Chroniques d'un
Cycle
Les Enfants de
Lyth
Chapitre 25
« Elvion,
la Lune, et Essiah, le Soleil, sont respectivement des serviteurs de Sei et de
Lyth.
Ils sont
cependant tous deux des astres et en tant que tels, dépendent avant tout de
June.
Il ne faut pas
oublier de prendre cela en compte lors de l’analyse de leurs rapports. »
- Des Éléments
et de leurs rapports entre eux et avec les anges,
compilation faite par Saraqael -
Des centaines et des centaines d’anges et de
démons moururent durant la guerre, peut-être même des milliers. Plutôt que d’en
causer la fin, les morts ne firent qu’alimenter la machine infernale, chacun
des clans accusant l’autre et cherchant à venger ses morts plutôt qu’à les
pleurer. La brève période de paix qui avait fondé l’histoire des trois mondes
était terminée, et les illusions d’un Eden parfait, en harmonie avec les
Abysses, s’étaient dissipées. Même Lucifer n’osait plus espérer un tel miracle.
Durant les premières années de guerre, le
Premier-né avait malgré tout continué de refuser à prendre part aux combats, se
contentant de soigner les blessés et de gérer les affaires internes à l’Eden et
à son clan. Voir les anges revenir blessés l’horrifiait, mais la seule idée de
devoir imiter ses semblables et tuer des démons pour une cause à laquelle il ne
croyait pas lui semblait pire encore.
Michael lui-même ne prenait aucun plaisir à
tuer. Il se contentait de considérer cela comme sa responsabilité, et passait
de longs après-midi à s’entraîner au maniement des armes pour réussir à faire
face à celui qui s’était autoproclamé son adversaire depuis leur tout premier
affrontement : Belzébuth.
Le terrible archidémon des ténèbres était un
maître guerrier particulièrement redoutable, que les anges avaient appris à
craindre. Il n’était pas le seul, bien sûr, chaque archidémon était fort à sa
manière, mais le duo formé par Belzébuth et Astaroth était effrayant par la
présence qu’il dégageait en combat. Astaroth était force physique pure,
n’utilisant presque aucune magie, déchiquetant la chair comme si elle était
aussi fragile que du papier, alors que Belzébuth était tout en technique,
maniant arc et épée mieux que quiconque.
Les anges étaient mieux coordonnés, mais les
démons étaient des combattants hors pair. Les troupes de l’Eden avaient du mal
à faire le poids, même avec le soutien de Michael…
Par ailleurs, un autre problème commençait à se
poser. Les anges murmuraient au sujet de Lucifer.
« Il prétend être le gérant de l’Eden, et
il ne participe même pas à la guerre. Ce n’est qu’un lâche, disaient
certains. »
« Pire, il fraie avec les démons ! rappelaient d’autres. Il était contre le début des combats,
il voudrait peut-être que nous perdions… Si ça se trouve, il les
aide ! »
« Nous aime-t-il encore ? Il nous
soigne sans s’impliquer… Il délègue l’essentiel à Michael ! »
« Nous devrions demander aux autres
archanges ce que nous devons faire. »
Les rumeurs remontèrent ainsi aux oreilles de
Raguel et Gabriel en premier lieu, et l’archange de la pureté s’empressa de
mentionner le problème au conseil.
« La situation ne peut pas s’éterniser. Si
Lucifer prétend encore être l’un des nôtres, il doit s’impliquer dans nos
politiques – ou alors qu’il quitte l’assemblée.
‒ Non mais ça ne va pas ? s’exclama
le Premier-né. Tu ne peux pas m’imposer d’intervenir, ni m’obliger à devenir un
assassin ! Chaque vie est précieuse, et je refuse…
‒ Justement, chaque vie est précieuse,
l’interrompit Gabriel, en contre-attaque. Ton absence au combat coûte des vies
aux clans de l’Eden.
‒ C’est la guerre qui coûte des vies à
l’Eden ! s’énerva l’archange, furieux. Comment
peux-tu prétendre…
‒ Du calme, tempéra Rémiel. Quelle qu’en
soit la raison, des anges meurent aujourd’hui, tués par des démons, et ça ne
peut pas être changé. Lucifer, je pense que Gabriel a raison. Tu ne peux pas
éternellement fuir tes responsabilités, aussi horribles te semblent-elles.
‒ Elle n’a pas tort, approuva Raphaël.
Aucun de nous n’aime tuer, mais nous en avons le devoir. Les démons sont nos
ennemis maintenant. En tant qu’archange, tu ne peux pas te permettre de rester
neutre. »
Uriel acquiesça timidement, en silence, sans
oser dire le moindre mot. Lucifer cilla en le constatant. Elle semblait avoir
peur de lui… était-ce possible ? En était-il arrivé là ? Il soupira,
et secoua la tête.
« Comment avons-nous pu causer ça ?
Nous somme soi-disant des êtres de Lyth, le Bien, et nous nous sommes abaissés
à mettre le feu aux poudres. Mais très bien, j’en assumerai les conséquences
avec vous, puisque je n’ai pas le choix. Je ne veux pas que l’Eden soit
détruit. »
Malgré les regards désapprobateurs de certains de
ses pairs à ces mots, il savait qu’il avait raison. Les anges critiquaient le
mal des démons, mais ils ne faisaient pas mieux, au contraire ; leur
hypocrisie les rendait pires.
Il aimait les enfants de Sei presque autant que
les anges, mais il ne pouvait plus reculer, même en ayant freiné autant que
possible. Les siens avaient besoin de lui.
Qu’ils ne veuillent plus l’écouter ne le
déchargeait pas des responsabilités qui étaient les siennes. Il devait remplir
la mission que Lyth lui avait donnée, pour le bien des anges et de l’Eden.
***
La poussière volait partout, soulevée par les
battements d’ailes et les mouvements brusques. La magie fusait des deux côtés
et à vrai dire, il était difficile de juger de l’avancée de la bataille en un
coup d’œil. Sonder l’aura des gens en donnait déjà un meilleur aperçu, mais
parfois, cela réservait quelques surprises. Belzébuth eut un sourire carnassier
alors que son épée tintait en rencontrant celle de Michael.
Le gamin était plutôt pas mal, et le distrayait
agréablement de Rémiel qui combattait elle aussi, un peu plus loin.
« Tiens, tiens, tiens, qui avons-nous
là ? Ne serais-ce pas le gérant
de l’Eden, qui daigne enfin se joindre à nous ? »
Le prince-ange ne daigna pas lui répondre, se
contentant de pousser sa magie dans sa lame pour pouvoir porter des coups plus
dévastateurs. Le démon para chacun d’entre eux et l’une de ses contre-attaques
laissa une estafilade sanglante le long de la joue imberbe du jeune homme.
« Tu sembles distrait. Serait-ce dû à sa
présence ? Peut-être dois-je jouer avec l’archange plutôt qu’avec
l’apprenti ?
‒ Ne vous approchez pas de lui ! cracha Michael en envoyant une décharge de magie vers le
démon.
‒ Oh, inquiet alors ? Ne t’en fais
pas, je te préfère, et de loin. »
Et puis, surtout, Bélial l’étriperait s’il s’en
prenait à son petit chéri, mais le prince-ange n’avait pas besoin de le savoir.
Du coin de l’œil, Belzébuth remarqua qu’une unité de démons était en
difficulté. Il referma ses ailes autour de lui et se laissa tomber comme une
pierre pour pouvoir les rejoindre, souriant en entendant le cri de protestation
de Michael.
« Ne t’en fais pas, je reviens ! ne put-il s’empêcher de crier en déployant ses ailes à
nouveau, planant jusqu’à arriver à la bonne hauteur. »
Les anges reculèrent en le voyant arriver,
permettant aux démons d’effectuer une trouée parmi eux. L’archidémon lança vers
le tas de soldats une sphère de ténèbres qui avantagerait les démons, puis vit
Astaroth arriver et remonta. L’archidémon du sang n’aurait aucun problème à
terminer le travail.
Il s’éleva au-dessus du champ de bataille et vit
Michael foncer vers lui, slalomant entre les belligérants. Il se permit
cependant quelques secondes pour juger de la situation.
Celle-ci était mauvaise. Lucifer ne savait pas
se battre mais il avait une puissance de frappe que seule égalaient ses pairs.
De plus, Lilith était absente, se contentant de protéger de loin leurs esprits
de toute attaque que pourrait vouloir tenter Saraqael. Astaroth lui avait
interdit de revenir au combat tant qu’elle n’aurait pas accouché – ce à quoi
elle avait répliqué qu’elle pouvait décider de cela seule, merci bien, mais que
c’était en effet une bonne idée. Une femme terrible que celle-là.
Il para le premier coup de Michael, qui l’avait
rattrapé, et se concentra à nouveau sur leur duel.
« Eh bien, jeune homme ? On
fatigue ?
‒ De vous écharper ?
Jamais. »
Le prince-ange l’attaqua avec une ardeur
nouvelle, le forçant à répliquer avec plus de violence. Leurs magies se
perdaient dans la foule sous eux. Leurs épées volaient, belles et meurtrières,
dans une mortelle chorégraphie.
À droit, à gauche, en bas, les coups volaient.
Belzébuth se décala pour échapper à la lame de son adversaire, fut frappé par
une vague de Lumière qui le blessa au flanc. Grondant, il répliqua, ses
Ténèbres volant dans tous les sens, touchant Michael et d’autres anges plus
loin, puis leurs épées se croisèrent encore, et le ballet reprit, sans fin. Un
coup, un autre, et les auras qui frémissent, et le cœur qui bat à tout rompre,
le goût du sang dans la bouche, les odeurs, l’adrénaline du combat.
Le temps semblait se figer dans ces moments-là.
Il ralentissait, assez pour ne jamais finir, pour que chaque coup semble être à
la fois le dernier et le premier, pour que chaque échange soit un instant
cristallisé comme les images d’une histoire étrange. Belzébuth gronda encore,
de ravissement cette fois, et toucha une nouvelle fois son adversaire.
Michael laissa échapper un gémissement de
douleur et l’archidémon rit, frappa encore. Le prince-ange ne se laissa pas
faire, para, fut prêt à riposter…
Mais déjà, il était temps, déjà, les anges
battaient en retraite. Il essaya de retenir le prince un peu plus longtemps.
Malheureusement, celui-ci profita d’un instant d’hésitation pour déployer son
aura, qui illumina brièvement le champ de bataille, laissant Belzébuth presque
aveugle. Avec un juron, il se laissa tomber de quelques mètres, une main sur
les yeux.
« Nous nous retrouverons, angelot. N’espère
pas m’échapper. »
Il ne vit pas l’ange le fusiller du regard avant
de Traverser, mais il l’imagina très bien. Il sourit, amusé, et rejoignit
Astaroth déjà fort occupé à rassembler les démons pour le retour.
« Rentrons, lança-t-il aux siens. Malgré le
désavantage du nombre, vous vous êtes bien battus. »
Un nouveau combat parmi des milliers venait de
se terminer.
***
Le sang dans sa gorge, délicieux, et un corps
chaud pressé contre le sien. Il se débattait, mais quelle importance ? Il
n’était qu’une proie parmi d’autres, exquise mais éphémère, et il ne la
laisserait pas partir tant qu’il n’aurait pas terminé. Il sentait son cœur
s’affoler et elle n’en était que meilleure.
« Mhh. »
Il se redressa, repus, et laissa enfin son
étreinte se desserrer. Le jeune démon qu’il avait choisi cette fois gémit de
peur. Le pauvre ne tenait plus sur ses jambes et glissa le long du mur sur
lequel il était appuyé, tremblant. Ymesh sourit.
« Ne t’en fais pas, enfant, siffla-t-il. Tu
survivras. »
Bien sûr le démon ne comprenait pas un mot de ce
qu’il venait de dire ; le demi elfe ne parlait pas démoniaque mais skahil, la langue des vampires, et il
s’amusa de le voir se recroqueviller un peu plus.
« Tu as fini de jouer avec la
nourriture ?
‒ Désolé, maître. »
Il rejoignit Shön qui se tenait à quelques pas
de là et s’éloigna avec lui dans les ruelles de la ville après avoir
soigneusement essuyé ses lèvres.
« J’espère qu’au moins il avait bon goût.
‒ Très, sans quoi je ne me serais pas
attardé. As-tu pu te nourrir correctement toi-même ?
‒ Je crains que non.
‒ Oh, je vais donc devoir subvenir à ce
besoin ? »
Shön sourit, d’un sourire qui était la promesse
d’une étreinte, et Ymesh frissonna. Il avait beau avoir appris durant les
années où ils avaient voyagé à deux, il continuait de se sentir enfant à côté
de son Primogène. Et il aimait cette impression.
« Et à présent, où allons-nous ?
‒ Je l’ignore encore. La ville démoniaque
la plus proche se trouve au pied du col et n’est pas très grande, je ne sais
pas si nous pourrons nous y cacher.
‒ Sinon, Ijishia n’est qu’à une semaine de
marche, lâcha Ymesh, l’air de rien. Cela fait des années à présent que nous ne
nous y sommes pas rendus. »
Shön fronça les sourcils, mécontent.
« Comment sais-tu où elle se trouve ?
‒ J’ai demandé, bien sûr.
‒ Qu’as-tu dû donner en échange ?
‒ Tous les vampires ne sont pas si
pingres. Nous discutions simplement autour de… d’un verre agréable,
dirons-nous. »
Le mage de glace roula des yeux, légèrement
exaspéré. Ymesh sourit pour lui-même tout en se dirigeant vers la sortie de la
ville. Cette fois, il n’avait pas changé entièrement de sujet avant le moment
de silence. Cela signifiait sans doute qu’il y réfléchissait enfin
sérieusement.
Il avaient passé les portes de la cité quand
Shön reprit enfin la parole.
« J’ai fait mon possible il y a deux ans.
Pourquoi devrais-je retourner là-bas ?
‒ Parce que nous aurions pu faire bien
mieux et que de toute façon tout ça a très mal tourné ? C’est toi qui m’as
appris à avoir des principes. Je ne compte pas y déroger. »
Le vampire eut un sourire fugitif.
« Sans doute, sans doute… D’un autre côté,
mes mises en garde n’avaient pas été écoutées alors, pourquoi en serait-il
autrement aujourd’hui ? Et puis, ma plus grande inquiétude reste à ton
égard. Te protéger est ma responsabilité.
‒ C’était déjà le cas à l’époque. Par
ailleurs, si les vampires…
‒ Les ska.
‒ Peut importe – si ceux de notre race n’ont rien appris depuis la dernière fois, c’est
qu’ils n’apprendront jamais rien, et alors je serai d’accord moi aussi pour que
nous faisions notre vie ailleurs.
‒ Je me suis fait cette remarque plusieurs
fois déjà dans le passé… commença Shön. »
Ymesh grimaça, mais son maître continua :
« … mais toi pas et je suppose que je peux
bien t’accorder ce plaisir. Cela me permettra de prendre des nouvelles de Shean
au passage. »
Le demi-elfe lui adressa un sourire rayonnant.
Il prit la main droite de Shön entre les siennes et la serra, sans un mot. Le
mage de glace hocha la tête. Sans qu’il y ait besoin pour eux d’ajouter quoi que
ce soit d’autre, ils se remirent en route, leurs pas dirigés vers la forêt.
***
L’endroit était toujours aussi humide et les
insectes aussi voraces. Ne pouvaient-ils pas comprendre que le sang des
vampires ne leur apporterait rien ? S’agaça Ymesh mentalement en claquant
un énième d’entre eux contre sa paume. Ils étaient insupportables.
Habitué à présent à aller de ville en ville en
cachant de quelle race il était – ce qui n’était pas bien difficile étant donné
ses oreilles pointues – il retrouvait avec peu de joie le bonheur de patauger
dans la boue.
« Nous sommes bientôt arrivés ?
demanda-t-il à Shön.
‒ Nous devrions y être dans quelques
minutes, ne t’en fais pas.
‒ Tu es sûr de ne pas t’être trompé de
chemin ?
‒ Je connais les signes que Shean laisse
derrière lui. »
La réponse était rassurante. Ymesh espérait à
présent que les minutes en questions ne se comptaient pas par dizaines. Il
marmonna en continuant à avancer, jurant contre la vase qui s’accrochait aux
vêtements et les ruinait. Il n’en avait pas beaucoup de rechange, et n’était
pas certain de pouvoir en trouver des corrects une fois à Ijishia.
Ymesh soupira encore, et tressaillit quand son
maître s’arrêta.
« Prêt pour l’escalade ?
‒ Huh ? »
Le mage de glace pointa le sommet de l’arbre
gigantesque au pied duquel ils s’étaient arrêtés.
« Ils sont là haut.
‒ Quoi ? »
***
La plume courrait rapidement sur le papier pour
le couvrir d’une écriture à peine lisible, toute en pattes de mouches, serrée
comme si chaque millimètre gagné était important. L’homme qui écrivait ainsi
tenait ses lèvres serrées en une mince ligne, blanches, presque invisibles, et
ses sourcils froncés. Après plusieurs minutes, il termina enfin sa phrase d’un
point final impérieux et posa la plume avec soin sur le coin de l’encrier,
avant de s’essuyer les mains.
« Lucifer est stupide. »
Il chassa les mots d’un geste nerveux, comme si
cela allait les effacer, et se leva pour aller ouvrir la fenêtre en grand.
C’était l’hiver, et en fin d’après midi le soleil se couchait déjà. Ses rayons
effleurèrent à peine la pièce où il se trouvait, mais il ferma les yeux comme
si leur caresse tiède pouvait à elle seule chasser les soucis qui
assombrissaient son front.
« Il est stupide et il ne s’en rend même
pas compte. »
Il soupira, puis se passa la main sur le visage.
Que devait-il faire ? Si l’Eden continuait à ce rythme, ils courraient
droit à la catastrophe. Et Lucifer ne le voyait même pas.
Il était presque un poids, à présent. Il avait
de grands idéaux, tout à fait louables et droits, mais il n’était plus écouté
par personne et n’était plus lui-même à l’écoute de l’Eden, même après avoir
enfin pris la décision de se battre contre les démons – ce n’était pas trop
tôt, d’ailleurs.
Le constat était pire quand il était comparé à Michael.
Le prince-ange était droit et décidé, et malgré son horreur de la situation, il
faisait ce qui devait être fait. Les anges l’adoraient, même en dehors du clan
des anges de la Lumière, et, malheureusement, commençaient à la préférer au
gérant de l’Eden.
Le vent se faisait glacé et il se força à
refermer le carreau pour rester au chaud – s’il attrapait froid, il allait être
moins efficace le lendemain, et même s’il avait pris de l’avance ce jour-là, il
refusait absolument de se donner une matinée de repos, fût-ce pour se rétablir
des dommages causés par un quelconque virus.
Sa décision était prise, à présent, bien qu’à
regret. Il savait ce qu’il allait devoir faire, un plan était tout prêt dans
son esprit depuis un moment. Sans doute aurait-il mieux fait de le mettre à
exécution plus tôt, peut-être cela aurait-il évité bien des morts, mais il
avait hésité – une erreur de plus. Lui et les autres archanges n’étaient pas
parfaits, malheureusement. Ou peut-être était-ce mieux ? Lyth les avait
créés tels qu’ils étaient, cela pouvait avoir un sens.
Mais il en doutait. Lyth était juste un
imbécile.
Un imbécile ou un salopard. Après tout, Il avait
sans doute prévu ce qui était arrivé – et si ce n’était pas le cas, alors la
thèse de la stupidité était avérée. Dans tous les cas, le roux refusait de se
conformer à ce qu’un Élément soi-disant supérieur leur avait commandé. Mais
pour pouvoir agir, il allait lui falloir du temps et de l’espace.
Et les bonnes personnes.
Saraqael ferma les yeux, pressant ses doigts sur
ses tempes. Pour obtenir ce qu’il voulait, il allait devoir faire des
sacrifices, ceux-là même qui l’avaient arrêté la première fois qu’il avait
songé à cette méthode. Malheureusement, il n’avait plus le choix, et Lucifer ne
pourrait pas s’en plaindre ; en grande partie, c’était son incompétence
qui avait provoqué la situation actuelle.
L’archange du soleil eut un sourire narquois.
Peu importe comment ses arguments étaient présentés, ils ne risquaient pas de
le convaincre tout à fait. Il allait devoir se faire à l’idée. Il était le
prochain salaud de l’histoire – et sa première victime serait la personne qui,
entre toutes, était la plus proche de lui.
N'oubliez pas de laisser un petit mot à l'auteur !