Titre : Mon
amour (après tout, ça revient tout le temps dans le texte, bon, c'est
horriblement kitsch, mais ça n'a aucune espèce d'importance, de toutes façons,
le texte lui même n'est pas si kitsch que ça... si?)
Auteur :
Ephy
Mots : 633
Genre :
spéculations théologiques sur Jésus et sa femme (je ne sais pas s’il en a eu
une, à vrai dire, mais j’ai décidé que si), POV de ladite femme
Mon amour
Ton
amour fait mal, mon amour. Ton amour me fait mal.
Tu
es tombé fou amoureux du monde, et de tous ceux qui le
composent. Tu aimes les êtres vivants, les autres humains, tous, sans
exception, et totalement. Tu tombes fou amoureux de
toute personne qui te parle, même ceux qui t’insultent, et même de ceux qui ne
te parlent pas, et même de ceux de que tu ne connais pas ni n’as aucune chance
de jamais voir. Tu es fou amoureux du monde, et ton amour est précieux car il
est unique, car tu es le seul être à aimer ainsi.
Mais
il n’est précieux que dans l’absolu, car il est absolu. Ton amour fait mal, mon
amour, et il n’est pas précieux, tu le gaspilles trop, tu le donnes trop à tout
le monde.
Et
moi, mon amour, tu ne m’aimes pas plus qu’une autre, pas même plus qu’un homme,
car tu aimes tout le monde au maximum des capacités d’amour, d’un amour infini,
donc égal pour tous. Et tu me rends jalouse, mon amour. Car moi il n’y a que
toi que j’aime comme ça.
Ton
amour fait mal, mon amour. Tu nous rends jaloux et envieux. Et cela même nous
fait mal, car nous savons que cela te décevrait si tu le savais. Et tu le sais,
j’en suis sûre, tu sais toujours tout. Et quand je me fais ces réflexions il
arrive souvent que tu me regardes, en souriant tristement.
Quand
vient la nuit, je le sais, c’est pour me consoler que tu me prends dans tes
bras. La chair n’est rien, pour toi ; tu trouves aussi fabuleuse une fleur
qu’un baiser, tu aimes autant goûter à du raisin qu’à ma peau, car tu aimes
tout, toute la nature et tous les plaisirs dont elle regorge, autant les uns
que les autres. Et si tu continues malgré tout à me toucher, à me prendre, c’est
seulement pour marquer une différence entre moi et les autres, pour te faire
pardonner de tous les aimer autant que moi.
Mais
je le sais bien, mon amour, je le sais bien que tu aimes autant me caresser la
joue que serrer la main d’un homme. Je vois bien, dans tes yeux, la façon dont
tu regardes ceux qui te suivent. J’ignore même si tous réalisent que tu les
aimes, que tu les aimes vraiment. Ils savent que tu tiens énormément à eux,
bien sûr, que tu te sacrifierais pour eux. Ils ne savent pas que tu es amoureux
de chacun d’entre eux, spécifiquement.
Ceux
qu’ils appellent ton préféré ne l’est que parce que, comme moi, lui a compris.
Oh oui, il a compris, et il prend plaisir à se blottir contre toi. Probablement
te mérite-t-il mieux que moi, lui qui ne semble pas jaloux, lui qui ne serre
jamais les poings en te voyant regarder tout le monde comme tu le regardes, lui
à qui ton amour suffit. C’est peut-être parce que je suis une femme, et qu’il
est dans la nature des femmes d’être jalouses.
Mais
alors, je dis qu’il te mérite mieux, mais au fond, il t’a autant que moi, même
s’il ne peut réellement toucher ton corps. Sans doute ne voudrait il même pas,
tout comme toi, tu ne le veux pas ; non, car le voir sourire suffit à
illuminer ton regard, comme il s’illumine chaque fois que tu vois quelqu’un
heureux.
Et
ta présence nous rend tous heureux, mon amour, mais elle fait mal, et tu le
sais, ça aussi. Tu dis que ça s’arrangera, et j’ai peur, parce que cela ne peut
signifier qu’une chose, et que ton absence risque d’être pire encore que la
douleur que tu nous infliges maintenant.
Je
t’aime, mon amour. Et tu es fou amoureux du monde, jusqu’à vouloir te sacrifier
pour lui.