Titre : Le cadeau
Auteur : Ephy
Mots : 664
Genre : monde réel, joie de vivre, petit défi de Ness du
Frat
Le
cadeau
Je rentre sans me presser, pas parce que je n’ai pas envie
de rentrer – il faudrait être fou pour vouloir rester dehors avec ce
temps ! – mais parce que je suis trop épuisée pour faire autrement. La
journée a été longue, et savoir que je suis enfin arrivée à la maison est un
vrai soulagement.
Je secoue mon manteau plein de neige avant de le pendre à
sa place, puis j’enlève soigneusement mes bottes trempées. Inutile d’inonder le
parquet. Frottant mes mains l’une contre l’autre, j’ouvre la porte du coude et
entre dans le salon. Aussitôt, une bonne odeur de chocolat envahit mon champ
olfactif.
Mon homme est à la maison ! Miracle des miracles, il
a préparé un bon chocolat chaud bien crémeux. Me saluant d’un baiser et d’un
sourire, il se dépêche de remplir ma tasse nounours à raz bord, puis d’y
ajouter un rien de crème fraîche.
-J’ai acheté un livre, si ça te dit. Je pense qu’il te
plaira.
Je réponds d’un ronron et d’un bisou passionné. Sisi, même
les bisous peuvent l’être. La preuve…
Convaincus ?
-Que d’attentions aujourd’hui !
-C’est parce qu’aujourd’hui est un jour spécial…
Il dit ça sur un ton mystérieux, et je retiens une vague
de panique. Je n’ai quand même pas oublié son anniversaire ? Non, ça ne
m’arrive jamais. Celui de notre rencontre ? Ou du moment où nous nous
sommes mis à sortir ensemble ? Une fête quelconque ?
Un rire chaud résonne dans la cuisine, se moquant
gentiment de moi. Zut. Apparemment, je n’ai rien oublié, c’est lui qui s’amuse
à me rendre folle. Méchant garçon, va.
Il m’entraîne vers le salon, portant nos tasses qu’il
dépose ensuite sur la table. Il allume la Machine – notre chaîne hifi
personnelle – et les premières notes d’une BO de Danny Elfman carillonnent
doucement. Je ronronne encore. J’adore cette musique.
Il sort quelques minutes de la pièce, me laissant le temps
de m’entortiller dans une couverture. Je suis gelée, quelques minutes me seront
encore nécessaires pour me réchauffer un peu, mais le chocolat chaud devrait
aider. Dehors, le temps change, et la neige cesse de tomber alors que retentit
le tonnerre au loin. Un orage en hiver, fait rare…
Mon homme revient s’asseoir près de moi, me permettant de
me blottir contre lui. Un paquet bleu, entouré de gaze gris pâle et d’un joli
nœud argenté se téléporte alors sous mon nez.
-Le livre dont tu parlais ? Tu t’es donné du mal, tu
n’as même pas gardé l’emballage de la librairie !
Une plaisanterie entre nous. Même emballé, un livre, un CD
ou un DVD, est toujours reconnaissable ; seul le titre est vraiment une
surprise. Evidemment, le fait que j’aie tendance à laisser bien en vue les
marques de l’Agora (la librairie locale) ou du magasin de musique facilitent la
tâche. Mon homme fait la même chose d’ailleurs ; aucun de nous n’est très
doué pour emballer les cadeaux.
Cet emballage ci me turlupine d’ailleurs. Il porte la
patte d’un de mes sœurs – elles en font de magnifique chaque Noël. Mais si mon
homme ne m’a pas acheté ce livre pour une occasion particulière, pourquoi
aurait il pris la peine de demander des conseils ?
-Alors, tu l’ouvres ?
Un petit quelque chose d’étrange dans sa voix, comme de
l’appréhension. Interloquée au possible, je commence donc à détacher
soigneusement le nœud, puis le papier, me retenant difficilement de le
déchirer. Habituellement, je m’amuse toujours beaucoup à voir les gens qui me
font des cadeaux trépigner alors que je déballe le plus lentement possible,
mais là, je me pose vraiment des questions.
Enfin, le livre est sorti de son écrin de papier, et je le
retourne pour pouvoirs en lire le titre. Je déchiffre les lettres. Et bloque.
Il n’a pas osé ?
Je me trompe ?
C’est juste un livre…
Je lève un regard timidement interrogateur vers lui, et il
opine tout aussi timidement.
Je souris.
Et je l’embrasse.
Veux tu
m’épouser ?