Chroniques d'un
Cycle
Les Enfants de
Lyth
Chapitre 26
« Chaque clan angélique dépend d’un
archange et chacun a un Élément spécifique.
Les rares anges à être dotés de deux pouvoirs
magiques différents sont les métis ;
le seul cas connu d’être créé par Lyth avec deux
pouvoirs est le prince-ange Ariel »
- Manuel de magie de base à l’usage des anges
apprentis -
Ymesh détestait la forêt. Il haïssait les
arbres. Il exécrait l’escalade. Et, par-dessus tout, il en voulait aux stupides
seigneurs vampires qui décidaient que la cime des fichus arbres géants des
Abysses était le meilleur endroit où cacher leur fichue cité mobile.
« On arrive, dit Shön, qui se trouvait
quelques mètres au-dessus de lui. J’ai trouvé une échelle de cordes.
‒ Personne ne peut venir nous donner un
coup de main ? »
Ah, il détestait aussi sa voix, quand elle
sonnait plaintive même à ses propres oreilles. Mais là, il avait les mains en
sang et les pieds en compote, et il rêvait d’un bain chaud. Ce qui, bien sûr,
serait impossible à obtenir au sommet d’un fichu arbre.
« Je pense qu’ils ont déjà envoyé quelqu’un…
et que c’est pour cela que j’ai pu atteindre une échelle.
‒ Ils n’ont rien de plus pratique ?
Comme, je ne sais pas, un ascenseur ?
‒ Et où voudrais-tu qu’ils fixent les
poulies ? Sans oublier que ce ne serait pas fort discret…
‒ C’était une question rhétorique,
maître. »
Shön devait le savoir très bien, d’ailleurs, et
n’avait sans doute répondu que pour le plaisir de l’entendre râler. Ce qui,
bien sûr, faisait enrager encore plus Ymesh.
Lorsqu’il atteignit à son tour l’échelle – qui
lui semblait bien frêle pour soutenir son poids – son ascension se fit plus
aisée, et surtout plus rapide. Il termina de monter les derniers mètres en
quelques minutes à peine et ne retint pas son soupir de soulagement en voyant
enfin de loin la première plate-forme.
Ils l’enjambèrent facilement, aidés par la
poigne ferme du vampire qui était posté là, un type plutôt grands doté des
habituels yeux rouges et cheveux noirs. Le demi-elfe le remercia avec une
gratitude qui sembla l’amuser.
« Puis-je avoir vos noms, afin d’annoncer
votre venue au seigneur Shean ?
‒ Shön et Ymesh, et nous comptons lui
rendre visite dès que possible. »
L’homme s’assombrit. Il secoua la tête.
« Je crains que vous ne deviez attendre.
Seigneur Shean se recueille encore. »
Primogène et Infant échangèrent un regard
interloqué.
« Il s’est passé un évènement particulier
ces derniers temps ?
‒ Oui… mais il vous en parlera sans doute
lui-même s’il accepte de vous recev… »
Un cri de joie interrompit ses explications,
suivi d’un bruit de course et d’un bref juron. Une femme apparut, claudiquant
vers eux, son pied encore à moitié enroulé dans ce qui semblait être une autre
échelle de corde qui traînait au sol.
« Ymesh ! Maître Shön ! Wladek,
aide-moi donc !
‒ Anijia ? »
Le ton du jeune elfe était à la fois surpris et
horrifié. Surpris, car il ne pensait pas la trouver là si longtemps après
qu’ils se soient séparés d’elle ; horrifié à cause de l’affreuse cicatrice
qui lui dévorait la moitié du visage.
Le vampire qui les avait aidés à monter sur le
plateau débarrassa la jeune femme de la corde qui s’enroulait autour de sa
cheville, et elle sauta au cou d’Ymesh. Il se laissa étreindre sans résistance.
À vrai dire, il se sentait sonné. Anijia avait toujours tant fait attention à
son apparence… Qu’est-ce qui avait bien pu arriver ?
Il avait tout de même assez appris ces dernières
années pour songer à tenir sa langue. Il regarda sagement Shön et la jeune
femme parler comme s’ils s’étaient quittés la veille, et celle-ci leur proposer
aimablement de boire un pichet de sang ensemble dans la tente qui lui était
réservée.
« Je crains de ne pas en avoir de frais car
nous sommes en train de plier bagage, mais je suppose que vous avez bien besoin
de vous nourrir un peu… expliqua-t-elle tout en leur donnant des verres.
‒ Cela ne posera aucun problème, Anijia,
et nous boirons avec plaisir ce que tu nous présenteras. »
Elle rit.
« Je n’en doute pas. Les moustiques sont
voraces dans le coin, vous ne trouvez pas ?
‒ En effet… »
La discussion se poursuivit sur ce ton un moment
et Ymesh se prit même à intervenir, un sourire un peu crispé plaqué sur le
visage. Ce ne fut qu’après plusieurs minutes de cette ambiance bizarre que le
silence retomba.
Anijia sourit, ce qui dessina un pli horrible
sur le côté droit de son visage.
« Ce sont les anges, anticipa-t-elle. Une
de leurs unités sont arrivés près d’ici par hasard et nous sont tombés dessus
sans prévenir.
‒ Vous n’avez pas su vous défendre ?
demanda Shön d’un ton inexpressif qu’il n’utilisait que quand il luttait pour
cacher un sentiment particulièrement fort, ici sans doute l’inquiétude et la
rage.
‒ Oh si bien sûr. D’ailleurs, au moins la
moitié d’entre eux y sont restés, et ils ont fini par battre en retraite.
Malheureusement, il s’agissait d’une unité du clan Gabriel. »
Elle eut de nouveau un sourire sinistre.
« Les guérisseurs n’avaient aucun problème
à soigner leurs blessés et les autres étaient exorcistes. Ce qui donne
ça. »
Elle pointa son visage. Ymesh détourna les yeux.
Il avait eu l’occasion de voir les ravages que la magie sainte pouvait causer
sur des démons quand elle était utilisée dans un but de destruction. Les bras
fondus, les chairs dévorées par l’acide l’avaient toujours horrifié. Voir un
spectacle pareil sur Anijia était presque douloureux tant il était obscène.
Le plus surprenant était de constater qu’elle
n’en semblait pas vraiment affectée. Telle qu’il l’avait connue, elle aurait
été en pleurs, jurant certes de se venger mais dévastée par la perte de son
visage.
« Il y a aussi eu beaucoup de décès de
notre côté… continua la jeune femme d’une voix lente, comme si elle avait un
malheur à annoncer.
‒ Quelqu’un que nous
connaissons ? »
Ymesh pouvait presque sentir l’angoisse de Shön
sur sa peau. Celle-ci décupla quand Anijia hocha la tête.
« Qui ? murmura-t-il, inquiet lui
aussi. »
Anijia baissa la tête, semblant rassembler des
forces. Quand elle la releva, elle avait les yeux pleins de larmes et un nom
aux lèvres.
« Lilas. »
***
Lucifer était absorbé par un dossier – un groupe
de gabriels s’était fait décimer par des vampires – quand sa porte s’ouvrit à
toute volée, claquant contre le mur. Il se redressa, furieux et prêt à remettre
l’intrus à sa place, et cilla en voyant que personne n’entrait.
« Eh bien ? lança-t-il au vide. »
La porte se referma, tout aussi violemment
qu’elle s’était ouverte. Il n’entendit pas les pas se rapprocher de lui, mais
sentit son bureau vibrer. Il ferma les yeux.
« Que veux-tu, Bélial ? »
L’archidémon apparut petit à petit alors que son
illusion se résorbait. Comme Lucifer s’y attendait, il semblait fou de rage.
« Comment as-tu osé…
‒ Tuer des démons ?
‒ Oui !
‒ Ou juste défendre mes anges ?
‒ Dans le cas présent, c’est revenu au
même ! »
L’archange pianota son bureau du bout des
doigts. Bélial tapa du poing contre la table.
« Et ne me regarde pas comme ça, j’ai
l’impression de me retrouver face à Saraqael ! Tu n’avais pas le droit de…
‒ La ferme, Bélial. »
Choqué, le démon se tut.
« Il me semblait t’avoir prévenu que je ne
pourrais pas me tenir hors du conflit. Je l’ai fait aussi longtemps que
possible et je pense même avoir attendu trop longtemps avant de céder aux
ordres – pardon, aux demandes – de mes pairs. »
Bélial voulut ouvrir la bouche, mais Lucifer se
redressa de toute sa hauteur et il resta coi.
« Je te rappelle que tu ne t’es toi-même
pas gêné pour t’en prendre aux anges. De quel droit oses-tu venir ici me
demander des comptes ?
‒ Mais…
‒ De quel droit, Bélial ? » »
L’archidémon se tut sans répondre, de mauvaise
foi. Il regardait ses pieds. Lucifer soupira.
« J’aurais moi aussi préféré ne pas
intervenir mais il le fallait. Ne te permets pas de venir ici, en pleine
journée qui plus est, pour interrompre mon travail.
‒ N’essaie pas de me faire avaler quelque
chose en quoi tu ne crois pas toi-même, Lucifer. »
L’archange s’empourpra.
« Je suis le maître de l’Eden et je ne
pouvais pas me permettre de…
‒ Répète moi ça avec plus de
conviction. »
Le Premier-né détourna les yeux à son tour. Le
démon aux cheveux blonds contourna le bureau pour l’enlacer.
« Je sais que tu ne voulais pas, mais…
comprends-moi. Ça a été un choc de te croiser sur le champ de bataille. Tu ne
sais même pas te battre ! Il aurait pu t’arriver n’importe quoi ! Tu
imagines bien que les démons rêvent d’avoir ta tête, toi qui représentes
l’Eden…
‒ A vos yeux seulement, je le crains,
murmura l’archange en se laissant aller contre son ami.
‒ Que veux-tu dire ?
‒ Simplement que Gabriel est bien plus
apprécié que moi ces derniers temps. Lui combat de toutes ses forces et suit
les lois à la lettre…
‒ Ce bigot ? Si je le tenais… »
L’archidémon serra le poing pour illustrer.
« Il ne se bat même pas avec une arme, il
nous fait fondre comme de vulgaires détritus !
‒ Il vous considère sans doute comme tels.
‒ Alors qu’il n’a jamais parlé à un seul
démon de sa vie ! »
Lucifer eut un sourire un peu triste.
« Je sais bien. J’ai essayé de lui faire
comprendre, mais ce n’était déjà pas facile avant la guerre, alors
maintenant… »
Ils soupirèrent de concert. Le démon serra
l’ange un peu plus près, mais celui-ci se dégagea avec un sourire navré.
« Je dois travailler, Bélial. Toutes ces
histoires de guerre ne facilitent pas le bon fonctionnement de l’Eden, or tout
ne se réduit pas au combat. Nous avons des apprentis à élever au niveau d’ange
majeur, des enfants à éduquer, des mariages à célébrer, une administration à
faire tourner. Ma journée est loin d’être finie.
‒ Très bien, je te laisse… »
Lucifer caressa gentiment la joue de son ami.
« Je suis vraiment désolé d’avoir fait ça,
tu sais ? Je me sens tellement… sale… »
Bélial l’étreignit une fois encore et déposa un
délicat baiser sur son front.
« Tu ne dois pas, Lucifer. Tu es la
personne la plus pure que je connaisse. »
Le Premier-né sourit, rassuré, et cette seule
expression justifia aux yeux de l’archidémon tous les risques qu’il avait pris
pour se rendre à Alun Hevel en pleine journée.
***
Ymesh s’adossa à la rambarde de la plate-forme
où vivait Anijia, sombre. Une fois encore ils étaient venus en des temps
troublés, mais ce coup-ci c’était leur propre stupidité qui avait causé tous
leurs ennuis.
Que n’avaient-ils pas essayé de réunir eux-mêmes
les vampires ? Ketosaï n’avait été bon qu’à semer le trouble avant de
disparaître. Quelque part, le demi-elfe se demanda s’il n’avait pas prévu cela
au moment même où il les avait accueillis dans son salon.
Le pire, bien sûr, n’était pas la situation
générale et abstraite. De celle-là il avait été au courant avant de revenir,
même s’il ne pensait pas que les anges avaient pu s’en prendre aux vampires, et
c’était la raison qui l’avait poussé à convaincre Shön de reprendre la route
d’Ijishia. Le problème était – comme trop souvent – que les personnes les plus
proches d’eux avaient été touchées.
Il avait accompagné Shön quand celui-ci était
allé trouver Shean. Il avait vu la douleur, le désespoir du maître vampire.
Être émotif n’avait pas que des avantages. Le père était resté avec son fils et
Ymesh les avait laissés seuls, par respect pour leur intimité. Il n’était plus
temps pour la jalousie et les rivalités mesquines.
« Ne fais pas cette tête. Il s’en remettra,
intervint Anijia en s’approchant, son sac sous le bras. »
Derrière elle, la tente était démontée et
n’attendait plus que d’être portée ailleurs.
« Plus facile à dire qu’à faire… Ah,
excuse-moi. Tu as tes propres problèmes.
Elle secoua la tête.
« Shean est plus fort que tu ne le crois.
Je me suis inquiétée pour lui jusqu’à vous voir arriver mais maintenant que
Shön est là… il aura son soutien, c’est tout ce qu’il lui faut. De toute façon,
il doit s’occuper d’Ijishia, ça lui changera les idées.
‒ Sans doute… »
Le jeune homme retint un soupir et laissa son
regard survoler la ville en pleine effervescence. Tous s’activaient pour
pouvoir déménager avant un hypothétique retour des anges.
« Tu penses qu’on aura le temps de partir
avant qu’ils reviennent ?
‒ J’espère.
‒ D’un côté, moi aussi, de l’autre… »
L’elfe eut un rictus, son aura de feu chauffant
l’air autour de lui.
« Je meurs d’envie de leur apprendre la
sensation que l’on éprouve quand la peau fond. »
Anijia sourit et avançait vers lui pour
l’enlacer quand Ymesh se figea. Agrippé à la rambarde, il se pencha en avant en
plissant les yeux.
« Dis-moi, tu connais ce type là bas ?
demanda-t-il à la jeune femme en pointant un adolescent qui était fort occupé à
jouer les équilibristes pour traverser un pont-de-singe. »
Elle le regarda de loin et fronça les sourcils.
« Non, je ne vois pas qui c’est. Je
devrais ?
‒ Tu veux dire qu’il n’était pas dans la
ville ces derniers temps ? Tu es sûre de ne pas reconnaître son
visage ?
‒ Il me dit quelque chose mais je suis
certaine que c’est un nouveau venu… »
Ymesh sourit et couru vers l’échelle, qui
n’avait pas encore été démontée. Anijia eut un mouvement pour l’arrêter.
« Qui est-ce ?
‒ Je n’en suis pas sûr » dit l’elfe
en commençant à descendre les échelons « mais il ressemble bigrement à
Ketjiko !
‒ Hein ? »
La jeune femme se pencha à son tour –
l’adolescent en question avait rejoint une plate-forme située en contrebas et
il était difficile à voir – mais finit par écarquiller les yeux.
« Par Saâgh ! Tu as raison, c’est
lui ! »
***
Ketjiko avait reconnu facilement la personne
qui, longtemps auparavant, avait accepté de parler au fils du si terrible
Ketosaï et lui avait appris les rudiments du mashi. Il avait serré la main
d’Ymesh, fait un baisemain charmant à Anijia sans même ciller devant ses
cicatrices, et tous trois s’étaient installés au bord de la plate-forme, jambes
pendant dans le vide.
« Alors, qu’est-ce qui t’amène ?
demanda Ymesh quand ils furent installés. Nous ne pensions pas te revoir ici
après…
‒ Après que mon père se soit amusé une
fois de plus des gens ? Je peux comprendre ça.
‒ Bien tu semblais dépendre fort de lui…
commenta Anijia sans s’embarrasser de prendre des gants.
‒ C’était le cas. Fort heureusement pour
moi, mes pouvoirs ont cru depuis lors. Je ne comptais de toute façon pas rester
sous sa coupe jusqu’à ma mort. »
Ymesh et Anijia hochèrent la tête. Tous deux
avaient pris leur indépendance à leur façon, même si l’ancien elfe continuait
de suivre le maître qu’il s’était choisi ; il pouvait le quitter si bon
lui semblait, de toute façon. Il appréciait juste beaucoup la compagnie de
Shön.
« Ceci dit, je ne suis pas certain que tu
seras le bienvenu. Nous ne serons sans doute pas les seuls à te reconnaître,
même si tu as beaucoup changé… »
Ketjiko sourit. Il avait en effet bien grandi
depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus, perdant les rondeurs de
l’enfance. Les manches courtes de sa tunique laissaient voir des bras minces
mais finement musclés et il ne baissait plus les yeux d’un air rageur quand les
gens le dévisageaient. Si Ymesh n’avait pas été physionomiste, même lui
n’aurait pas réussi à reconnaître les rares traits qu’il avait inchangés.
« Je ne compte pas cacher qui je suis,
déclara l’adolescent. Je viens dans l’espoir non pas de réparer les erreurs de
mon père – il n’y aura pas de retour en arrière je le crains – mais d’apporter
un nouveau point de vue aux vampires. Et, surtout, je ne compte pas disparaître
après coup.
‒ Le problème est que les gens risquent de
ne pas t’écouter.
‒ Alors je trouverai des alliés qu’ils
écouteront, eux. À vrai dire, je suis content de te voir ici. Je suppose que
Shön est lui aussi dans le coin ?
‒ En effet, il parle avec le seigneur
Shean pour l’instant. »
Ketjiko s’assombrit et acquiesça.
« J’irai lui présenter mes condoléances
quand il sortira de sa tente. Je ne leur parlerai de choses plus sérieuses que
lorsqu’il ira mieux.
‒ N’importe quoi sera le bienvenu pour le
distraire, tu sais, rappela Anijia. Je pense que ça lui fera du bien si tu lui
fais part de tes plans, même si c’est pour les contester ensuite.
‒ Je ne pense pas qu’il aura grand-chose à
y redire. »
Ymesh haussa les sourcils, peu convaincu.
« Oh vraiment ? Et pourrions-nous en
avoir la primeur ? »
Les lèvres de Ketjiko s’étirèrent en un infime
sourire.
« Je pense que les vampires ont bien besoin
de s’ériger en nation. »
***
Saraqael donnait des instructions à un seigneur
de son clan lorsqu’il perçut sa présence. Il termina ce qu’il était en train de
faire sans rien en montrer, puis congédia l’ange et ferma la porte derrière
lui.
« Que voulez-vous, Bélial ? lança-t-il
ensuite à la ronde. »
L’archidémon sortit de l’illusion qui
l’enveloppait, un sourire aux lèvres. Son expression n’était pas joyeuse, ni
agressive, même si Saraqael resta sur ses gardes. Il semblait plutôt triste,
ainsi que déterminé.
« Que me vaut votre visite ? demanda
l’archange d’un ton glacial.
‒ J’ai besoin de votre aide.
‒ Vous pouvez faire une croix dessus. Au
contraire de certains, je n’oublie pas que nous sommes en guerre avec vous.
‒ Ah, je me disais bien que tes capacités
n’étaient pas si faibles pour avoir manqué mes intrusions… mais je n’ai fait de
mal à personne, rassure-toi.
‒ Tu veux dire, en dehors d’avoir glissé
un poison doux comme du miel à l’oreille de Lucifer ? »
Bélial rit. Saraqael le fusilla du regard.
« Je répète : que
veux-tu ? »
Le démon se pencha vers lui, son rictus aux
lèvres, et murmura doucement :
« Et si je te disais que nous avons un but
en commun ? »
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