Lucifer sortit de la pièce dans un silence absolu. La porte se referma sur lui, et Saraqael ferma les yeux.

Les dés en étaient jetés.

 

***

 

Anijia arpenta une dernière fois le sous-bois, contrariée. Contrairement à ce qu’elle avait espéré, le matin n’avait apporté aucune heureuse nouvelle. Ketosaï n’était pas parti chasser. Il n’était pas dans les environs. Dans la parcelle de tente qui lui avait été réservée, ses affaires avaient disparu, et ni lui ni son fils n’avaient été aperçus depuis un moment déjà.

Comment était-ce possible que personne n’ait rien vu venir ? Shön lui-même n’avait pas songé à une telle défection ! Quels imbéciles ils avaient tous été…

D’un pas décidé quoique las, elle regagna la tente de Shean. Celui-ci s’y trouvait en compagnie de Lilas, sa compagne, et tous deux levèrent les yeux vers elle.

« Alors ?

‒ Rien, et encore rien. Aucune trace.

‒ Ni de lui, ni de… ?

‒ Non, Shön aurait aussi bien pu se dissoudre dans la nature.

‒ Sa grande spécialité. » marmonna le maître d’Ijishia sans grande amertume.

Lilas secoua la tête, faisant voler autour d’elle ses courts cheveux blonds.

« Je n’ai rien trouvé non plus, pas plus que tous les autres que nous avons envoyé depuis hier. Nous ne remettrons pas la main dessus. »

Cette dernière phrase avait été dite sur un ton légèrement las, qui concordait mal avec l’assurance habituelle de la jeune femme. Anijia ne la connaissait pas bien, loin de là, mais elle avait de plus en plus souvent eu l’occasion de lui parler et elle avait commencé à l’apprécier.

« Qu’allons-nous faire ? » demanda-t-elle pour combler le silence.

Le maître de la ville posa sur elle un regard pénétrant, et elle frissonna. Leurs caractères étaient très différents, mais lorsqu’il la regardait ainsi, elle ne pouvait pas s’empêcher de voir en lui l’ombre de Shön.

« Il n’y a pas grand-chose que nous puissions effectivement faire, ou défaire, à cet égard. Ijishia va changer d’emplacement. Je vais faire en sorte que les parasites encore présents se dispersent – ce qu’ils devraient faire tout seuls à présent que Ketosaï s’est lui-même évaporé dans la nature.

‒ Mais toutes ses promesses…

‒ Il a tenu la seule promesse qu’il avait faite » intervint Lilas « c’est à dire causer la guerre entre les anges et les démons, et faire en sorte que celle-ci nous permette de nous alimenter plus abondamment que jadis.

‒ Ce n’était pas une solution qui me plaisait mais nous l’avons choisie. » approuva Shean. « Maintenant, il va falloir assumer.

‒ Il aurait dû rester là pour nous protéger tous !

Le vampire eut un sourire de dérision.

‒ Ne te fais pas d’illusions, jeune dame. Je ne lui aurais pas permis de rester dans ma ville longtemps.

‒ Même vous, vous deviez espérer qu’il ne parte pas trop loin ! Vous êtes Seigneur, je ne l’ignore pas, mais si les démons venaient à savoir…

‒ J’accepterai les conséquences de ce que j’ai aidé à faire. » dit-il, froid, plein d’assurance.

Anijia réalisa qu’elle avait en face d’elle un homme prêt à mourir pour ce qu’il avait fait, et prêt aussi à se battre pour survivre et faire vivre avec lui les vampires qu’il avait sous sa protection. À ses côtés, Lilas semblait tout aussi déterminée.

Elle se sentit toute petite à côté de ces géants. L’homme lui faisait la même impression que Shön, de nouveau. De la puissance, de la volonté, du charisme… Elle avait été égoïste, et elle le savait, elle l’assumait d’ailleurs parfaitement. Shean s’élevait au-dessus de ça. Rares étaient les vampires qui le faisaient.

« Très bien » finit-elle par déclarer. « J’ai horreur de ça, mais je vais rester.

‒ Vous ? »

Il semblait surpris ; il avait de quoi l’être. Lilas lui fit un clin d’œil presque complice. En réponse, la jeune femme se permit un sourire orgueilleux.

« Il est trop tard pour sauver mon âme ou celle des autres, si tant est qu’on puisse parler d’âme chez les nôtres. Mais je compte bien avoir une place un jour dans ce monde et puisqu’il me faut la gagner, je n’hésiterai pas à me battre.

Shean rit doucement, et son rire était comme un baume.

‒ Bonne philosophie. Eh bien, dans ce cas, bienvenue à Ijishia, dame Anijia. »

Elle sourit et releva le menton. Peut-être qu’elle n’aurait pas à aller chercher sa place si loin, au final.

 

***

 

Le conseil terminé, les archanges se dispersèrent, retournant chacun à ses activités. Gabriel, bien sûr, s’occupait de soigner les blessés, tout en motivant les anges exaltés à continuer leur action, leur assurant qu’ils étaient sur la bonne voie. Raguel et Raphaël s’inquiétaient de l’état des membres de leurs clans respectifs, alors qu’Uriel s’isolait, son empathie lui hurlant l’horreur de ce qui venait de s’amorcer.

Saraqael, lui, retourna s’enfermer dans son bureau. Les dossiers s’empilaient sur sa table de travail, retard accumulé par les évènements de la veille, et il s’y assit avec un soupir pour s’y remettre.

L’Eden allait mal, et qui allait s’en occuper si lui ne le faisait pas ?

Certes, Lucifer aimait l’Eden, il le savait ; il faudrait être aveugle pour ne pas le remarquer. Il aimait l’Eden et ses anges, et son clan, et eux tous, mais juste aimer était totalement inutile. Aimer ne faisait pas aller de l’avant, pas s’il ne s’en donnait pas les moyens, ce qu’il ne faisait pas.

Saraqael soupira en s’asseyant. Une solution lui venait à l’esprit, mais celle-ci était presque aussi horrible à ses yeux que le mal qui se déroulait à présent. Et encore, elle ne ferait qu’amoindrir un peu la situation sans la désamorcer – rien ne le pourrait plus à présent – sauf peut-être à très long terme. Mais comment penser autrement qu’à long terme ?

« Je ne peux pas faire ça. » murmura-t-il malgré tout.

Non, il ne pouvait pas. Il ne voulait pas. Il refusait. C’était contre ses principes, c’était trop douloureux, c’était… mal.

Mais s’il ne faisait rien, l’Eden allait à la catastrophe.

Il se leva à nouveau pour marcher de long en large, puis s’arrêta, puis se mordilla un ongle ; il était seul, il pouvait bien se permettre de montrer un peu ses faiblesses. Il leva les yeux vers le symbole de Lyth qui était accroché au mur comme dans chaque pièce du bâtiment, et lui, lui qui trouvait leur Élément à la fois idiot et absurde, lui qui le détestait pour sa façon de manipuler les gens, ne put s’empêcher de murmurer :

« Que dois-je faire ? »

Il connaissait la réponse, bien sûr. Les lois étaient claires. Mais il était un archange, et comme tel, ne devait-il pas justement être celui qui contourne les lois pour le bien-être commun ? Ils géraient les anges, ne devaient-ils pas se sacrifier pour eux ?

Mais c’était facile de dire cela quand on ne se sacrifiait pas soi-même. Beaucoup trop facile, il en avait conscience.

« Je ne peux pas faire ça. »

Cette fois, c’était une supplique. Il se passa à nouveau une main sur le visage et ferma les paupières, fort. Il ne pouvait pas faire ça.

Mais il le devait. Et il serait bien obligé de s’y résoudre un jour.

 

 

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