Chroniques d'un
Cycle
Les Enfants de
Sei
Chapitre 9
« Les Comités sont
chargées d’écrire les règlements précisant la portée des lois,
sous tutorat d’un membre de la
Ronde. Ils doivent être approuvés par le Roi Rouge. »
- Livre des Loi suprêmes d’Ambrosis,
Roi Rouge -
Le temps était magnifique et les tièdes rayons du soleil d’hiver réchauffaient
la température, lentement mais sûrement. Pour ne rien gâcher, Lucifer avait été
bien inspiré en lui disant d’aller visiter les jardins : ceux-ci étaient
véritablement magnifiques ! Ariel était ravi.
En vérité, il était surtout euphorique. Il ne savait pas ce qui lui
passait par la tête au juste, mais il avait envie de rire très fort, et de
chanter, et de tourner sur lui-même, bras écartés, face tournée vers Essiah. Il
ne s’en privait d’ailleurs pas, tournoyant jusqu’à en avoir mal à la tête, sous
le regard amusé et attentif d’Astaroth, qui lui servait de guide.
« Cet endroit est merveilleux ! Je vais m’y
plaire ! » s’exclama l’ange fraîchement
déchu en s’arrêtant.
Il tangua quelques pas, puis se stabilisa en agrippant une colonne,
explosant de rire. Il avait l’impression d’être saoul – du moins, d’après les
symptômes qu’on lui avait décrits, parce qu’il n’avait jamais bu d’alcool et ne
connaissait cet état que par les récits que certains anges de Feu délurés lui
en avaient fait. Il allait d’ailleurs devoir réparer ça tout de suite !
Son frère n’était plus après lui, à présent, il pouvait faire absolument tout
ce qu’il voulait ! Il allait enfin pouvoir s’amuser ! Il…
Il avait envie de vomir. Son rire se calma d’un coup et l’archidémon qui
l’observait fronça les sourcils. Ariel lui adressa un sourire rassurant, qui
glissa naturellement sur ses lèvres au point d’en devenir convainquant. Il
avait menti à son frère pendant des mois et des mois avant de Tomber ; ce
n’était pas difficile de jouer la comédie à quelqu’un qui le connaissait
beaucoup moins bien, fut-il le Prédateur, connu pour ses instincts
infaillibles.
Il était malade. Il voulait rire et pleurer. Il avait un poignard dans
la poitrine qui l’empêchait de respirer et il voulait courir loin, se rouler en
boule, et gémir, gémir, gémir jusqu’à ce que son grand frère vienne le
chercher. Mais il ne viendrait pas. Il était seul. Il avait été chassé. Il
serait seul à jamais.
Où était Bélial ?
Ariel rit encore un peu, nerveux, et relâcha le pilier auquel il s’était
adossé. Cueillant une fleur, il respira sa délicieuse odeur à pleins poumons,
puis la lâcha comme si elle l’avait brûlé.
Qu’est-ce qui lui prenait ? Il avait pourtant réussi à commencer la
journée de manière correcte… Bon, Bélial n’était pas là, mais ce n’était pas
grave ; Astaroth s’occupait de lui, et Lucifer avait été parfaitement
aimable. Alors quel était le problème ? Il avait su qu’il risquait la
déchéance en se comportant comme il l’avait fait. Alors quoi ?
… Ce n’était pas le fait d’être ange qui lui manquait. C’était son
frère. La séparation avait été si brutale… Est-ce que Gabriel accepterait
jamais de lui reparler ? Sans doute que non, et cétait cette idée seule
qui le rendait si malade.
La même folie que celle du matin lui revint, comme une vague qui reflue,
renforcée par sa première défaite. Dans l’urgence, il voulut agripper à nouveau
la colonne toute proche, mais Astaroth le regardait et il se retint. Bras
ballants, il prit une inspiration nerveuse, qui se termina en rire un peu jaune.
Il avait besoin d’y aller. Il ne pouvait pas rester ici. Il ne pouvait tout
simplement pas. Il allait mourir s’il restait loin de Gabriel.
Pourquoi Lyth avait-il été stupide au point de tomber pour Bélial ?
Bélial n’était rien. Il l’aimait, passionnément, mais ce n’était pas suffisant.
Il n’était pas le centre de son monde, même s’il était terriblement important
pour lui.
Il n’était pas Gabriel.
Ariel prit une inspiration et déploya ses ailes.
***
« Seigneur Lucifer ! Seigneur Lucifer ! »
Soupirant, le prince-démon se massa les tempes et fit taire d’un geste
le démon qui avait déjà commencé à parler, s’emmêlant dans ses explications. Un
jour, il parviendrait à apprendre à ces tendres imbéciles qu’entrer en hurlant
dans une pièce n’était pas utile, même si courir pouvait l’être parfois.
« Attendez-moi à côté, j’arrive.
– Mais… »
Lucifer fronça les sourcils, ce qui suffit amplement pour que le
messager lui obéisse sans qu’il doive se répéter. Quel que soit l’évènement ou
la personne qui l’avait envoyé, il n’était visiblement pas aussi impressionnant
que lui.
Se tournant vers ses invités, une délégation représentant la famille
Noble d’une ville voisine, il s’excusa rapidement, les priant de bien vouloir
patienter et les assurant que ce contretemps était aussi malvenu pour lui que
pour eux, et serait vite réglé. Une fois ce fait, il suivit le messager à côté,
agacé.
« Alors, que se passe-t-il de si urgent que tu doives m’interrompre
en pleine réunion ? »
Le démon lui lança un regard suppliant, persuadé qu’il allait le tuer
dans la seconde s’il ne fournissait pas une réponse satisfaisante – ce qui
était exactement l’impression que Lucifer voulait donner.
« C’est juste… Je suis désolé, monseigneur, mais… »
S’asseyant sur le confortable fauteuil qui lui était réservé, le prince-démon
regarda quelques secondes le messager s’embourber dans ses excuses maladroites,
avant de sèchement l’interrompre :
« Répondez juste à ma question. »
Le pauvre bougre mit quelques secondes à se remémorer de quelle question
il s’agissait au juste, avant de déglutir.
« C’est le prince Ariel, monseigneur… »
Lucifer commença à pianoter le bras de son fauteuil du bout des doigts.
Pour le coup, il était inquiet. Peut-être le moment n’avait-il pas été le mieux
choisi pour donner des cours de tenue ou pour rasseoir un peu son autorité.
Enfin, au moins il avait eu l’intelligence de ne pas traiter Ariel de gosse ou
de déchu sous son nez.
« Mais encore ?
– Il s’est enfui. »
Le Déchu marqua une pause.
« Il n’était pas prisonnier…
– Je veux dire, vers l’Eden, monseigneur. C’est Astaroth qui m’a dit de
vous prévenir. Tout de suite. »
L’homme baissa le nez, tête rentrée dans les épaules, attendant sa
sentence pour avoir osé déranger le prince dans un moment inopportun. Il le
releva en entendant un juron digne des Bas-Quartiers, mais la seule vue qui s’offrait
à lui fut celle de la porte que Lucifer claquait en sortant.
***
Une chambre lui avait été
donnée, une pièce entière pour lui tout seul. Il y avait aussi eu droit chez
Enij, tout comme chez certains de ces maîtres précédents, mais ce luxe avait
été limité aux mois d’été. En hiver, la moitié des salles étant rendues
inhabitables par le froid, lui et les autres esclaves devaient s’entasser dans
un dortoir.
Bien sûr, le Roi Rouge
pouvait se permettre cela. Néanmoins, Van doutait que même lui puisse le faire
pour plus d’un favori; ce qui revenait à dire qu’il était pour l’instant en
tête de liste. Probablement le privilège de la nouveauté, qui malheureusement
ne durerait pas… Il devait trouver un moyen de prolonger l’intérêt de Ketjiko.
Son éducation était un
atout : la plupart des démons de sang n’étaient capables ni de lire ni d’écrire.
En règle générale, les esclaves étaient utilisés pour les travaux physiques, et
les vampires, qui avaient en moyenne une constitution plus faible que leurs
prisonniers, se réservaient les activités plus intellectuelles.
Sur ce dernier point, Van n’était
pas une exception : il n’avait plus lu une ligne depuis sa capture. Cependant,
en tant que fils d’une Noble, il avait bénéficié d’une éducation complète
lorsqu’il était enfant.
« Oui, enfin, il
pourrait très bien se lasser de moi malgré tout. »
Le jeune démon sauta sur
ses pieds. Le lit, énorme, occupait presque toute la place disponible et il dut
le contourner en longeant le mur pour atteindre la porte. Cela ne lui plaisait
guère ; certains vampires se contentaient de boire, mais d’autres se
laissaient entraîner par le plaisir donné par les Étreintes – des morsures
spécifique que les vampires pouvaient effectuer – et tout portait à croire que
Ketjiko faisait partie de la deuxième catégorie. Il poussa la porte avec un
soupir résigné et se glissa à l’extérieur, après avoir vérifié que le couloir
était désert.
Fureter dans la maison
royale était probablement une mauvaise idée. D’un autre côté, il n’arriverait à
rien s’il ne parvenait pas à cerner mieux les proches du Roi, ce qu’il ne
pourrait faire s’il restait dans son coin. De toute façon, il n’était pas
arrivé là en évitant les risques.
***
Ariel posa un pied hors du Portail, et sourit. Depuis la Chute de
Lucifer, les sept premiers cercles de l’Eden avaient été transformés en sept
sceaux qui empêchaient les non-anges d’entrer, « les Portes de l’Eden ».
Créés par Saraqael, ils utilisaient l’énergie du monde même pour fonctionner
mais uniquement grâce à la magie d’Essiah, aussi le déchu n’avait-il eu aucune
difficulté à les traverser. Il referma soigneusement le Portail derrière lui et
inspira à pleins poumons l’air pur des jardins d’Alun Hevel.
Le ciel était du même bleu, les quelques plantes hivernales du même vert
qu’en bas, mais l’ambiance était totalement différente. Ici, pas de cacophonie,
pas de puanteur, pas de fous qui hurlaient à tort et à travers. Seulement l’ordre,
le calme, le blanc immaculé des bâtiments.
À petits pas, il se dirigea vers une chapelle toute proche et s’adossa à
un arbre qui se trouvait juste à côté de l’entrée, respirant l’odeur humide de
la neige. Voilà. Ici, il était à sa place. Ici, il était bien. Il n’allait plus
jamais pécher, il serait parfait, comme son frère le lui avait appris. Il
pouvait être un bon ange, il le savait. Il ferait de son mieux et tout
rentrerait dans l’ordre, comme cela n’aurait jamais dû cesser de l’être.
Il replia ses ailes à l’intérieur de son dos, tâchant d’ignorer leur abominable
couleur, et referma sa tunique pour ne pas avoir trop froid. Il devait faire
attention s’il ne voulait pas s’enrhumer.
Il entendit ses pas avant de le voir. Il n’eut pas besoin de se
retourner pour savoir que c’était lui ; il n’était pas allé en cet endroit
à cette heure pour rien, mais même sans cela, il était capable de reconnaître
sa façon de marcher entre mille.
« Bonjour, grand frère. » Il se tourna vers lui et lui sourit,
comme si sa présence était totalement normale. « Comment vas-tu, aujourd’hui ?
Ta journée s’est bien passée ? » Il savait que ce qu’il demandait
était horrible, mais il ne pouvait pas s’arrêter. « Moi, ça n’allait pas
trop mal. »
Le sourire était toujours là, mais les larmes coulaient maintenant, et
sa voix commençait à se briser.
« Gabriel…
– Ariel. » La voix de l’archange était aussi blanche que son
visage, à croire qu’il essayait de se fondre dans le décor enneigé. Il
dévisageait son jeune frère comme s’il s’était agi d’un fantôme. « Par
Création, que fais-tu là ? »
Un long silence, qui s’étira quelques secondes.
« Je voulais juste te voir. »
Le murmure était presque entièrement étouffé par la grosse boule qui se
trouvait dans la gorge d’Ariel, mais le silence était tel que Gabriel n’eut
aucun mal à l’entendre. Il fit un effort, serra les lèvres et les poings, et se
redressa.
« Tu es déchu, tu n’as rien à faire ici. »
La phrase tomba comme un couperet, brisant l’expression sereine d’Ariel
aussi sûrement que l’aurait fait un coup de poing dans le ventre.
« … Pourquoi l’as-tu dit à voix haute ? » Il tremblait, à
présent. « Je voulais juste quelques secondes… quelques minutes… rêver un peu… Juste te voir !
– Tu m’as vu, et c’était déjà beaucoup trop. » La voix de l’archange
était glacée, dure. « Retourne dans les Abysses. Tu n’as rien, absolument
rien à faire ici.
– Gabriel…
– Va t’en tout de suite ! » Cette
fois, il semblait être hors de lui. « Fiche le camp, si tu ne veux pas que
je me charge de toi ! Tu sais ce que les déchus méritent, et je n’hésiterai
pas à appliquer la peine sur toi ! »
Ariel recula de quelques pas avec un petit sanglot.
« Gabriel… Gabriel ! Au nom d’Essiah, je suis ton frère !
Ne me chasse pas, je t’en prie, je t’en supplie, Gabriel ! »
Les larmes coulaient sans s’arrêter à présent, alors que ses épaules étaient
secouées de spasmes. Il se savait pathétique, il savait que ce qu’il demandait
était vain ; mais c’était impossible, impossible que ce soit vrai, qu’il
ne puisse pas revenir, que ce soit définitif, qu’il soit déchu et que son
frère, son frère adoré, ne l’accepte plus parmi ses proches.
« Tu as été pris sur le fait et tu as été déchu.
– Non ! Non, je t’en
prie… Non, non, non, tu ne peux pas me faire ça… Pas toi, pas à moi !
– Ça a été ton choix. Tu as péché, et tu as menti pour cacher ton
abomination.
– Je l’ai caché parce que j’espérais pouvoir rester en Eden malgré mon
impureté. Parce que j’aime l’Eden, parce que c’est ma patrie, parce que je suis
un ange, pas un démon, et que c’est pour l’Eden que je veux lutter, que c’est l’Eden
que je veux protéger ! » Il tomba à genoux, sans se soucier du froid
et de l’humidité qui imprégnèrent aussitôt sa tunique. « Pitié… pitié… Je
ne veux pas partir, je te promets que je ferai de mon mieux ! »
Gabriel le regarda froidement, hautain.
« Tu as déjà essayé de faire de ton mieux et tu as failli. Je te
laisse dix secondes pour partir, et tu ferais mieux d’en profiter, parce qu’ensuite,
je ne retiendrai pas mes coups. »
Vaincu, Ariel baissa la tête pour cacher ses larmes. Il lui fallut plus
de quelques secondes pour réussir à se relever et à passer le Portail que son
frère lui avait ouvert, mais il n’en eut aucune conscience. Il savait seulement
que ses espoirs étaient vains, et qu’il avait perdu pour toujours à la fois son
frère et l’Eden.
***
Il était tellement dans la merde. Ketjiko
devait assister à d’importantes réunions ce jour là et en tant qu’esclave, il
avait été envoyé vider les cheminées de leurs cendres pour qu’elles puissent
être remplies avec du bois neuf. Il avait commencé sans rechigner – ce n’était
pas le travail le plus difficile qu’il avait eu à faire pour un de ses maîtres
– mais se retrouvait à gratter l’âtre des appartements de Daliah alors que
celle-ci s’y trouvait.
Il s’était juré de ne jamais la fréquenter –
elle était renommée parmi les démons pour être
l’archétype de la vampire infréquentable. Là, elle allait et venait dans la
pièce, ses jupons volant derrière elle alors que ses deux femmes de compagnie –
toutes deux habillées de façon plus pratique et surtout plus discrète –
s’activaient pour essayer de la calmer. Sans succès.
« Ce petit incapable se donne des grands
airs, mais il est faible », lança-t-elle, sans se préoccuper de sa
présence. « Pourquoi Saâgh a-t-il fallu que j’aie un fils
pareil ? »
Peut-être ne réalisait-elle pas que c’était lui
qui était là. Il savait à quoi elle ressemblait pour l’avoir vue lors de
différentes soirées mais elle ne s’était sans doute jamais préoccupée de lui,
et ils n’avaient pas encore été présentés depuis la veille. Or, s’il avait
deviné juste et que Ketjiko était particulièrement proche de ses
calices, la mauvaise humeur de la reine était sans doute due à son arrivée. Si
elle réalisait…
La porte s’ouvrit et elle pivota vers le
bruit.
« Te voilà, Nysâh. »
La voix de Daliah ne portait aucune trace
d’affection mais laissait apparaître une certaine satisfaction. De la fierté
peut-être ? Difficile à dire sans voir son expression – et Van ne comptait
pas se mettre à la fixer pour vérifier. En tout cas, elle congédia ses
suivantes d’un geste sec. La vie à son service ne devait pas être agréable… Le
démon se demanda fugitivement si elle aussi possédait des calices.
Il leva le nez pour voir s’il devait partir,
lui aussi, mais aucune des deux ne faisait attention à lui. Il en profita pour
jeter un coup d’œil à la Princesse Sombre.
Celle-ci était loin de posséder la beauté de
sa mère. Elle avait les mêmes boucles de cheveux sombres mais les gardait
coupés courts, et ses courbes étaient loin d’être aussi attrayantes. Le cuir
serré de son pantalon laissait deviner des jambes musclées et par-dessus sa
redingote elle portait une grosse ceinture de cuir à laquelle pendait une
dague. Elle n’était pas une jolie poupée, elle était une guerrière. Et elle
ressemblait indéniablement à son père, Ketjiko : elle avait les mêmes pommettes
hautes, le même port altier.
« Alors, des nouvelles des
Ailish ? » demanda Daliah.
– Rien de réjouissant. Ils ont invité chez
eux Svinn Hji Vlesihj et Yoshek Hji Hesilja pour l’hiver.
– Quoi ? »
La reine était furieuse et il y avait de
quoi. Trois Doyens se rencontrant dans le dos du RoiRouge, autant dire qu’une
coalition se formait pour lui faire face… Van fronça les sourcils et se
concentra plus attentivement sur la conversation.
« Nous nous devons de riposter ! Qui est
libre ?
– La plupart des Doyens se sont retirés dans
leurs résidences d’hiver. À vrai dire, ils n’en ont pas bougé depuis plusieurs
semaines. Habituellement, la neige arrive plus tôt.
– Et à présent qu’elle est tombée, les en
faire bouger sera pratiquement impossible… »
L’agacement s’entendait clairement dans la
voix de la Reine, qui se laissa aller à soupirer.
« Viens t’asseoir. Je suppose qu’avec
une nouvelle pareille tu n’as pas pris le temps de te nourrir avant de venir me
voir…
– J’ai bu une gorgée en passant », la contredit Nysâh.
Elle ne protesta cependant pas plus mais,
heureusement, ne demanda pas à le boire. Il garda la tête baissée et ralentit
un peu ses mouvements. L’âtre était propre depuis longtemps mais il voulait
entendre la suite.
Il y eut un bruit de cuir – pantalon frottant
contre le divan – et de verre – une flasque de sang ? – puis elles
reprirent leur conversation.
« Crois-tu que nous puissions organiser
un évènement assez grave pour qu’ils se déplacent ? » demanda Daliah.
– J’en doute. Ce serait plus facile de nous
rendre nous-mêmes sur place. »
Van réfléchit à toute vitesse. Cela
déstabiliserait les Ailish à coup sûr mais ce n’était pas sans danger. Sortir
de la ville par un froid pareil… Une possibilité serait de passer par un cercle
situé plus Haut dans les Abysses, mais cela impliquait de se risquer en
territoire démoniaque.
« Il faudrait calculer notre coup.
Avons-nous un espion sur place ?
– Pas vraiment, mais quelqu’un là-bas me doit
un service. Il pourra m’avertir quand une occasion se présentera. Cependant,
nous devons être prêtes.
– Mhm… Il ne faut pas négliger l’importance
d’un impact symbolique, mais courir tant de risques sans être sûres d’arriver à
un résultat… C’est un bon point de départ, en tout cas, j’y réfléchirai. Va te
reposer maintenant, tu es exsangue. »
Les bottes grincèrent alors que Nysâh sortait
et un tissu froufrouta lorsque Daliah l’imita. Il était seul.
Soulagé que personne ne l’ait remarqué, il
inspira une grande bouffée d’air. Les vampires avaient tendance à ignorer leurs
esclaves mais il aurait pu passer un sale quart d’heure. À la place, il avait
échappé au pire et disposait d’informations importantes.
Pas question que l’une des Grandes Maisons
prenne d’importance par rapport aux autres. Si un consensus devait apparaître
parmi les Doyens, tout déséquilibre serait profitable aux Ailish, qui se
contenteraient de mettre leur Doyen à la place du Roi Rouge. Il devait faire
quelque chose.
Même si cela impliquait de s’allier à Daliah.
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