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Chroniques d'un Cycle

Les Enfants de Sei

 

Chapitre 6

 

« Comme les Éléments-jumeaux Eau et Glace sont souvent considérés comme un seul,

la plupart des classifications considèrent qu’il n’existe que cinq Éléments maléfiques,

appelés Éléments-servants de Sei. »

 

- Éléments-servants de Sei : opposants ou compléments ? Saraqael -

 

 

Le Mal absolu existait-il en ce monde, en dehors de l’Élément qui y correspondait ? Est-ce qu’il venait tenter les jeunes anges, distillant son venin en le faisant passer pour du parfum, produit futile mais agréable ? Est-ce qu’il jouissait de les voir se complaire dans le péché, se souillant en toute innocence ? Est-ce qu’il riait lorsqu’enfin quelqu’un venait briser l’illusion qu’il avait établie, dévoilant l’horreur et la honte sans leur fard ? Si un Mal pareil existait, en cet instant, Gabriel était convaincu d’en voir l’incarnation en la personne de Bélial.
Qu’est-ce que ce monstre osait faire à son frère ? Comment avait-il pu l’entraîner ainsi vers le péché ? Comment ce démon osait-il faire ça à son frère ? Poings serrés, Gabriel sentait monter sa colère.
« Comment avez-vous pu ? »
Sa voix sonnait terriblement froide et calme, à l’opposée de la violence des sentiments qui se disputaient en lui. Le démon ne tressaillit même pas, se contentant de se tourner à demi, révélant son visage hideux, orné d’un sourire narquois. Il ne prit même pas la peine de lâcher la taille d’Ariel pour répondre :
« Je dois t’expliquer en détail ? »
Accompagnant la colère, la haine déferla dans le cœur de Gabriel. C’était mal, de haïr, il le savait, mais il ne pouvait pas s’empêcher de ressentir, et de toute façon ce n’était pas une créature de Lyth qui se trouvait en face de lui mais un de leurs pires ennemis. En réalité, il faisait même de son mieux pour renforcer ce sentiment, comme si rejeter l’entièreté de la faute sur Bélial pouvait effacer la souillure d’Ariel.
Non. Il refusait d’y songer.
« Hors de l’Eden. Tout de suite. »
Le sourire moqueur du monstre s’accentua, et Gabriel le vit clairement préparer ses remarques railleuses. Avant qu’il n’ait eu le temps de les formuler à voix haute, Gabriel tendit la main, y concentrant sa magie.
« Je vous ai dit de sortir », souligna-t-il tranquillement.
À sa grande satisfaction, Bélial pâlit. Il était peut-être un archidémon, mais sa spécialité n’était pas le combat. Gabriel, lui, était un des archanges les plus efficaces durant les batailles, aidé en ceci par le don d’exorcisme que lui conféraient ses pouvoirs Saints. Michael était certes le meilleur guerrier de l’Eden – maniant son épée, la Tueuse de dragons, comme un véritable virtuose – mais Gabriel savait faire fondre les créatures maléfiques rien qu’au contact. Aucun démon sain d’esprit, quel que soit son niveau, n’était assez fou pour le défier au corps à corps dans un espace clos, à moins d’être doté du pouvoir opposé au sien, la nécromancie. Bélial ne le possédait pas.
« J’attends. »
N’osant insister plus longtemps, le démon s’éclipsa par la fenêtre, non sans murmurer quelques mots à l’oreille d’Ariel. Sans doute allait-il se contenter d’attendre à l’extérieur mais Gabriel aurait le temps de s’occuper de lui plus tard.
Pour la première fois depuis qu’il était entré dans la pièce, son regard se posa sur son frère.

 

***

 

Ariel n’avait pas osé esquisser le moindre mouvement depuis l’interruption. Dévisageant Gabriel, les yeux écarquillés, il ne pouvait s’empêcher de noter son horrible froideur, qui cachait mal sa colère légitime.
Il savait, en voyant la poignée de sa porte tourner, qu’il était trop tard pour prier. Plus tôt déjà, alors qu’il rêvassait en songeant à Bélial, ou la première fois qu’il avait répondu à ses baisers, peut-être même la toute première fois que le démon l’avait embrassé… il avait su.
Pourtant, il avait continué d’espérer qu’il était intouchable. Que lui, ange créé par le Seigneur Lui-même et non pas né de la chair d’autres anges, parviendrait à se soustraire à la punition que les lois lui imposaient. Il avait voulu garder l’Eden, l’amour de son frère, le plaisir, et son démon. Il savait qu’à présent il n’aurait plus le choix, et cette réalisation était insoutenable.
Il baissa le visage vers le sol lorsque le regard de Gabriel rencontra le sien. Comment pourrait-il encore se trouver face à lui sans se sentir sale et misérable ? Non seulement il avait péché, mais il lui avait menti. Pire encore, Gabriel avait découvert son mensonge.
Dans son enfance, il avait vite compris qu’il avait le choix entre suivre les préceptes stricts de son frère ou lui mentir. Ce faire le rendait malade ; il se sentait toujours coupable de trahir la confiance totale que son aîné avait en lui. De plus, il se sentait si sale et misérable, lui, le pécheur, à côté de la perfection de son frère. Néanmoins…
Il transgressait les règles. Elles étaient trop dures, trop absurdes surtout, pour être suivies. Quel mal y avait-il à chiper une pâtisserie à la cuisine, à s’admirer un moment dans une glace, ou à apprécier la chaleur des rayons d’Essiah sur sa peau ? Si les lois n’avaient pas existé, et surtout, si Gabriel n’avait pas été tel qu’il était – l’archange de la Pureté, l’ange parfait – les moments passés avec Bélial auraient été les plus beaux de sa vie, des souvenirs précieux à conserver dans l’écrin de son esprit.
Et là… Comme toujours, comme chaque fois depuis sa naissance, il se sentait misérable. Mais cette fois, le péché était grave. Gabriel devait être terriblement blessé, et déçu, et – Ariel le craignait avec terreur – il ne lui pardonnerait pas cette fois.
« Confesse-toi. »
Le jeune ange secoua la tête frénétiquement. Il savait que la question – l’ordre – était en fait une porte de sortie. Gabriel espérait peut-être qu’il était encore pur… il aurait pu mentir encore, mais il en était incapable, pas comme ça, pas face à face. Il pouvait lui cacher certains de ses actes, il pouvait jouer avec les mots, mais il ne savait pas prétendre qu’il n’avait rien fait quand son frère lui posait directement la question, le regardant de son expression franche et sérieuse.
Il eut un sanglot à peine étouffé.
« Gabriel…
— Tu t’es commis avec ce démon ? »
Il ferma les yeux. Il ne voulait pas voir son dégoût.
« Tu as couché avec cet homme ? »
Les larmes coulaient à présent, et il avait mal, si mal, si mal, et les mots prononcés par Gabriel sur ce ton faussement interrogateur étaient autant de poignards.
« Tu as commis le péché de chair, Ariel ? »
Un murmure sortit difficilement de sa gorge, rauque, déformé, mais compréhensible :
« Oui. »
À nouveau, le temps sembla se suspendre, comme pour retarder l’inéluctable, permettant aux deux frères de réaliser pleinement l’horreur de cet instant. Il avait avoué. Une nouvelle étape vers le non-retour avait été franchie.
Gabriel brisa le silence sans ciller, malgré la tension électrique qui s’était installée, et annonça la sentence :
« Pour péché de chair, haute trahison et homosexualité, tu es condamné à la déchéance et au bannissement. Ton nom ne sera plus prononcé que dans l’effroi, tu seras chassé comme pécheur ; ton sang retombera sur toi. »
Ariel vira petit à petit au livide. Il ne pouvait pas bouger, il ne pouvait plus penser. Toute cette scène devait être un cauchemar. Oui, c’était sûrement ça. Un cauchemar. Gabriel ne pouvait pas l’avoir déchu. Gabriel ne l’avait pas condamné à mort. Gabriel n’allait pas essayer de le tuer.
Cette dernière pensée, au moins, devait être vraie, car l’archange ne leva pas le bras pour préparer un exorcisme, contrairement à ce que le plus jeune l’avait vu faire chaque fois qu’il avait prononcé la même sentence pour un autre. Ses bras restèrent alignés le long de son corps, son dos raide, son expression indéchiffrable.
« Pars, Ariel. Va-t-en. »
Mais si c’était un rêve, il allait se réveiller… Peut-être en pleurant, à moitié ligoté par les draps humides de son lit, contre lesquels il aurait lutté pendant son sommeil. Sans doute son frère allait-il accourir au bruit, alarmé, allumer la lumière et le serrer contre lui pour le réconforter, seule occasion en laquelle il se permettait de déroger à la règle de la distance physique. Lui, Ariel, se serrerait tout contre l’ange plus âgé, respirant son odeur, et se sentirait tellement bien entre ses bras, et…
« VA-T-EN ! »
Cette fois, la voix avait claqué dans le silence, et Ariel sursauta. Non, non, non, ce n’était pas possible, non…
« Suis-moi, mon ange. »
La nouvelle voix était celle de Bélial, et ce fut au tour de Gabriel de se crisper. Le démon n’avait apparemment pas daigné sortir et appelait à présent son amant, l’encourageant à le suivre. Ariel tressaillit en sentant des mains invisibles se poser sur ses épaules et l’entraîner, mais il ne lutta pas. Bélial était gentil, tout allait bien se passer, et puis, ce n’était qu’un rêve, n’est-ce pas… ?
Un Portail s’ouvrit devant lui, l’invitant à traverser l’Entre-mondes pour se rendre dans les Abysses, et il le franchit comme un somnambule.

 

***

 

Il avait froid. Il eut une brusque envie de rire à la réalisation ; elle lui semblait si futile, et totalement excentrique, tout en étant par trop prévisible. Son imagination le travaillait-elle encore ? Un frisson le secoua. Non, il avait vraiment froid ; il avait beau être dans un état second, l’impression était trop forte pour être irréelle.
« Bélial, j’ai froid. »
Il eut envie de grimacer à son ton plaintif, mais se retint. De toute façon, il n’était pas en état de faire quoi que ce soit, ni contrôler sa voix comme il le faisait habituellement ni cacher l’expression brisée de son visage. Il voyait le monde comme au travers d’un voile et aurait aussi bien pu avoir du coton dans les oreilles. Même son sens du toucher était ouateux, en dehors de ce froid qui l’avait si brusquement saisi.
« J’ai froid… »
D’un autre côté, son esprit, lui, veillait à enregistrer la moindre parcelle d’information, comme renforcé par la déficience de son corps. Dommage que cela ne faisait que rajouter du sel sur sa plaie toute fraîche. Finirait-elle par se transformer un jour en cicatrice ? Il en doutait.
« J’ai…
— C’est bon, j’ai compris. »
La voix du démon n’était pas dure, mais lasse. Elle le percuta comme un coup de poing. Baissant la tête, Ariel n’ajouta plus un mot, le suivant en véritable automate, avec des gestes saccadés. Pourquoi ne le prenait-il pas dans ses bras ? Il devait croire qu’il préférait rester seul… Ou alors, il était pressé d’arriver à Pandémonium, la capitale des démons, où il vivait. Sans doute l’installerait-il là, avec lui.
En réalité, ce n’était pas vraiment du froid, et il le savait. Sans doute le démon l’avait-il compris lui aussi, et c’était pour cela qu’il n’essayait pas de le réchauffer… Mais tout de même, il aurait voulu se serrer contre lui, même si dans l’Entre-monde, c’était idiot de s’attarder, même pour un archidémon ; les créatures qui peuplaient ce lieu étaient celles de Chaos, étranges et vicieuses, et la Mort avait déjà surpris plus d’une personne qui y était resté trop longtemps. Il n’était pas rationnel.
Il se sentait vide. Insignifiant, dégoûtant, misérable, méprisable et seul, mais surtout vide. À vrai dire, il était en train de mobiliser les maigres forces qui restaient à son esprit pour s’empêcher de comprendre la raison pour laquelle il ressentait cette impression si réelle, si vraie. Trop tard, malheureusement, car il savait déjà.
Quand un ange était déchu, son aura pouvait se modifier. Cela se passait de manière différente pour chacun : certains la gardaient intacte, d’autres perdaient certains pouvoirs, voire tous. Dans ce cas, la plupart du temps, il fallait attendre un choc, un choix définitif, enfin, une cassure quelconque, pour qu’ait lieu « l’Aveu », durant lequel le déchu recevait les pouvoirs qui lui correspondaient le mieux. Parfois, néanmoins, cet Aveu ne survenait jamais.
Ariel était dans la moyenne. Le Soleil ne l’avait pas abandonné, et il sentait ses pouvoirs d’illusion, réconfortants, toujours bien présents. Ses pouvoirs Saints de guérisseur, par contre, avaient disparu.
C’était prévisible, bien sûr. Qui avait jamais entendu parler d’un déchu avec des pouvoirs Saints ? L’idée était des plus ridicules. C’eût été contradictoire, totalement absurde. Cependant, comme pour beaucoup d’autres points – et, certainement, comme beaucoup d’autres déchus – il avait espéré garder ce pouvoir. Le perdre, c’était s’éloigner de son frère.
Il retint un autre rire amer. Comme s’il pouvait être écarté plus loin encore de son frère…
Il était déchu. C’était fini. Chacun de ses pas l’éloignait de l’Eden, mais qu’il en soit proche ou non ne changerait rien, il ne pourrait pas y retourner. Il était pécheur, et banni, et considéré comme plus bas que terre ; tout ange le croisant avait l’autorisation, voire le devoir, de le tuer.
Gabriel le chassait comme les autres. Après tout, c’était lui qui avait déclaré la sentence.
Son frère était ainsi fait. Il était l’archange de la Pureté, après tout, et Ariel avait toujours su que les lois étaient tout pour lui. Il n’y avait rien de plus important que la pureté. Quelqu’un qui faillit est souillé à jamais, il n’y a pas de retour en arrière ; telle était la mentalité de Gabriel.
Le déchu se rapprocha de Bélial, hâtant légèrement le pas, le regard dans le vague. Il savait que lorsqu’il sortirait de son état léthargique, se souvenir de ce que Gabriel lui-même lui avait fait allait faire mal, même s’il était le seul et unique coupable. Raison de plus pour rester en état de choc.
Bélial remarqua son manège et lui attrapa gentiment la main, lui donnant enfin un peu de sa chaleur. Trop tard ; Ariel n’eut pas le moindre mouvement pour se blottir contre lui, contrairement à son attention précédente. Il était en décalage avec le monde entier, Bélial compris, apparemment.
Ils continuèrent leur cheminement silencieux quelques minutes encore dans le décor changeant de l’Entre-monde. Les couleurs s’y mêlaient dans un étrange brun orangé, dont les pics d’ombres ne cachaient pas entièrement les yeux brillants des monstres semi-matériels qui les regardaient passer de loin. Sans doute étaient-ils à la fois attirés et effrayés par la puissance qu’ils dégageaient, Ariel ne s’en préoccupait pas vraiment. Si l’un d’entre eux avait décidé à ce moment de foncer vers lui pour l’entraîner dans un Autre Lieu, il n’aurait probablement pas esquissé le moindre geste pour se protéger. Pas qu’il veuille mourir, loin de là ! Mais tout lui semblait indifférent.
Enfin, un Portail fut en vue, qu’ils Traversèrent en silence. Ils étaient arrivés dans les Abysses.

 

***

 

Une bourrasque de vent prit Ariel par surprise, et d’un coup, ce fut comme si ses sens se réveillaient tous en même temps. Ses yeux se plissèrent, agressés par la lumière trop forte, et ne réussissaient plus à trier toutes les informations qu’ils recevaient. Les sons venaient de partout, les mouvements, les couleurs, les gens qui criaient, riaient, courraient, le bruit qui arrivait de tous les côtés… C’était tant, c’était trop, quel désordre !
Le Portail avait débouché sur un des nombreux bâtiments carrés, aux toits plats, qui entouraient une place gigantesque où se concentraient plus de personnes qu’il n’aurait cru possible d’y faire entrer. Dans les airs, des hommes et des femmes se propulsaient de toute la force de leurs ailes de peau, bien plus solides et vigoureuses que celles de plumes, ou montaient d’énormes lézards ailés – des wyvernes. Au sol, les gens parlaient en gesticulant, en haussant la voix, en faisant montre de tant d’expressions différentes et de si peu de retenue…
C’était fou.
En quelques secondes, ses joues avaient eu le temps de rougir sous le coup de la température hivernale, fouettées par les boucles blondes qui s’échappaient de sa tresse et semblaient vouloir défier les feuilles mortes dans leur danse folle. Ses vêtements, fins, faits pour être portés dans les habitations chaudes de l’Eden, laissaient passer le vent et le froid comme s’ils étaient totalement inexistants. Par la même occasion, il réalisa que sa tunique était ouverte à l’avant, jusqu’au ventre, et qu’il se promenait donc à moitié nu.
« Par Essiah ! » s’étrangla-t-il en refermant les pans de tissu blanc sur son torse, écarlate. « Tu aurais pu me rappeler de me rhabiller ! »
Ravi de le voir formuler à nouveau une phrase de plus de trois mots, Bélial se permit de sourire.
« Tu ne semblais pas t’en préoccuper.
— Évidemment que non ! J’étais plutôt en train de penser à… »
L’ange déchu s’interrompit d’un coup. Non, non, non, il ne voulait pas penser à ça, il refusait de laisser ses pensées retourner vers l’Eden.
Une lourde étoffe fut posée sur ses épaules, le ramenant à la réalité. Son démon le regardait avec bienveillance, les bras nus, tout en ajustant son manteau sur les épaules plus minces de son vis-à-vis.
« Tu vas tomber malade, protesta-t-il faiblement.
— Je suis solide, lui assura l’archidémon. Si tu restes là avec juste tes vêtements d’angelot, c’est toi qui vas attraper la crève. » Il laissa son regard survoler la foule, puis, semblant satisfait, il reprit la main d’Ariel. « Je vais t’amener à une chambre au palais. Tu y seras tranquille, et pourras t’y reposer un moment. »
Se reposer ? Rester tranquille ? Non, non, pas question ! Il ne voulait pas être tout seul dans un coin, il ne voulait pas avoir le temps de réfléchir, il refusait absolument de s’éloigner de cette foule fascinante pour se retrouver seul à seul avec les conséquences de ses actes !
Il voulut protester à voix haute mais sa voix lui fit à nouveau défaut, s’étranglant comme celle d’un enfant qui pleurait. Et, comme un fait exprès, la grosse boule qu’il avait dans le creux de l’estomac remonta à cet instant en un sanglot.
« Non, non, je ne veux pas… » balbutia-t-il, lui-même horrifié par son comportement infantile. « Je veux pas, s’il te plaît… » Les larmes s’étaient mises à couler sur ses joues, et les sanglots, continuaient à monter, incontrôlables. « S’il te plaît, Bélial, je t’en prie… Je veux pas… Me laisse pas… S’il te plaît… »
Pris de court, le démon l’enlaça, le serrant contre lui en chuchotant des mots rassurants. Cependant, une fois la digue qui contenait ses pleurs rompue, Ariel se trouva incapable de se reprendre. L’eau jaillissait de ses yeux, hors de contrôle, et il était incapable de réussir à terminer une phrase, noyé dans les soubresauts de ses épaules. Perdu, désorienté, il finit par agripper son amant comme s’il était le seul élément stable de ce monde, et cacha son visage contre son torse solide.
Il ne se souvint jamais de comment au juste il était effectivement arrivé dans un lit. Avant même que Bélial n’ait le temps de remonter les couvertures pour le tenir au chaud, il dormait.

 

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