Chroniques d'un
Cycle
Les Enfants de
Lyth
Chapitre 31
« « Déchéance ! » Il m’arrive encore aujourd’hui de
me réveiller en plein milieu d’un cauchemar,
où quelqu’un est venu me murmurer le mot à l’oreille… »
- Journal de Lucifer -
Gabriel
pérorait, planté devant lui, sourcils froncés. Il réussissait
l’exploit de pincer les lèvres tout en parlant, à moins que
sa raideur suffise à en donner l’impression. Sur un ton moralisateur,
il répétait une nouvelle fois la valeur des lois, insistant
sur l’importance de la rigueur.
Michael n’avait jamais eu envie de mettre son poing dans la figure d’un archange
avant la Chute de son maître ; à présent, c’était
monnaie courante. Peut-être était-ce parce qu’il était
devenu l’un d’entre eux – ses quatre ailes supplémentaires avaient
terminé de pousser – ou simplement parce que le choc lui avait ouvert
les yeux à leur sujet.
« Pour qui me prenez vous à répéter des évidences ?
Croyez-vous que je ne suis pas une créature du Seigneur Lyth ?
Ne m’a-t-Il pas désigné comme nouvel archange ?
— Loin de moi l’idée de vous critiquer. Je soulignais juste que certaines
choses ne sont jamais assez répétées. »
Surtout par lui, de préférence avec un air supérieur
détestable. Michael savait qu’il n’était pas et ne serait jamais
un des Premiers. Il était né bien après eux ; il
n’avait pas été créé directement par Lyth. Pire
encore, il était le disciple du Déchu.
Sa gorge se serra à la pensée de Lucifer et il s’efforça
sourire aimablement à l’homme planté devant son bureau.
« Très certainement. Merci à vous. Nous nous reverrons
ce soir, à l’heure du repas ?
— Sans aucun doute. Surtout, tenez-vous loin du chemin suivi par votre prédécesseur.
J’espère que notre Seigneur guidera vos pas. »
Michael bondit sur ses pieds.
« Cessez de le critiquer. Vous l’avez banni, n’est-ce pas suffisant ?
— Bien sûr que non ! Que nous en soyons arrivés à
une telle extrémité est inacceptable. Il a mérité
ce qui lui est arrivé et si un autre ange transgresse les lois, je
n’hésiterai pas à lui faire suivre le même chemin !
— Comment pouvez-vous dire ça ?
— Nous avons pris la bonne décision.
— Vous avez précipité l’Eden dans le chaos ! Lyth Lui-même
avait mis Lucifer à notre tête !
— Il n’était plus digne de ses fonctions.
— Vous êtes donc meilleur juge que Lyth ? » Gabriel
se tut. Dans un sens, c’était très facile de le troubler. « Enfin
un argument auquel vous ne savez pas répondre.
— Lucifer avait dégénéré, il était souillé.
Il n’était plus tel que notre Seigneur l’avait créé. »
Michael vit un mouvement du coin de l’œil mais il ne sut pas retenir sa colère.
Il attrapa le col de son vis-à-vis d’une main tandis que l’autre s’écrasait
sur sa joue avec un craquement sonore.
« Gabriel ! » s’exclama Saraqael en se précipitant
à l’intérieur de la pièce. « Essiah, tu vas
bien ?
— Ça va, même si ce jeune blanc-bec devrait apprendre à
respecter ses aînés ! »
L’archange de la Pureté se dégagea, furieux. Sur sa joue, le
bleu commençait déjà à se résorber – le
frapper n’était même pas satisfaisant.
« Vous êtes gonflés de parler de respect. Vous n’avez
que ce mot à la bouche, alors que vous avez déchu la personne
qui était à la tête de tous les anges ! »
Le débat allait se relancer. Saraqael intervint.
« Gabriel, va faire soigner ta joue.
— Je suis tout à fait capable de…
— Tu es le guérisseur de l’Eden, mais lui et moi avons du travail.
Va. »
L’archange de la Pureté fusilla son cadet du regard avant de se retirer,
sans même saluer. Au temps pour ses sermons sur la politesse.
Michael reporta son attention sur Saraqael, les poings serrés. S’il
osait ajouter quoi que ce soit…
« N’essaye même pas », lâcha l’archange
du Soleil avant qu’il n’exprime son avertissement. « Tu te comportes
de façon irresponsable, à croire que c’est une maladie chez
les anges de Lumière.
— Je vous interdis de… !
— Lucifer était mon meilleur ami, Michael, mais il n’était plus
à sa place à la tête de l’Eden. Même les anges de
son clan ne le suivaient plus. Tu étais leur modèle, tu les
guidais, tu étais proche d’eux. C’est pareil pour les archanges, d’ailleurs.
— Je n’ai jamais voulu prendre sa place !
— Je sais. C’est une question de tempérament… Tu dois passer au-dessus
de ça. La décision a été prise et ne peut pas
être inversée. Tu dois accepter ton nouveau titre. »
Le jeune homme détourna les yeux.
« C’est peut-être vrai.
— Si tu veux lutter, fais-le sur des sujets sur lesquels tu as une emprise…
et pour ce faire, tu devrais prendre correctement la tête de ton clan
et de l’Eden. Si tu assumes ton rôle d’archange, tes décisions
auront plus de poids.
— Et si elles sont mauvaises, je serai jugé pour haute trahison ?
fit-il d’un ton acerbe.
— Non, seulement si tu reçois chaque semaine un archidémon dans
tes appartements.
— Lucifer n’aurait jamais fait ça ! »
Saraqael le dévisagea. Michael n’était pas stupide, mais simplement
fidèle à celui qui avait été son mentor pendant
si longtemps. Il n’était d’ailleurs pas le seul à pleurer la
Chute de Lucifer ; Uriel cachait mal ses yeux rougis et Raguel errait
régulièrement dans les parcs avoisinants. Il devait bien y avoir
une erreur quelque part.
« Je l’ai vu faire », dit finalement l’archange du Soleil,
brisant ses illusions. « Et comme tu as hérité de
ses titres, je vais te montrer comment. »
***
Lucifer
se garda de baisser les yeux. Il devait regarder Belzébuth seul et
ignorer les autres. Il était un intrus et la plupart des archidémons
détestaient sa présence. Certains d’entre eux le montraient
trop ostensiblement à son goût.
« Non, Azazel, il ne sera pas jeté dans un cachot humide
ni torturé. Tant qu’il ne se montre pas une nuisance pour les démons….
— Ne sois pas absurde ! » protesta la jeune femme, dont les
cheveux rouges se hérissaient furieusement. « Il en a fait
tomber plusieurs dizaines au combat !
— Les circonstances étaient différentes. Mais peut-être
souhaites-tu contester mon autorité ? »
Elle se tut, non sans grincer des dents. À ses côtés,
Léviathan restait silencieux, les sourcils froncés. Les autres
archidémons n’avaient pas pipé mot.
Après quelques instants de silence, Lilith s’avança.
« Si tu es sûr de toi, nous te suivrons, tu le sais, mais
ce ne sera pas facile. Aucun de nous ne peut fermer les yeux sur les morts,
sur le passé de cet ange…
— Déchu », corrigea Lucifer.
Elle cilla, mais se reprit.
« De ce déchu, donc. Il était à la tête
de ceux qui nous ont agressés et a été incapable de les
arrêter. Après un temps, il s’est joint à ses troupes.
Ce n’est pas rien.
— J’en ai conscience. Il sera cependant un allié de poids. Nous ne
devons pas oublier qu’il est un des nôtres, un immortel, et que lui
aussi a été trahi par ceux qui nous ont agressé. Sans
oublier… »
La chaîne tinta et Lucifer cessa d’écouter la conversation. Regarder
Belzébuth, fixer son attention sur lui et pas sur les trois êtres
qui gisaient au sol, aux pieds d’Azazel. Imaginer le sourire ravi de cette
garce s’il baissait les yeux était suffisant pour le faire tenir.
Il avisa la buée qui sortait de sa bouche lorsqu’il respirait et s’efforça
de contrôler son aura. Ses nouveaux pouvoirs étaient fort différents
des anciens et il ne les maîtrisait pas aussi bien. Oui, se focaliser
sur eux, pas sur les monstruosités qui servait de jouets à l’archidémone
de la Pierre, sur ces êtres aux visages toujours superbes et aux corps
difformes.
Le son métallique résonna à nouveau dans la pièce.
Lucifer ferma les yeux.
« J’apprécierais que vous cessiez de discuter de moi comme
si j’étais absent. »
Lilith s’interrompit et se tourna vers lui pour le toiser. Avant qu’elle ait
l’occasion de protester, le déchu reprenait.
« Vous parlez de trahison et de guerre. Croyez-vous que j’oublie
vous avoir vus abattre les miens ? Cette critique peut vous êtes
faite à tous. Ne pensez pas que je vous fasse confiance. Simplement,
j’ai accepté l’offre faite par Belzébuth et j’essayerai de vous
aider le temps de voir si les Abysses peuvent être pour moi une terre
d’accueil. » Il les toisa, un par un. « Vous devez accepter
ma présence. Moi, je dois accepter la vôtre, ainsi que votre
culture et votre façon de faire. Rien de cela n’est à sens unique. Pour
commencer… »
Il avança droit vers Azazel, la regardant droit dans les yeux. Elle
se permit un sourire narquois, avant de pousser un cri perçant lorsqu’il
l’attrapa par le cou, la main couverte de givre.
« Si je revois encore ce genre de monstruosité, dame de
la Pierre, je transformerai tes démons en statues de glace, un par
un, avant de terminer par toi. »
Il la relâcha, laissant ses mots résonner dans la salle. Pendant
quelques instants le silence perdura, puis Azazel déploya son aura
avec un cri de rage.
« Je ne te permets pas de me toucher comme ça ! »
hurla-t-elle, furieuse, en se jetant sur lui.
Lucifer eut un mouvement de recul, prêt à en découdre,
mais il n’eut pas besoin d’en faire plus. Une barrière invisible s’interposa,
qu’Azazel griffa – ses mains s’étaient déformées sous
le coup de la colère au point de ressembler à des serres. Vu
de près, elles étaient impressionnantes.
« J’ai pourtant dit que cet ange est sous ma protection »,
signala Belzébuth d’un ton nonchalant. « Ce genre de scène
ne se reproduira pas, n’est-ce pas ?
— Il m’a insultée ! » protesta-t-elle, indignée.
« Pupille ou non, je m’en fiche, personne n’a le droit de porter
la main sur moi !
— Prince-démon. Tes jouets ne m’ont jamais plu ; apprends à
les ranger.
— Ils sont à moi ! »
La glace coula à nouveau dans les veines de Lucifer. Il remercia Lilith
d’un hochement de tête et celle-ci fit disparaître le mur mental
qu’elle avait créé. D’un geste, il attrapa les chaînes
que tenait toujours Azazel.
« Même déchu de mes titres, j’ai plus de droits que
toi sur eux. Je ne t’interdirai pas de créer ces monstres, je n’en
ai pas le pouvoir, mais si tu les exhibe encore devant moi, je mettrai ma
menace à exécution. »
Elle serra les poings, enfonçant ses griffes dans sa propre chair,
comme si le besoin d’infliger la douleur était plus fort que la souffrance
elle-même. Puis, d’un coup, elle sourit et s’inclina.
« À vos ordres, monsieur le prince-démon déchu.
Je les libère, de la façon dont ils doivent l’être. »
Belzébuth détourna les yeux, Lilith grimaça. Impassibles,
les autres archidémons ne cillèrent pas lorsque l’archidémone
de la Pierre abattit sa main devenue lame.
Lucifer sentit ses yeux geler, les larmes devenant glace avant de rouler sur
ses joues. Il ne pouvait pas se permettre de s’effondrer, pas devant eux.
Relevant le menton, il s’adressa au maître des lieux :
« Puis-je emmener leurs corps ?
— Bien sûr, mais tu sais que nous n’avons pas d’endroit où les
enterrer comme vous le faites…
— Ne vous inquiétez pas, je me débrouillerai. »
Traînant les trois cadavres par les chaînes qu’il n’avait pas
lâchées, Lucifer sortit de la pièce, à pas lents.
***
Le
bûcher avait été dressé en quelques minutes à
peine, par la force de l’habitude. Beaucoup de démons avaient déjà
brûlé un proche, membre de la famille ou ami, et effectué
la veillée funéraire qui, selon eux, permettait au mort de reposer
en paix et aux vivants de faire leur deuil.
En voyant les cadavres monstrueux, beaucoup avaient hésité.
Tous s’étaient mis à murmurer lorsqu’ils avaient vu qui avait
commencé à entreposer le bois.
Ensuite, ils l’avaient aidé en silence.
À présent, la nuit était tombée et le feu brûlait
toujours. Dans l’air flottaient les odeurs mêlées de fumée
et de chair carbonisée. Le mélange était écœurant
et Lucifer devait se faire violence pour rester sur place, mais il ne renonçait
pas. Debout d’abord, puis assis dos contre un muret, il avait fixé
les trois corps atrocement déformés qui se consumaient petit
à petit.
Ses yeux étaient toujours de glace et cela seul lui permettait de garder
une mine grave. Il avait rarement autant eu envie de se laisser aller. Ce
n’étaient pas juste les morts – il s’était tristement habitué
à voir les siens tomber, de mort naturelle si pas au combat – mais
l’ensemble des épreuves auxquelles il devait faire face.
S’adapter aux Abysses, soit, mais pourrait-il faire à nouveau confiance
à quelqu’un ? Qui, parmi ses proches, ne l’avait pas trahi ?
Lyth, Saraqael, Bélial ; tous l’avaient rejeté d’une façon
ou d’une autre.
Il mourrait d’envie de voir le Seigneur apparaître et lui dire qu’il
avait réussi cette épreuve et pouvait à présent
rentrer chez lui, en Eden.
« Ça ira. »
Il tressaillit, la voix rauque d’Astaroth le prenant par surprise. Il tourna
la tête vers l’archidémon qui s’était appuyé contre
le muret.
« Pardon ?
— Ne t’en fais pas. Ça ira. Azazel est une peste mais elle obéit
à Belzébuth.
— Cet oiseau de malheur a intérêt à bien s’en faire respecter
dans ce cas. »
Le démon sourit un peu.
« Pas de soucis. »
Lucifer se remit à regarder le bûcher. Encore quelques heures
et il laisserait le feu s’éteindre, avant d’en disperser les restes.
« C’est bien d’avoir fait ça. On déteste les anges
mais on les respecte. Et toi, tu nous respectes aussi.
— Je suis un déchu, je ne peux pas rester comme avant. »
Astaroth hocha la tête.
« C’est bien. » Il se détacha du muret et s’étira,
avant de s’ébrouer. « Je pars en Bas. Les vampires menacent
mon clan.
— Tu auras besoin d’aide ?
— Non. Je ne serai pas long. »
Lucifer sourit à son tour, doucement. Il regarda l’archidémon
partir à grands pas souples et serra ses bras autour de lui pour préserver
le petit morceau de chaleur qui venait de lui être offert. Astaroth
était quelqu’un de bien.
***
Ymesh
courait. Autour de lui le décor était flou – pas parce qu’il
allait vite, juste parce que ses pensées étaient concentrées
sur un seul point : ses poursuivants. Les démons, plus rapides
que lui à cause de leurs ailes, allaient bientôt le rattraper.
Il avait perdu Anijia de vue depuis plusieurs minutes et devait se débrouiller
seul. Il n’était pas faible… mais ce n’était pas gagné
d’avance.
Il courut à toute vitesse sur quelques mètres, pria brièvement
Frryl, puis fit volte-face pour lancer ses flammes contre ses poursuivants.
Il devait viser les ailes : c’était ce qui les handicaperait le
plus.
« Nous ne nous soumettrons pas, bâtard ! »
Ymesh eut un sourire tordu, presque une grimace, et poussa le feu en avant,
encore, toujours, calciner ses ennemis. Les hurlements résonnèrent
dans sa tête, presque silencieux pourtant sur le champ de bataille,
masqués par le vacarme du combat.
Il se jeta au sol quand un survivant plongea vers lui et roula sur le sol
pour éviter ses tirs. Sauter sur ses pieds, déployer son aura
pour se protéger, lancer ses flammes, éviter ses coups, distordre
l’arme qu’il pointait sur lui… Toutes ses actions étaient automatiques,
irréfléchies. C’était la meilleure façon de survivre.
Le dernier de ses assaillants s’effondra au sol mais il ne s’y arrêta
pas. Les ennemis étaient partout. Il ne pouvait pas baisser sa garde.
Il visa un démon qui s’en prenait à un autre vampire – impossible
de le reconnaître, étaient-ils tous si crasseux ? - puis
courut se trouver un autre adversaire. Le village était fait d’une
poignée de maisons de pierre et quelques-unes de bois, mais c’était
plus que tout ce qu’ils avaient possédé. Il comprenait mieux
pourquoi les siens trouvaient cette cause si importante.
Une présence familière s’approcha ; Anijia se mit dos à
dos avec lui.
« Toujours en vie?
— Je ne compte pas mourir aujourd’hui », répliqua-t-elle.
Il entendait le sourire dans sa voix. « Nous sommes en train de
gagner, Ymesh.
— Je l’espère. Nous sommes venus pour ça.
— Ce sera la victoire ou la mort. »
Le jeune elfe rit, tout en concentrant à nouveau ses flammes dans ses
mains.
« Je compte bien survivre dans tous les cas. Quitte à recommencer
demain. »
Un sifflement retentit au loin, reprit peu à peu par tous les vampires.
Ymesh écarquilla les yeux en comprenant sa signification.
« Astaroth est tombé ? » demanda-t-il, incrédule.
Anijia explosa de rire, joyeuse quoique toujours sur ses gardes – le combat
n’était pas fini.
« Tu nous l’as dit toi-même : nous pouvons faire confiance
à Ketjiko. »
***
Ketjiko
entra dans la pièce. Son visage pâle portait des traces de poussière
et de sang, comme eux tous, et ses yeux brillaient intensément de l’excitation
de la bataille. Il leur adressa un sourire – ses dents semblaient trop blanches
pour être réelles dans la pièce sombre – et posa ses deux
mains à plat sur la table.
« Les démons survivants ont été faits prisonniers
ou ont fui. Astaroth est enchaîné et maintenu dans un sommeil
magique. Nous avons gagné. »
Des murmures excités coururent dans les rangs ; la salle était
l’une des plus spacieuses de l’endroit, ce qui ne voulait pas dire grand-chose
étant donné la propension des démons à préférer
les lieux ouverts pour leurs réunions en grand nombre, et les vampires
s’étaient pour une fois serrés les uns contre les autres pour
pouvoir voir Ketjiko.
Il était le héros du jour, pour peu que leur race puisse en
avoir. Tous savaient qu’il disposait de pouvoirs psychiques, mais que grâce
à ceux-ci il ait pu faire tomber un archidémon… Il ne perdit
pas de temps à expliquer qu’Astaaroth était incapable de se
défendre contre une attaque mentale, étant donné qu’il
utilisait principalement la force physique pour combattre – parmi ses pairs,
seule Lilith possédait de pouvoirs similaires.
« N’oublions pas que ce n’est que le premier pas. »
continua-t-il plutôt. « Le corps d’Astaroth sera emmené
dans un endroit connu que de quelques-uns afin de prévenir tout essai
de libération de la part des autres archidémons. Qu’aucun de
vous ne touche aux prisonniers, ni ne boive leur sang. Notre équipe
de négociation partira pour Pandémonium dans l’heure. »
Shön, qui se trouvait à la gauche de Ketjiko, hocha la tête.
Il avait été désigné pour être à
la tête de la délégation.
Ymesh espérait qu’il s’en sortirait vivant. Il n’avait pas été
autorisé à l’accompagner et avait juré à Ketjiko
qu’il lui arracherait lui-même la tête s’il arrivait quoi que
ce soit de définitif à son maître.
« Bien, à présent, reposez-vous. Des tours de garde
seront organisés. Nous n’en sommes qu’à la première étape…
mais je compte bien vous amener jusqu’à la dernière sans accroc. »
Quelques applaudissements se firent entendre, qui arrachèrent un autre
sourire au jeune vampire qui les avait guidés jusque là. Ymesh
sentit son cœur se réchauffer. Que ceux qui voyaient les vampires comme
de simples parasites prennent garde : le jour était venu où
une véritable nation allait naître !
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